Le socialisme aujourd’hui (4) : le dirigisme français

Louis XIV (MONTPELLIER,FR34) By: jean-louis Zimmermann - CC BY 2.0

Les médiocres performances économiques de la France doivent-elles être imputées au socialisme ?

Par Daniel J. Mitchell, depuis les États-unis.

Ma série en cinq parties sur le socialisme dans le monde moderne a mis en vedette la révolution bolivarienne du Venezuela, le social-libéralisme des pays nordiques et la social-démocratie dépensière de la Grèce.

Mais aucune discussion sur les politiques étatistes ne serait complète sans un regard sur la France. En effet, non seulement la France a la particularité de prélever des taux d’imposition supérieurs à 100 %, mais elle a aussi l’honneur douteux d’avoir le plus grand État-providence d’Europe. Et c’est aussi elle qui a le fardeau global le plus lourd en matière de dépenses publiques.

Fardeaux des dépenses publiques dans les pays de l’UE

Ce ne sont pas de bons chiffres, surtout quand on considère les changements démographiques qui se produisent en Europe.

Une tradition d’interventionnisme étatique

Malheureusement, il existe une longue tradition d’étatisme en France1. Andras Toth de l’Institut Carl Menger explique une partie de la triste histoire économique de la France :

S’il existe un exemple d’État dirigiste ou interventionniste, c’est bien la France en Europe. La France était le berceau de la monarchie mercantiliste et absolutiste au début de la période moderne : (…) pratiques protectionnistes mercantilistes et mainmises monopolistiques des industries clés, notamment « politiques de développement industriel » sous la coupe de l’État (…) Sous le règne de Jean-Baptiste Colbert, le célèbre ministre des Finances, (…) la France a sombré dans une série de crises et perdu sa position prédominante en Europe. (…)

L’État français moderne est le fruit de la culture politique des Bourbons. C’est l’exemple par excellence du dirigisme. Il redistribue jusqu’à 56 % du PIB annuel et prélève la charge fiscale la plus lourde d’Europe. L’État français gère directement les industries clés et soutient l’un des plus grands États providence d’Europe. Il impose également aux acteurs économiques une paperasserie bureaucratique complexe, traînant loin derrière les États scandinaves et l’Allemagne en ce qui concerne la facilité des affaires.

Mais il explique également que le président actuel a semblé comprendre que la France a besoin de moins d’étatisme et de davantage de liberté économique.

Macron a peut-être été le premier homme politique français à construire sa campagne électorale sur la réforme et la compétitivité afin de maintenir la position de la France dans le monde. Ceux qui ont voté pour lui savaient à quoi s’attendre. En tant que membre de l’équipe de Hollande, il a proposé d’augmenter la semaine de travail de 35 à 37 heures pour alléger la charge fiscale sur les hauts revenus, et le paquet compétitivité qu’il a développé visait à réduire l’excès de protection des travailleurs et des entreprises afin de promouvoir la croissance. (…)

La France est à nouveau à la croisée des chemins : elle doit choisir entre les politiques de Jean-Baptiste Colbert et celles d’Anne-Robert-Jacques Turgot, le grand économiste libéral français qui fut ministre de l’Économie de la France entre 1774 et 1776 et qui plaida pour le libre-échange, une réduction de la fiscalité et une faible réglementation.

Un pays impossible à réformer ?

Je peux avoir un peu de sympathie pour ce que Macron essaie de réaliser. Mais je crains que ce ne soit trop peu et trop tard. D’autant que, comme le rapporte le New York Times, Macron est de plus en plus impopulaire.

Des attaques (disent) que Macron n’est qu’un serviteur égocentrique des plus riches de la société. (…) L’hostilité affichée a clairement montré que, moins d’un an après le début de cette nouvelle présidence, le sentiment anti-Macron apparaît comme une force puissante. Elle est alimentée par le sentiment omniprésent que M. Macron pousse trop loin, trop vite dans beaucoup trop de domaines : en s’attaquant aux avantages des retraités et des personnes à faible revenu, en donnant un coup de pouce aux plus aisés et en sabrant les privilèges sacrés des travailleurs.

En fait, il mérite bien une partie de son impopularité. À la fin de l’année dernière, il a voulu imposer des taxes vertes sur le carburant qui ont déclenché des émeutes nationales d’automobilistes et d’autres citoyens mécontents.

Mais il est aussi impopulaire pour certaines de ses bonnes mesures, quoique modestes, ce qui me fait craindre que la France n’ait dépassé le point de non-retour, ce qui signifie qu’une réforme véritable et significative n’est plus possible parce que trop d’électeurs veulent être allaités par les mamelles de l’État.

J’espère que ce n’est pas le cas. La France était autrefois l’une des nations les plus riches et les plus puissantes du monde. Mais aujourd’hui, son niveau de vie est à peine moyen selon les chiffres de la consommation individuelle moyenne de l’OCDE.

Niveaux de vie : la France est à la traine, loin derrière les États-Unis

Alors, les médiocres performances économiques de la France doivent-elles être imputées au socialisme ? Tout dépend si l’on se réfère aux acceptions théorique ou courante du terme, que j’ai expliquées dans la deuxième partie de cette série. En tout cas, on ne peut douter que le pays paie un prix considérable d’avoir trop d’étatisme.

À suivre : le cinquième et dernier article de notre série tentera de répondre à la question suivante : quels pays sont réellement socialistes ?


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

  1. Pourtant, l’un des plus grands économistes du monde était un Français, mais les politiciens français ignorent évidemment Bastiat tout comme ils ignorent Turgot.
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