4 réflexions pour clore le Grand débat

Emanuel Macron by European Parliament-Avril 2018(CC BY-NC-ND 2.0) — European Parliament, CC-BY

Attendre du gouvernement actuel des solutions libérales aurait été faire preuve de candeur et de naïveté.

Par Olivier Maurice.

La clôture du Grand Débat par Emmanuel Macron et les annonces faites par le chef de l’État laisseront sans doute nombre de libéraux sur leur faim.

Pourtant de nombreux sujets auraient de quoi être accueillis positivement : la décentralisation annoncée marque-t-elle la fin de ce jacobinisme centralisateur si typiquement français ? Le refus du rétablissement de l’ISF et la diminution qualifiée de significative de l’impôt sur le revenu marquent-ils la fin des pogroms antiriches tout aussi typiques de notre pays champion du monde des prélèvements obligatoires ? Même la volonté de sortir le débat écologique du monde politique où le sujet avait été depuis belle lurette phagocyté par les ayatollahs verts dehors et rouge dedans n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle en fin de compte.

On s’habitue à tout

En apparence, nous avons aussi évité une escalade dans l’arrosage d’argent public qui se superposerait aux 10 ou 12 milliards déjà promis en décembre. Même si le maintien des écoles et des hôpitaux en sous-régime, la limitation des classes à 24 élèves et les mesures sur les retraites ne seront pas gratuites, elles sont somme toute assez marginales comparées aux habituelles « revalorisations techniques » qui consistent à distribuer quelques euros par-ci par-là et à modifier les assiettes et les taux de prélèvement sociaux de quelques pourcents, ce qui finit toujours une fois multiplié par le nombre de Français et le nombre de mois dans l’année par se compter en dizaines de milliards d’euros aux frais des contribuables et des employeurs.

Aucune mesure folklorique (genre Made in France) ou hydro-pneumatique (genre CICE) non plus. Tout juste le renoncement à l’objectif de suppression de 120 000 fonctionnaires, qui vu l’état de non-avancement actuel n’est pas vraiment une surprise : on voit mal comment cet objectif pouvait être atteint sur les deux seules années fiscales restantes de ce quinquennat.

Macron libéral ?

Quoi qu’il en soit, attendre du gouvernement actuel des solutions libérales aurait été faire preuve de candeur et de naïveté. Ni Emmanuel Macron, ni ses proches, ni ses électeurs ne se sont érigés en militants de la fin de l’État-providence ou de celle de la hiérarchie des normes. L’étiquette de libéral qui a été collée sur le front du chef de l’État provient de personnes qui n’ont absolument aucune idée de ce qu’est le libéralisme et qui pour cette même raison voient des libéraux partout.

Bien sûr on pouvait rêver : rêver de la fin du paritarisme et du transfert des organismes sociaux dans des organismes privés ; rêver de la fin des monopoles publics ; rêver de la suppression pure et simple des ministères de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, de la Culture, de l’Écologie, de ceux des Transports, de l’Économie, du Travail, du Logement et de bien d’autres encore ; rêver du transfert de juridiction des questions morales et religieuses ; rêver même pourquoi pas de la prévalence du contrat sur la loi, de celle de la responsabilité sur le droit.

Et si on allait un peu plus loin ?

Mais nous sommes en France, un pays dont le système social a été composé en grande partie par le parti communiste et qui vit dans l’obsession d’un égalitarisme qui est la seule et unique excuse possible pour s’auto-persuader que la Révolution était autre chose qu’un énorme bain de sang et une gigantesque démonstration de cupidité, de haine, de jalousie, d’envie et de mesquinerie.

Disons que cela aurait pu être pire. Bien pire, d’ailleurs.

Disons aussi qu’en démocratie, si on se fait élire à droite, à gauche ou au centre, on gouverne toujours au milieu ; et s’il existe une place pour revendiquer plus socialiste que ce qu’a annoncé Emmanuel Macron (place où la compétition sera rude dans les prochains jours pour savoir qui gagne le concours du plus démagogue), c’est qu’il existe une place tout aussi grande pour revendiquer plus libéral, en partant de l’élargissement de certaines mesures annoncées par le chef de l’État comme base de réflexion, par exemple :

  • Pourquoi décider une fois pour toutes des effectifs de toutes les classes de chaque école de France alors que l’on vient de dire cinq minutes plus tôt que trop de décisions étaient prises à Paris ?
  • Pourquoi défiscaliser uniquement une prime de 1000 euros par an ? Pourquoi ne pas l’étendre à d’autres revenus exceptionnels comme une participation aux bénéfices ou à des primes sur résultats ?
  • Pourquoi ne pas étendre le recouvrement de la CAF des pensions alimentaires non payées à celui des loyers non payés aux petits propriétaires ?
  • Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout du système de retraite par points et ne pas passer à un modèle par capitalisation, avec la liberté pour chaque salarié de faire varier sa contribution ?

Et sans doute bien d’autres questions…