Réforme du collège : le nivellement par le bas

Najat Vallaud-Belkacem (Crédits Ségolène Royal, licence Creative Commons)

Toute l’ambition de la politique socialiste est concentrée dans cette réforme des collèges qui érige la médiocrité comme la seule valeur acceptable.

Par Phoebe Ann Moses.

Najat Vallaud-Belkacem (Crédits Ségolène Royal, licence Creative Commons)
Najat Vallaud-Belkacem (Crédits Ségolène Royal, licence Creative Commons)

Najat Vallaud-Belkacem fait décidément la une de l’actualité en ce moment. Dans une interview donnée au magazine GQ du mois de juin, elle se livre en toute franchise : pour elle, quelqu’un qui vote à gauche se reconnaît à ce qu’il parle de la même façon à un chef d’entreprise du CAC 40 et à un chauffeur de taxi. Avec le même respect. Et ceux qui votent à droite légitiment les inégalités, accusent les réformes de niveler par le bas. Et se fichent comme d’une guigne que seuls 20% des élèves réussissent parfaitement pendant que les autres sont à la traîne, parce que « c’est dans l’ordre des choses ».

De tels clichés passéistes ne montrent qu’une vérité : la tentative de raviver la lutte des classes, seul moyen pour la gauche d’avoir une raison d’être. Décidément, la gauche n’arrive pas à sortir du monopole du cœur. Les socialistes, de gauche comme de droite d’ailleurs, font toujours semblant de se mettre à la place des victimes alors qu’ils n’ont jamais connu les difficultés. D’ailleurs de plus en plus nombreux sont ceux qui reprochent à Najat Vallaud-Belkacem de vouloir détruire l’école qui lui a permis de réussir.

Contrepoints497 Najat Vallaud Belkacem Education nationale - René Le HonzecNajat Vallaud-Belkacem chantre de l’égalité, décriée pour sa réforme, n’est quand même pas seule à en porter la responsabilité. Elle est totalement soutenue par le Président de la République, qui a été élu… par la quasi-totalité des enseignants. Qui protestent maintenant en disant que la réforme n’est pas à leur goût. Quelle hypocrisie : la réforme reflète très exactement les opinions du milieu enseignant : l’accès égalitariste au diplôme.

Car permettre à un jeune d’obtenir un emploi n’est pas une préoccupation de l’Éducation Nationale. Cela fait belle lurette en effet que les entreprises auraient dû mettre un pied dans les collèges pour multiplier les possibilités d’apprentissage et pour développer au lycée les chemins d’accès au monde du travail. Mais non : l’horreur du monde de l’entreprise capitaliste dans un collège, vous n’y pensez pas ! En revanche les cours de sociologie, psychologie, sciences de l’éducation croulent sous le nombre d’étudiants qui n’obtiendront jamais d’emploi en rapport avec leurs études.

Venir pleurer sur la manque de réussite des élèves est d’une hypocrisie incroyable quand on sait que les gouvernements successifs ont sabordé toutes les orientations que pouvaient prendre ceux qui n’étaient pas faits pour le système scolaire, formaté, identique, uniforme : en dénigrant l’apprentissage, en érigeant l’intello en modèle de réussite sociale. « Faire réussir » un élève ne s’entend quasiment que d’une seule manière. Même les parents d’élèves préfèrent que leur enfant fasse une « mauvaise 1ère générale » qu’une bonne « 1ère techno ». Mais on se pâmera devant un chef cuisinier qui n’a pas le bac, on dénigrera un médecin qui touche 23 euros par consultation, et le plombier sera un « voleur » quand il facture son déplacement. C’est à se demander si une vie professionnelle réussie se mesure à ce qu’on gagne ou à ce qui est politiquement correct. Évidemment avec des « je n’aime pas les riches », on aurait dû se douter que la plus hauteur valeur tolérée serait d’être médiocre. Toute l’ambition de la politique socialiste est concentrée dans cette réforme des collèges.

Or si obtenir des résultats médiocres est facile car il suffit de baisser le niveau des exigences, obtenir de « bons » résultats est une autre affaire : car cela suppose de remettre en question le mode de fonctionnement du système scolaire tout entier.

Ainsi, les concours de la fonction publique sont modulés en fonction du territoire auquel ils seront proposés : les sujets d’examen et de concours sont spécifiques pour les DOM TOM et ce n’est pas une question de décalage horaire. Il ne faudrait pas que les résultats soient moins bons à un endroit qu’à d’autres. Trop stigmatisant.

Mais concilier « excellence » et « égalité des chances » comme le clament actuellement les socialistes, c’est-à-dire concilier l’inconciliable, est impossible : c’est vouloir l’excellence de l’offre, de la marchandise, mais au tarif le plus bas. Il faudra choisir. Que tout le monde arrive premier n’est pas possible. Or les socialistes pensent que l’égalité des chances n’est pas de pouvoir aligner tous les enfants sur la ligne de départ, mais de les aligner sur la ligne d’arrivée. Faire baisser le niveau permettra-t-il l’accès du plus grand nombre à la réussite ? Non. Mais cela permettra l’accès au diplôme, dont on révisera encore une fois le niveau pour se gargariser d’un 87% d’obtention. La gauche a décidément du mal à proposer une réforme constructive autrement qu’en faisant un nivellement par le bas. Comme d’habitude.