1er mai : la convergence des luttes n’a pas eu lieu

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

Le défilé du 1 mai qui se voulait une démonstration de force et la concrétisation de la convergence des luttes a surtout été un flop monumental pour la gauche et les syndicats.

Par Olivier Maurice.

Ni l’apocalypse annoncée par les groupuscules d’extrême-gauche, ni le chaos redouté par le gouvernement, ni le raz-de-marée populaire appelé par les syndicats, ni la convergence des luttes prophétisée par la gauche n’ont eu lieu ce 1er mai.

Les chiffres de la mobilisation sont à peine plus hauts que ceux de l’année dernière : entre 164 500 et 310 000 personnes dans les rues, contre 143 500 à 210 000 en 2018 mais restent bien loin du 18 novembre 2018 où les seuls chiffres du ministère de l’Intérieur faisaient état de 282 000 Gilets jaunes bloquant les ronds-points. C’est surtout quatre fois moins qu’il y a 10 ans, le 1 mai 2009, quand les manifestations avaient alors rassemblé entre 465 000 et 1,2 million de personnes.

Du point de vue des violences, même si on déplore encore un certain nombre de  vitrines cassées, d’incendies volontaires, de blessés (24 manifestants et 14 chez les forces de l’ordre) et d’interpellations  (380 dont 250 placées en gardes à vue) on est bien loin des scènes débridées d’insurrection et de pillage que l’on avait commencé à prendre la triste habitude de voir s’étaler sur les chaînes d’information en continu.

Inutile donc de s’appesantir sur un événement dont on a de toute évidence donné bien plus d’ampleur dans les journaux que ce qu’il a eu dans la réalité.

Pas de mobilisation

Sauf que ce n’est pas seulement la mobilisation qui a brillé par son absence, ce sont également les leaders syndicaux et la gauche tout entière qui ont complétement manqué le rendez-vous que tous voulaient historique. Entre Alexis Corbière qui s’indigne des violences policières, Raquel Garrido qui les compare avec la répression des opposants à Nicola Maduro et Jean-Luc Mélenchon qui fustige cette même opposition, la France Insoumise s’étale dans ses contradictions schizophréniques et évite soigneusement de parler du fond ; entre Philipe Martinez qui se perd entre une charge de CRS et un black bloc et qui est obligé d’être exfiltré ; entre Laurent Bergé hué qui décide de jouer cavalier seul ; entre la FSU qui quitte le cortège avant que celui-ci ne s’élance ; entre Philippe Poutou qui fait l’apologie de la violence, entre Benoît Hamon qui insulte publiquement le président de la République et le traite de vieux réac… c’est semble-t-il à qui essayera de se saborder le plus bruyamment.

En regardant les images des défilés, force est de constater qu’il y avait quasiment plus de Gilets jaunes (et de street-medics, de vrais ou faux journalistes, de vrais ou faux passants, de vrais ou faux black blocs) dans les rangs que de brassards de syndicalistes, quasiment plus de drapeaux français et régionaux que les habituels marteaux, faucilles et autres étendards révolutionnaires. Peut-être avez-vous-même vu cette image hallucinante où on pouvait voir côte à côte une bannière à l’effigie du Che et le drapeau picard qui mêle lions flamands et fleurs de lys ?

Le flop de la convergence des luttes

Il arrive aussi qu’un non-événement soit en lui-même un événement.

La convergence des luttes n’aura pas lieu. Le mouvement des Gilets jaunes n’est ni un mouvement collectif ni idéologique. Il ne revendique pas pour davantage de droits, il exprime un ras-le-bol pour trop d’impôts. Il ne fait pas campagne pour imposer une vision de la société, il s’indigne contre le manque de vision de la classe politique. Il ne veut pas généraliser un modèle, il veut se libérer des décisions centralisées. Il ne regroupe pas des salariés dans leur lutte contre le patronat, il rassemble des individus qui veulent une diminution des contraintes qui les accablent. Il ne proclame pas une internationale des travailleurs, il regroupe des individus dont la principale revendication est simplement qu’on leur fiche la paix.

Premier mai 2019 : rien. À part que la police a enfin compris l’efficacité du principe de subsidiarité et qu’à l’arrivée du cortège parisien place d’Italie des gens dansaient sur de la musique techno. Et qu’ils n’étaient pas des syndicalistes.

 

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