Charlie Hebdo : la liberté ne peut être massacrée

Il est indispensable de regarder en arrière pour comprendre l’attentat. C’est essentiel pour ne pas céder au terrorisme.

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charlie hebdo credits del uks (licence creative commons)

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Charlie Hebdo : la liberté ne peut être massacrée

Publié le 14 janvier 2015
- A +

Par Hasso Mansfeld, depuis l’Allemagne.

charlie hebdo credits del uks (licence creative commons)

Le récent attentat est effarant dans ses dimensions, mais pas nouveau si l’on en juge par ses structures. La vague des déclarations de solidarité arrive donc bien en retard.

L’impact très personnel d’un attentat terroriste se mesure par la façon dont il imprègne la mémoire : on se souviendra toujours où on était et ce qu’on faisait au moment même où l’on apprît la nouvelle. C’est qu’à cet instant on s’est senti frappé au cœur. Voilà comment fonctionne le terrorisme, c’est ce qui en fait une arme si efficace. Le meurtre barbare de neuf membres de la rédaction de Charlie Hebdo, d’un concierge et de deux policiers est un événement qui nous occupera longtemps, parce qu’il nous a blessé tout personnellement. Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais avec un client à Dortmund. J’en fus immédiatement choqué mais nullement surpris. Triste état des choses, que nous avons pris l’habitude de vivre en présence de la terreur.

Ensuite vinrent les détails effarants : dix morts, onze morts, douze morts. Les photos et les vidéos, qui font de nous les spectateurs horrifiés et impuissants du massacre. Ayant des amis en France depuis plus de 40 années, mes premières pensées inquiètes allaient vers eux. Puis, progressivement, la dimension humaine et symbolique de la sauvagerie se faisait sentir : douze individus innocents, dont le « crime » était d’exercer leur liberté d’opinion en tant que dessinateurs, caricaturistes et publicistes, exécutés de manière barbare. L’attentat de Charlie Hebdo est une attaque des valeurs universelles de la raison.

Tout cela éveillait en moi des sentiments d’ébranlement, de colère et d’insécurité. En tant que libéral et publiciste, mais surtout en ma qualité d’humain, attaché à la France par une longue amitié, je ressens cet attentat comme une atteinte personnelle à mes convictions et à mon style de vie.

Ne pas supprimer la colère

Dans une première réaction, mon confrère Christoph Giesa écrivait : « Quant à moi, aujourd’hui je me permets tout simplement d’être triste et de souffrir en silence avec les familles des victimes. » Si vraiment il arrive à être tout simplement triste, il faut l’en féliciter. Moi, je n’arrive pas à me restreindre à ce point.

Cette colère qui est la mienne mais qui se manifeste aussi dans les rues et sur les places de France tout comme dans les réseaux sociaux et le courrier des lecteurs des journaux, demande à être canalisée mais non pas supprimée. C’est pourquoi j’ai été en quelque sorte gratifié par le coup de colère du Président du Conseil des Musulmans en Allemagne, Aiman Mazyek. Ce dernier a déclaré « qu’aucune religion ni aucune idéologie ne comporte la moindre justification pour une pareille action » et que les auteurs de cet attentat devaient être « abattus ». L’expérience qu’en vue des dimensions du massacre beaucoup de Musulmans partage mon accablement et ma colère me rend malgré tout un peu d’espoir.

Journalistes et artistes agressés

rené le honzec charlieTout compte fait, la vague des déclarations de solidarité a malgré tout un arrière-goût désagréable. Les grands-titres de « Je suis Charlie Hebdo » en première page des journaux allemands me rappellent les temps où la défense de la liberté d’expression contre les vexations des groupes religieux ne faisait nullement l’unanimité. Il n’y a pas si longtemps, bon nombre des journalistes, qui se solidarisent maintenant avec Charlie Hebdo, accusaient le journal Danois Jyllands Posten de provocation irresponsable ; rappelons-nous que le caricaturiste Kurt Westergaard, créateur du fameux Mahomet au turban-bombe fut alors accusé d’avoir provoqué les excès de la « Rue Arabe ».

