Gary Becker : le Kibboutz, preuve ultime de la faillite du communisme

Travailleuses dans un kibboutz

Vincent Bénard revient sur l’analyse faite par Gary Becker de l’échec des Kibboutz comme illustration de l’impossibilité du socialisme.

Par Vincent Bénard.

Travailleuses dans un kibboutzLorsque vous osez affirmer à des communistes impénitents que les crimes de Staline – qu’ils sont bien obligés de reconnaître – et de Lénine – sacrilège ! -, ainsi que l’état pitoyable des anciens pays du pacte de Varsovie après des décennies de soviétisation, disqualifient toute forme de collectivisme en tant que doctrine, vous vous entendez répondre – parfois poliment, parfois par des insultes – que le vrai communisme, celui des phalanstères et de Proudhon, celui de Marx, voire du « gentil Lénine » – prière de ne pas rire – n’a jamais eu la chance de pouvoir s’exprimer, qu’il a été dénaturé par des dictateurs qui n’étaient pas, en fait de « vrais » communistes.

Notre réponse à cette absurdité consiste généralement affirmer qu’une doctrine que jamais personne n’a jamais pu mettre en oeuvre sans l’accompagner de massacres de masse, de déportations, de répressions, et qui a toujours conduit les pays qui se le sont vu imposer à la misère, est une doctrine perverse dès le départ. Ce qui nous emmène généralement, si l’éducation de l’interlocuteur le permet encore, vers une discussion sur le rôle essentiel du droit de propriété dans la préservation de la liberté individuelle.

Mais votre opposant communiste ne voudra pas en démordre: « le vrai communisme, volontaire et partageur, on ne l’a jamais vu à l’oeuvre, il faudrait laisser une chance à ce vrai communisme là ».

Or, tant le critique que l’aficionado du communisme commettent une erreur. Une expérimentation à assez grande échelle du collectivisme volontaire le plus intégriste a existé. Et l’échec de cette expérience apporte bel et bien la preuve ultime de l’impraticabilité per se du socialisme originel, sous toute ses formes. Un socialisme « idéal » ne peut en aucun cas exister dans le monde réel.

L’expérience dont il est question est le développement des Kibboutz en Israël, depuis le début du XXème siècle et plus encore après l’indépendance de 1947. Le prix Nobel d’économie 1992 Gary Becker (photo), sur son blog à 4 mains, nous gratifie d’une remarquable analyse historique et économique des Kibbutzim, qui naquirent dès le début du XXème siècle sous l’impulsion de juifs utopistes. Son compère Richard Posner, spécialiste majeur de l’analyse économique du droit, y ajoute, comme toujours, des compléments d’information  pertinents. Selon Becker, nowhere is the failure of socialism clearer than in the radical transformation of the Israeli kibbutz.

Dans la plupart des Kibboutz, les parents habitaient une maison modeste appartenant à la communauté. Les enfants en étaient séparés, et dormaient dans un dortoir. Il s’agissait d’éviter que certains enfants ne soient avantagés par l’énergie ou le savoir que tentent de leur transmettre les parents les plus motivés et cultivés… Quelles qu’aient été ses compétences initiales, chacun devait contribuer aux travaux des champs, quand bien même il aurait eu une qualification qui aurait apporté plus à la communauté, et chacun recevait la même part du produit du travail commun. Lorsqu’un membre gagnait de l’argent grâce à une activité en dehors du Kibboutz, il devait le partager avec la communauté, et ne devait rien garder pour lui. La rotation des tâches agricoles était la règle. La promiscuité aussi.

Dans les premiers temps, La cohésion des kibboutz fut maintenue à la fois par le sentiment de communauté religieuse, par l’engagement idéologique de leurs premiers membres, et par l’environnement hostile de nations islamiques qui ont déclenché contre l’état Hébreu 4 guerres d’agression en 25 ans, soudant la communauté autour des nécessités défensives. Mais même cette pression extérieure ne put compenser le désamour des membres du Kibboutz vis à vis de l’utopie collectiviste.

Très vite,  de nombreux Kibboutz connurent des difficultés. Les jeunes, notamment, voulaient quitter cet environnement – ce qu’ils étaient libres de faire, contrairement à un russe ou un chinois, soviétisé de force – dès qu’ils en avaient les moyens, ce qui n’était pas toujours le cas, car leurs parents n’accumulaient pas de capital, et à l’extérieur du Kibboutz, le blocage des loyers introduits par l’état d’Israël (qui fut d’ailleurs fondé sur des bases très socialisantes) avait détruit le marché locatif, là bas aussi. Aussi beaucoup parmi eux se sentaient-ils plus prisonniers économiques du Kibboutz que participants enthousiastes.

Les problèmes de jalousie entre membres, de tirage au flanc et de parasitage –problème connu par les économistes sous le nom de « passager clandestin » ou « free rider » : pourquoi se tuer à la tâche si vous recevez autant que celui qui travaille ? -, l’inefficacité du système productif dûe à l’absence de spécialisation des tâches et à la mauvaise utilisation des compétences, le stress né de la séparation des familles, ont provoqué la disparition de certains Kibboutz, et la transformation de la plus grande partie d’entre eux en entreprises de type privée, où les familles vivent réunies, où le marché détermine les rémunérations, où l’immobilier est privé, et où l’initiative individuelle permet de développer des activités autres que l’agriculture, permettant à chacun de se spécialiser.

Bref, plus de 70% des Kibboutz sont devenus des entreprises de type capitaliste, dont l’aspect social se limite à la constitution de sociétés de secours mutuel des membres. Les Kibboutz, au nombre d’environ 250, ne représentèrent jamais plus de 7% de la société Israélienne, au temps de leur splendeur. Les quelques kibboutz qui conservent une structure collectiviste (il reste des utopiste croyants…) ne représentent quasiment plus rien, et ne survivent que parce qu’ils appartiennent à un ensemble largement capitaliste qui assure à leurs productions ou leurs actifs fonciers  la possibilité d’intégrer un système d’échange libéral, en toute protection du droit de propriété.

Bref, l’échec du Kibboutz socialiste est l’argument ultime contre les illusions des derniers zélotes du collectivisme qui ne veulent pas voir dans les échecs de l’URSS et autres pays comparables la preuve de l’absence de viabilité intrinsèque des sociétés communistes sous toutes leurs formes. Même volontairement souscrit par des communautés idéologiquement conquises et initialement très motivées, le communisme ne peut apporter ni satisfaction, ni prospérité aux individus.

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