5 raisons de s’abstenir aux Européennes

Le mécanisme même des élections européennes fournit de nombreuses raisons de s’abstenir, ce qui semble même à certains égards être le seul choix raisonnable.

Par Olivier Maurice.

De nombreux libéraux ne voteront pas dimanche.

À considérer le catalogue de propositions toutes plus socialistes les unes que les autres, cette décision se comprend : qui aurait envie de voter pour un tel florilège de mesures liberticides et de variations de l’État nounou ?

Mais la piteuse farandole des programmes n’est que la partie émergée d’un ensemble de raisons plus profondes qui discréditent totalement cette élection et nous conseillent fortement de rester chez nous.

Le pouvoir réel du parlement

À quoi peut donc servir cette élection ? Pourquoi élire un Parlement européen, qui fait doublon avec le Conseil de l’Union européenne (composé de ministres des États membres et qui a des pouvoirs plus étendus que le Parlement) et qui n’est rien d’autre qu’une chambre d’enregistrement des directives élaborées par la Commission européenne (composé de 28 commissaires proposés par les États membres) pour mettre en œuvre les politiques décidées par le Conseil européen (composé des chefs d’États) ?

On peut comprendre l’idée de mettre en place un Congrès qui viendrait transformer en lois les initiatives d’un exécutif européen, ainsi que cela se passe dans de nombreux pays. Mais la configuration européenne est totalement différente, puisque ce Congrès ne vote aucunement des lois européennes pour la simple et bonne raison que celles-ci n’existent pas, pas plus qu’il n’existe d’exécutif européen d’ailleurs.

Les actes juridiques les plus contraignants (les règlements) sont décidés et adoptés directement par la Commission ou par le Conseil de l’Union. Les décisions visant le fonctionnement de l’Union sont prises par les chefs d’États des pays membres. Il ne reste donc quasiment comme tâche pour le Parlement que de ratifier des directives avant que celles-ci ne soient enregistrées par les parlements nationaux qui sont les seuls capables de créer des lois.

Cette dilution des pouvoirs transforme d’ailleurs insidieusement les parlements nationaux également en chambre d’enregistrement. En effet, peu de parlements nationaux osent prendre le risque de contredire des directives européennes, surtout que le choix est assez binaire car il n’est prévu aucun processus de discussion entre les pays et l’Europe ; et donc aucun mécanisme de révision ou d’amendement des textes.

De plus le Parlement européen ne peut pas proposer d’actes législatifs. Il n’a aucun contrôle sur les recettes ni sur le volume du budget européen et sont exclues toutes les questions régaliennes (sécurité et politique étrangère). Tout au plus a-t-il un pouvoir de contrôle limité sur les dépenses et sur la présidence de la Commission.

Son rôle se résume en fait à refuser les directives jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment « cuites » à force de compromis et d’amendements pour être soumises aux parlements nationaux.

Pourquoi donc voter pour désigner des députés qui pendant 5 ans feront un travail de juriste et de diplomate ?

Soulignons au passage l’hypocrisie généralisée de l’intégralité des listes qui se permettent de présenter chacune des propositions concrètes dans leur programme alors que la Commission a le monopole de l’initiative législative. Toutes ces belles idées resteront donc au placard des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. Inutile de savoir si une liste est libéral-compatible ou de s’affoler sur le socialisme forcené de ses propositions, celles-ci n’ont de toute façon absolument aucune chance de voir le jour.

Les jeux d’alliance

De plus, pourquoi nous appelle-t-on à voter pour des listes nationales et à la proportionnelle par pays, alors qu’en fin de compte les élus siègeront dans des groupes parlementaires Européens ?

Ce recyclage produit deux effets plus qu’incompréhensibles : les majorités sont totalement brassées et ne veulent plus rien dire car une liste qui sort majoritaire dans un pays peut ainsi se retrouver minoritaire dans son groupe ; de la même manière, une liste minoritaire d’un pays peut se retrouver majoritaire dans son groupe… En conséquence de quoi les positions défendues par les groupes n’ont souvent en fin de compte que peu de choses à voir avec celles des listes nationales.

Donc non seulement les propositions décrites dans les listes n’ont aucune chance de voir le jour, mais les directions politiques affichées par ces mêmes listes peuvent également changer significativement une fois les groupes formés, et ce non pas en fonction du poids des listes au Parlement, mais en fonction du poids de ces listes dans leur groupe et en fonction du poids total des groupes et des alliances qu’ils passeront.

Pourquoi voter pour des députés dont les prises de position ne seront très probablement pas les mêmes une fois élus que celles pour lesquels ils se sont fait élire ?

Le statu quo

N’en déplaise aux divers nationalistes, l’Europe qui dicterait sa politique depuis Bruxelles et qui l’imposerait aux Peuples asservis, cette vision de l’Europe est juste un gigantesque homme de paille.

En fait, le domaine de compétence de toute la machinerie Européenne (l’usine à gaz décrite brièvement auparavant) diminue pour devenir totalement inopérant au fur et à mesure que l’on se rapproche des domaines régaliens. Si Bruxelles est super équipé en organes divers et variés pour décider de la taille des pas de vis, on entre dans le flou artistique dès que l’on s’approche des domaines économiques et sociaux, et dans le désert total pour ce qui est de la souveraineté : pas de politique de sécurité commune, pas de diplomatie commune, pas de défense commune et surtout aucune voix qui représenterait l’Union.