De même le débat public sur l’assassinat du régisseur Theo van Gogh trahissait les mêmes accents de ricanerie clandestine, que l’on avait discerné chez le « Mescalero de Göttingen » après l’assassinat de l’avocat général Siegfried Buback par le RAF en 1977.

Le terrorisme islamique vise à blesser l’Occident là où il est le plus vulnérable. Le dernier attentat est extraordinaire par ses dimensions, mais il ne l’est nullement par sa méthode et sa structure. Hélas, il a été ignoré trop longtemps. En 2010, la chaîne de télévision allemande ZDF, qui avait invité Kurt Westergaard pour une interview, avait décommandé cette rencontre de peur devant d’éventuelles réactions violentes ; il a fallu la pression du public pour que les responsables se décident enfin à réaliser l’émission. La réaction occidentale ne fut pas moins lâche en 1989, quand la Fatwa de l’Ayatollah Khomeiny menaçait l’écrivain Salman Rushdie de mort et l’obligeait à vivre en clandestin pendant des années.

Il y a dans les actualités au sujet de l’attentat une appellation que je trouve plutôt détestable : Charlie Hebdo est souvent apostrophé comme étant un journal satirique et islamo-critique. Cela sous-entend une sorte de « tant pis pour eux ». Or, même si l’attentat semble être perpétré par des islamistes, Charlie Hebdo n’est pas islamo-critique. C’est tout simplement un magazine satirique, qui lance ses flèches sans distinction contre François Hollande, Nicolas Sarkozy, le Front National, le Vatican, ou l’Islam radical.

Le mouvement de solidarité sincère, ample et emphatique pour Charlie Hebdo et les proches des victimes permet de voir en avant. Mais il est aussi indispensable de regarder en arrière pour comprendre l’attentat dans son contexte. Cet état d’esprit est essentiel pour ne pas céder au terrorisme, pour déployer notre consternation et notre colère inévitable de façon productive pour annihiler le succès apparent des terroristes. Dans ce contexte c’est encourageant de voir des organes de presse, qui il y a quelque temps encore avaient contourné les caricatures de Jyllands Posten, publier obstinément les dessins de Charlie Hebdo. De même qu’il est gratifiant de voir que des dessinateurs du monde entier prennent le défi de lancer des caricatures solidaires. Tout cela n’annule pas la tragédie et la mort des victimes, dont les amis et familles ont toutes mes sympathies et mes condoléances, mais cela démontre que la terreur ne vaincra pas. L’idéal de la liberté ne peut être massacré. C’est un moment de consolation en ces heures difficiles.

—-
Hasso Manfeld est à l’origine de la page FDP Liberté.

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  • Merci pour cet article
    et merci pour le super dessin de RLH !

  • Liberté d’expression oui, mais à la condition de respecter le cadre de la pensée unique.

  • « L’impact très personnel d’un attentat terroriste se mesure par la façon dont il imprègne la mémoire » Ce qui imprègne la mémoire c’est la sémantique utilisée et la couverture médiatique. Des meurtres il y en a tous les jours, si demain un fou tue 3 personnes dans la rue, il va y avoir une différence si tout d’abord la presse et les politiques traitent ou non l’information, si vous qualifiez l’homme de déséquilibré ou de terroriste,…. Les mots utilisés et la présence plus ou moins appuyé dans la presse créé le climat et créé donc la facon dont cela impregne votre mémoire.
    Cette fausse émotion est malsaine car dirigée, quand un enfant est victime d’un pédophile vous ne pleurez pas… pourquoi ? car la presse n’en parle pas, et quand elle en parle elle ne passe pas 8 jours (le cas de Charlie Hbdo) a le faire.
    Ce qui fait que vous ayez eu cette émotion, c’est juste que la presse corporatiste a décider que Charlie Hebdo devait-etre un symbole, les politiques qui se nourissent grace a la presse la suit toujours bec et ongles car c’est grace a elle qu’ils peuvent tranquillement se verser les salaires qu’ils veulent sans que les citoyens ne puissent en dire un mot puisque la presse ne couvre pas les scandales réels des politiques, des conflits d’interets, du cumul attroce (plus de 20 cumul de mandats pour certains politiques),… la presse protege les politiques, dont les politiques protège la presse… et si on touche a la presse on ne touche nullement à la liberté d’expression, qui se situe désormais sur internet, mais a une caste, a une communauté. La presse libre n’existe plus, ou presque plus, il doit y avoir 2/3 résidus de presse libre, mais elle n’est ni papier, ni télé, juste pure player web…

