Bernard Arnault sur France 3 : pièges à conviction ?

Mercredi 27 mars, France 3 diffusait une émission intitulée Pièces à conviction sur Bernard Arnault, qui témoigne à son niveau de la dégradation de certains médias dans le sensationnalisme et l’ignorance économique.

Par Benoît Roch1.

Au moment du débat parlementaire sur le secret des affaires, France 3 a diffusé mercredi soir 28 mars un numéro de « Pièces à convictions » intitulé : « Bernard Arnault : l’art de payer moins d’impôts ». Petit retour sur une émission sensationnaliste, témoignant d’une ignorance réelle du monde économique. Et donnant à Christian Eckert, ancien secrétaire d’État chargé du budget et des comptes publics dans le gouvernement de Manuel Valls, l’occasion d’écorner le secret fiscal.

Le secret des affaires

En France, il n’existe pas de définition juridique précise du secret des affaires. Une directive européenne de 2016, impliquant de nouvelles mesures, doit être transposée en droit national, avant le 9 juin prochain. D’un côté, les entreprises réclament plus de protection, invoquant l’espionnage économique, le pillage industriel, la concurrence déloyale et les rumeurs infondées. De l’autre, des journalistes, des lanceurs d’alertes, des syndicats ou des associations dénoncent une atteinte aux libertés de la presse.

Toute atteinte au secret des affaires engagera désormais la responsabilité civile de son auteur. On peut se demander pourquoi les entreprises demandent plus de protection. À quoi sert un secret ? Tout simplement à se protéger des rumeurs et des concurrents. Mais pas à se soustraire au pouvoir de la justice, qui garde la faculté, dans un état de droit, de faire lever ce secret, selon les cas autorisés par la loi.

Bernard Arnault contribuable

Mercredi soir, France 3 diffusait une émission ennuyeuse et sans intérêt sur les supposés déboires fiscaux de Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France. Le sujet s’annonçait palpitant et les extraits nous faisaient saliver. Mais dès le début du reportage, le ton était donné. Le milliardaire, présenté comme une sorte de prédateur fiscal, était voué aux gémonies par une journaliste militante, persuadée de mener une croisade, heureuse de jouer au détective sous le soleil de Malte, puis quelque part en Belgique.

Les témoignages d’avocats, de voisins, de badauds, dont certains visages étaient floutés – comme dans les enquêtes à sensation sur les prédateurs sexuels – nous apprenaient que Bernard Arnault, à la tête d’un empire industriel, possédait de nombreuses sociétés, articulées entre elles par de savants montages aux inspirations juridiques complexes. Une sorte d’avocat spécialisé dans les grandes fortunes tenta de nous démontrer que ces imbroglios cachaient des intentions peu louables, mais finit par avouer que la situation était parfaitement légale.

Christian Eckert briseur de secret

Il fallut solliciter le renfort de Christian Eckert, ancien secrétaire d’État chargé du budget et des comptes publics, dans le gouvernement de Manuel Valls, pour nous expliquer, avec des mines de conspirateur et un sens de la périphrase consommé, que Bernard Arnault avait fait l’objet d’un redressement fiscal, sans préciser d’ailleurs de quoi il s’agissait, de façon à jeter un trouble importun dans l’esprit du malheureux spectateur, bâillant devant son écran à une heure aussi tardive.

On peut se demander ce qu’un secrétaire d’État, dont la fonction signifie qu’il est tenu au secret d’État, vient chercher dans ce genre d’émission. Si Bernard Arnault a fait l’objet d’un redressement fiscal, c’est le signe qu’il est contrôlé, comme les autres contribuables, et qu’il n’échappe pas au pouvoir de l’administration.

Voilà une émission qui prétend nous dévoiler d’affreux secrets, pour nous expliquer en définitive que tout est légal, à grand renfort d’images floutées, et de témoignages politiques, donnés par des gens qui n’ont jamais mis un pied en entreprise. Qui s’étonnera qu’un grand capitaine d’industrie gère la fortune de son groupe, au mieux de ses intérêts, dans le cadre que lui donne la loi ?

« Je n’aime pas les riches »

On se souvient de la petite phrase idiote de François Hollande. Qu’on admire Bernard Arnault ou qu’on le déteste, il faut reconnaître que cet homme a construit l’un des plus beaux fleurons du luxe français, et qu’à cet égard, il est pathétique de le traiter comme un vulgaire prédateur fiscal, sans donner les chiffres colossaux des recettes publiques, générées par son empire industriel, notamment par la TVA, les cotisations sociales, les taxes immobilières, les impôts sur les sociétés, etc.

Il est tout aussi stupide de lui chercher des poux dans la tête sur le dossier de sa fondation, dont le bâtiment, construit au milieu du bois de Boulogne, aurait permis de défiscaliser – légalement – 480 millions d’euros, sans calculer un seul instant les recettes fiscales générées par le succès de son attractivité et de son exploitation.
À voir le niveau de compréhension du monde économique par certains journalistes et certains politiques, on comprend mieux pourquoi les entreprises ont besoin de se protéger.

  1. Benoît Roch est président de l’Institut du travail en Europe.
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