Pour faire une comparaison, le système est assez semblable au système fédéral américain, mais à l’envers : ce sont les États qui détiennent l’arme nucléaire et la Maison Blanche qui détermine le menu des cantines.

Le projet de Constitution européenne a été rejeté le 1 juin 2005, rejeté par la France d’ailleurs. L’Europe n’a donc aucune constitution et n’est régie que par des traités.

Les enjeux mondiaux nous demanderaient de mettre en place une réelle décentralisation afin que l’échelon le plus haut soit à même de discuter avec les autres puissances mondiales tout en gardant cette diversité qui fait notre force. La vision fédérale qui permettait à terme de mettre en place cette subsidiarité a été rejetée le 1 juin 2005 et revenir dessus est à la fois très compliqué politiquement et du point de vue des procédures européennes.

En tout état de cause, elle est totalement hors des compétences du Parlement européen, seuls les chefs d’État ayant la capacité de modifier cela.

Pourquoi voter pour des députés qui nous promettent de faire ou de défaire l’Europe, alors qu’ils n’en ont absolument pas le pouvoir ?

De la même façon qu’il est inutile de paniquer à la mise en œuvre hypothétique des programmes présentés par les différentes listes, il est tout aussi inutile de se questionner entre la peste et le choléra : même si on ne nous offre le choix qu’entre transformer l’Europe en un État jacobin, ou de la transformer en confédération, c’est-à-dire, soit de créer un super-État continental ou de renforcer les États nationaux, ceux qui ont le pouvoir de transformer l’Europe ne siègent pas au Parlement européen.

Le calendrier

Le calendrier fait en sorte que l’enjeu des élections Européennes s’est décalé pour devenir un enjeu national, une espèce de mid-term officieux dont les conséquences seront de toute façon désastreuses pour le pays : soit le parti au pouvoir prend une raclée, et il n’aura de cesse de multiplier le clientélisme et les mesures socialistes pour tenter de gagner les prochaines élections, soit il s’en sort plus ou moins indemne et il continuera dans sa lancée socialiste actuelle.

Dans les deux cas, le résultat sera toujours plus d’État et moins de liberté.

Quant à la stratégie qui consiste à voter pour l’un des nombreux épouvantails qui parasitent la vie politique depuis des lustres ou à voter nul en espérant que cela poussera le parti en place à se reprendre et à changer de direction, cette stratégie est quasiment devenue une tradition… et n’a absolument jamais fonctionné.

Pourquoi donc voter alors que le résultat national sera de toute façon toujours le même : davantage de socialisme ?

La peur de l’abstention

La seule option qui ait une réelle influence est l’abstention. L’abstention décrédibilise à la fois le parti au pouvoir et les autres partis, personne Ne capitalise l’abstention, surtout pas les partis protestataires qui sont par ailleurs les plus anti-libéraux. C’est d’ailleurs ce que l’on voit se produire lentement, année après année. L’abstention augmente et les gouvernements sont de moins en moins populaires en même temps qu’ils deviennent de moins en moins légitimes.

La légitimité du pouvoir ne repose pas sur le nombre de personnes ayant voté pour le vainqueur, mais sur le nombre de personnes ayant voté tout court, les perdants renforçant tacitement la légitimité du vainqueur par leur simple participation au scrutin.

Tous les partis, de la majorité comme de l’opposition ont peur de l’abstention. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont tous construit des programmes présentant un contenu national, même si l’élection est une élection européenne et que cela n’a aucun sens : pour tenter d’intéresser les gens.

Pourquoi voter si notre vote ne fait que renforcer des partis que l’on souhaiterait voir affaiblis ?

Même si ce constat est triste, il est indéniable : l’abstention est devenue pour beaucoup le seul moyen électoral de faire entendre leur désapprobation.

Conclusion

Aucune des 34 listes présentées aux élections européennes n’est libérale mais ce n’est en fin de compte sans grande importance : pour les différentes raisons citées les programmes présentés par ces listes n’ont absolument aucune chance de voir le jour.

Les résultats au niveau européen n’intéresseront de toute façon presque personne, les deux seuls résultats qui auront un réel sens politique seront les scores des principaux partis français et le taux d’abstention.

Donc si vous n’êtes pas du genre à enfiler un maillot de supporter et que vous considérez la politique comme autre chose qu’un match de foot (ce qui est tout à fait respectable par ailleurs), il ne vous reste plus qu’une seule option : éviter de cautionner une élection inutile et un microcosme qui vit à des milliers de kilomètres des vrais problèmes, que ce soient ceux de l’Europe, ceux de leur pays ou ceux des gens.

C’est la seule option qui puisse réellement faire changer à terme les comportements des politiciens qui ont surtout démontré lors de cette campagne leur fabuleux talent à promettre des choses qu’ils seront dans la plus totale incapacité de réaliser.

Lire en contrepoint la tribune de Charles Boyer

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