  • Le terrorisme veut terroriser…Plus vous vous agitez, écrivez sur le sujet, manifestez dans la rue, achetez charlie hebdo comme des moutons, plus donc vous faites « caisse de résonance ».
    C’est tout ce que souhaitent les terroristes, qui, encore une fois, veulent terroriser.
    Donc un conseil: taisez-vous! (et moi aussi…).

  • Certains parlaient ils y qq années de la guerre des religions et hélas je crois que Charlie Hebdo vient de la déclarer*il y a dans les qq milliard de croyants de toutes tendances environ 10/15% d’abrutis fanatiques et certain sont même prêt se faire sauter pour la cause voir a «  »kalashnikover «  » tout ce qui s’oppose a leurs vues.
    La France est maintenant a la pointe de l’action des milliers de soldats pour défendre les écoles des milliers de policiers et gendarmes risquant leur vie pour les otages. Il ne faut pas il me semble confondre liberté et licence et vouloir a tout prix heurter la sensibilité profonde de ceux qui n’étaient pas concernés (85%) mais qui commencent a penser que peut être ils sont devenus la tète de turc de caricaturistes et créer ainsi une unité que nous paierons un jour en espérant que non.

  • Un texte qui ne fait que parler des faits:

    http://www.memri.fr/2015/01/09/sami-aldeeb-lettre-a-dalil-boubakeur-revoir-integralement-les-enseignements-de-lislam/

    Je conseille aussi de lire les infos dans la colonne de droite du texte.

    Quant à Salman Rushdie, il ne faut pas croire qu’il est désormais tranquille. Au contraire.

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/09/16/la-prime-iranienne-pour-tuer-rushdie-portee-a-3-3-millions-de-dollars_1761011_3218.html

  • Charlie Hebdo n’a jamais servi la vérité.
    Bien au contraire.
    La couverture du 13 janvier ment sur Mahomet.
    Ceux qui connaissent un peu la Sunna savent de quel côté il aurait été.
    Les « journalistes » de Charlie Hebdo ont toujours fait le contraire de leur métier, la vision du monde qu’ils publicisent est aux antipodes de la réalité.
    Ils croient changer la réalité en refusant de la voir telle qu’elle est.
    L’islam n’est pas ce qu’ils voudraient qu’il soit, jugez-en par vous-même ou écoutez ceux qui connaissent le Coran et la Sunna par coeur.
    Par Charlie Hebdo.

    • La provocation est leur métier.
      J’abonde dans votre sens.
      Mais leur aveuglement rédempteur ne peut être une raison suffisante à la justification de leur massacre.
      Ils défouraillaient tous azimuts, comme le dit Hasso Mansfeld.

      La caricature est une vue de l’esprit.
      Un résumé lapidaire ou une erreur nécessaire.
      Une atteinte à rien, un tag fait sur le vent.
      Pas bien méchante.
      Même quand elle est excessive.
      Ce qui est excessif est insignifiant.
      Pourquoi en faire un massacre ?
      Comment le justifier ?

      Comme me l’avait dit justement un ami un jour qui me vit me tromper d’argumentation : « c’est dans ta tête ».

