La liberté d’expression est la première de nos libertés

Freedom of speech By: Khalid Albaih - CC BY 2.0

Cette sentence ne devrait pas constituer un rappel, mais une évidence.

Par Ludovic Delory. 

Aujourd’hui, en France, des journalistes sont convoqués devant la DGSI pour avoir enquêté sur des affaires concernant les pratiques de l’Élysée.

Aujourd’hui, en France, la majorité planche sur la création d’un parquet réprimant les propos haineux en ligne.

Aujourd’hui, en France, un syndicat bloque la distribution d’un titre de presse qui n’a pas l’heur de convenir à sa ligne stalinienne.

Aujourd’hui, la France est l’un des seuls pays au monde à s’être doté d’une législation visant à combattre les « fake news ».

Depuis de nombreuses années, la France figure dans le peloton de tête des pays condamnés pour violation de la liberté d’expression.

En 2008, Nicolas Sarkozy lançait à un agriculteur qui refusait de lui serrer la main un « Casse-toi pov’con » qui restera dans la petite histoire. Quelques mois plus tard, un citoyen du nom de Hervé Éon fut condamné à une amende avec sursis pour avoir brandi, sur le passage du président de la République, une pancarte où figurait le même slogan. La Cour européenne des Droits de l’Homme reconnut que, dans ce cas de figure, cette condamnation constituait une violation de la liberté d’expression.

On pourrait trouver d’autres exemples récents. Ils se multiplient, notamment suite au mouvement des Gilets jaunes.

Liberté, égalité, fraternité

Les libéraux ont toujours défendu la liberté d’expression, principe de base de la République, inscrit en tête de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 :

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.  »
— article 11 de la DDHC

Ces cas déterminés par la Loi ne suppriment pas l’expression de ces idées. Les libéraux ont beau s’opposer aux idéologies collectivistes et mortifères — comme le nazisme ou le communisme — ils ne s’opposeront pas à leur apologie. Au nom de la liberté d’expression. D’un point de vue plus utilitariste, la criminalisation du négationnisme n’a pas empêché ce dernier de s’installer et de prospérer dans de nombreux États.

« Être Charlie », c’est aussi être cohérent

C’est un point sur lequel les juristes tombent en désaccord avec les législateurs et avec une grande partie de l’opinion publique. Chaque événement, qu’il s’agisse d’un spectacle de Dieudonné, d’attentats touchant la rédaction de Charlie Hebdo, ou de paroles offensantes d’un rappeur vis-à-vis de la France, donne lieu à un nouveau débat autour de la liberté d’expression.

Mais pourquoi faudrait-il re-discuter d’un principe fondamental ? Si des terroristes sanguinaires s’attaquent à nos libertés, pourquoi faudrait-il, de surcroît, que le législateur ajoute à cette barbarie un tour de vis juridique ? Les lois mémorielles, la répression pénale croissante de n’importe quelle opinion offensant une communauté ou portant atteinte aux dogmes ou croyances d’une partie de la société, sont autant de coups de poignards assénés à la liberté d’expression.

Bien sûr, cette liberté n’est rien sans son corollaire : la responsabilité. Murray Rothbard expliquait bien que crier « Au feu » dans un opéra bondé risquait, à juste titre, de vous valoir des ennuis. La civilité ou la politesse, rappelle Pierre Bessard1 « ne s’apparentent pas à l’autocensure ou à l’hypocrisie : elles ne font que faciliter les rapports humains en société. […] En d’autres termes, la retenue volontaire dans l’usage de la liberté d’expression fait partie de la vie courante. »

L’individu assumerait donc l’entière responsabilité de ses propos. Hélas ! La pénalisation de la liberté d’expression a pris une ampleur telle, ces dernières décennies, qu’il nous faut sonner le rappel. La loi Gayssot, la loi sur la HALDE, les lois dites mémorielles constituent une régression intellectuelle, telle que l’a défini Philippe Nemo2 et exposent n’importe quel citoyen non seulement à l’opprobre public (l’éviction de l’agora, « le lynchage médiatique« ) mais aussi aux sanctions pénales. L’expression libre exercée sous l’œil de Big Brother appauvrit le débat et étouffe la vérité.

Durant ce mois de juin, Contrepoints vous proposera de dresser l’inventaire de la liberté d’expression aujourd’hui en France.

Nous restons fidèles aux enseignements de Benjamin Constant3 :

… liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique : et par liberté, j’entends le triomphe de l’individualité, tant sur l’autorité qui voudrait gouverner par le despotisme, que sur les masses qui réclament le droit d’asservir la minorité à la majorité.

et, plus récemment, de Karl Popper qui a la lucidité d’admettre que toutes nos vérités sont en sursis :

Les seuls moyens dont nous disposons pour approcher la vérité sont la critique et la discussion.

Comment atteindre la vérité si certaines autorités, au premier rang desquelles l’État, nous privent de discussion ?

Durant ce mois de juin, nous donnerons la parole à des militants de la liberté d’expression. Ils sont journalistes, scientifiques, juristes ou même humoriste. Ils nous feront part de leur sentiment, aujourd’hui, de vivre comme des dissidents.

C’est à la fois fascinant et inquiétant.

Un mois entier consacré sur Contrepoints à la défense de la liberté d’expression. Si les libéraux ne le font pas, qui s’en souciera ?

  1. Liberté et responsabilité d’expression, in Libéralisme et liberté d’expression, Éd. Texquis, 2015, p. 64.
  2. Philippe Nemo, La régression intellectuelle de la France, Éd. Texquis, 2011.
  3. Benjamin Constant, Écrits politiques, Gallimard, 1997.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.