      C’était aussi dans la tête des assassins, le problème !
      Comme dans celles des gens qui les ont poussés au crime, par derrière ou du dessus comme des pantins et marionnettes, des idiots utiles.
      Comme dans la tête de ceux qui ont écrit les textes criminogènes à la base du sectarisme, du totalitarisme, du fondamentalisme ; tout en faisant porter la responsabilité globale à un Dieu qui n’existe pas, par manque de courage intellectuel, collectif et individuel ; par volonté d’obscurcir les esprits des masses crédules en en appelant au Très Haut ; qui s’il existe, doit bien se marrer de la connerie humaine faite en son nom.

      La dernière preuve qu’il n’existe pas, qu’il ne sert à rien de s’époumoner, se haïr, se crucifier, s’exterminer en son nom : si j’avais plusieurs concessionnaires concurrents qui vendaient ma ou mes marques avec autant de manque de professionnalisme, en exterminant à la chaîne mes clients potentiels ou fidélisés pour seule action commerciale, j’arrêterais illico de fabriquer des bagnoles.

      Le Très Haut, s’il existe, il doit se dire du haut de sa passerelle comme Daladier au Bourget : « Ah les cons ! »

      Il doit pas exister. C’est pas possible. On le saurait. Il aurait déjà envoyé son service d’ordre, version rayon laser, vu le bordel. S’il avait existé, il se serait déjà suicidé en voyant ce que ses enfants ont fait de l’éducation reçue. Rien ne sert donc de parler d’un fantasme, d’une phobie, d’un être magique !

      La psychanalyse a été inventée pour sortir des prisons mentales. Le vide d’après n’est pas le plus dur, pourtant, même si la transition peut faire peur. On peut se retrouver sans travail et sans occupations, sans préoccupations, sans ennemis, sans amis ; on pourrait retomber dans le crime pour lequel on a été incarcéré afin de retrouver une vie sociale ! Il y a des cellules d’accompagnement après avoir purgé sa peine, des administrations pénitentiaires affectées à la réinsertion, surtout quand on a passé de nombreuses années de sa vie, voire la totalité, enfermé dans des prisons mentales ou physiques.

      Comment s’en sortir sans nouveaux repères, sans nouvelles balises ? Il n’y a ni routes ni panneaux de signalisation sur la planète Mars. Tout est à refaire, à recréer, à reconstruire, dans sa tête. On peut devenir fou. Mais soigné, purgé du mal nihiliste, remis à neuf comme une jeune première de circuits en faisant rutiler ses chromes si on ne s’y prend pas trop tard avec la rouille, il est même possible un jour d’apprécier à nouveau de retourner sur les lieux de nos prisons mentales, revoir les bâtiments somptueux qui nous ont incarcérés dans le passé, les cathédrales, les lieux saints, les lieux de pèlerinages.

      Au nom de la beauté intérieure et extérieure, au nom de la grâce inhérente à l’être et à l’âme, pour la pureté de l’art et du geste, pour s’immerger dans la beauté du monde, pour admirer les réalisations simplement humaines, par amour de la vie, pour vivre au milieu des autres et leur montrer que le temps de celle-ci est trop court pour l’utiliser comme des cons.

      Les fous suicidaires aiment-ils la vie ?

  • Les membres de l’équipe de charlie hebdo ne sont ou n’étaient que des calomniateurs, des gros menteurs qui détestaient tout simplement la personne du noble Prophète de l’Islam(SWS) par pure jalousie. Ils étaient envieux en raison de son comportement irréprochable étant doté d’un caractère exceptionnel. Il était humble, doux , bienfaisant, gentil et avenant envers les gens.
    J’invite tous ceux qui recherchent la vérité à s’informer et à lire la biographie vérifiée du Prophète Mouhammed(SWS).

    Concernant la liberté d’expression, elle est variable en france en fonction des gens.
    En janvier 2014, elle a des limites pour hollande et walls qui censurent Dieudonné.
    En janvier 2015, elle devient soudainement sans limites pour eux quand ils s’agit d’insulter le Prophète de l’Islam(SWS). Quelle injustice!

    Mouhammad(SWS) est notre Prophète et nous l’aimons!

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