Il n’y a pas de déserts médicaux !

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Il n’y a pas de déserts médicaux !

Publié le 23 avril 2019
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Par Richard Guédon.

Non, il n’y a pas de déserts médicaux.

D’abord il n’y a pas de déserts : un désert est par définition un endroit où il n’y a personne : nul besoin de médecins dans un endroit où il n’y a personne. S’il y a des gens pour se plaindre de ne pas trouver de médecins, c’est que l’endroit où ils habitent n’est pas un désert. En France, depuis 7 000 ans et l’installation de l’agriculture et de l’élevage il n’y a plus de déserts, sauf peut-être en haute montagne, et encore ! Allez faire un tour sur le Mont-Blanc en été ou en Savoie en hiver, il y a des gens, et ces gens ont souvent besoin de médecins.

Ne jouons pas sur les mots dira-t-on : un désert médical c’est une partie du territoire où la population ne peut pas se soigner correctement par manque de professionnels.

Des déserts médicaux, postaux, ferroviaires, en alimentation-bar-tabac

Peut-être, mais il est en réalité bien difficile de savoir ce qu’est un désert médical, dont l’outil de mesure, l’Accessibilité Potentielle localisée (APL) n’a été créé qu’en 2012 ! De l’aveu même de ses promoteurs, ce critère qui tient compte du nombre d’habitants, de leur âge, du nombre de médecins, de leur volume d’activité, mais aussi de la population et des ressources des villages voisins, n’est pas vraiment satisfaisant.

Observons maintenant les cartes produites avec ce type de critères par les officines économiques publiques, les administrations, les organismes professionnels médicaux. Elles montrent que, si déserts il y a, ils ne sont en rien spécifiquement médicaux ; les trop fameux « déserts médicaux victimes d’une  scandaleuse inégalité dans l’offre de soins parce que les médecins, qui sont des riches, s’entassent sur la Côte d’Azur » sont en réalité les zones du territoire peu attractives, en difficulté sur tous les plans. Si déserts il y a, ce sont aussi des déserts postaux, des déserts ferroviaires, des déserts bancaires, des déserts en alimentation-bar-tabac, des déserts numériques, des déserts touristiques etc. Dans ces déserts-là, l’eau de pluie qui manque, c’est l’argent de l’activité économique qui se déverse toujours davantage sur les pôles urbains.

Il n’est pas exact, mais stigmatisant, de qualifier de déserts médicaux des territoires peu attractifs pour des raisons globales.

Chez nos voisins mêmes causes mêmes effets

Retirons maintenant les cocardes collées sur nos lunettes et regardons autour de nous : les difficultés de répartition des médecins et de l’offre de soins sont les mêmes dans la plupart des pays d’un niveau comparable à la France. Partout, les zones rurales et les périphéries défavorisées des grandes villes manquent de professionnels de santé, y compris dans les pays comme le Royaume-Uni, où les médecins sont des fonctionnaires.

Les causes de cette inégale répartition sur les territoires sont partout les mêmes : concentration de l’activité et de la population dans des métropoles et pôles urbains ; départ à la retraite des médecins de la génération du « médiboom » formés pendant les Trente glorieuses, pas ou peu remplacés dans les zones difficiles par les nouvelles générations urbaines à la recherche d’une meilleure qualité de vie ; recul de la médecine générale et spécialisation croissante des médecins sous l’influence du progrès technologique.

Solutions coûteuses, solutions inutiles

Tout ceci n’a nullement empêché les politiques paniqués par l’angoisse de leurs électeurs de prendre dans le flou le plus total de nombreuses et coûteuses décisions : élargissement du numerus clausus — alors qu’en chiffres absolus il n’y a jamais eu autant de médecins en France —, financement de maisons de santé sans médecins, aides en tout genre à l’installation n’aboutissant qu’à des effets d’aubaine, « chasse de têtes » confuses de médecins étrangers, et toujours les rêves autoritaires à gauche, mais pas seulement, qui surgissent à chaque discussion parlementaire.

Or il suffit de lire la presse économique et médicale internationale pour découvrir que toutes ces mesures ont déjà été essayées et bien évaluées dans différents pays, et que cela ne fonctionne pas : on ne fait pas pousser le gazon en tirant sur les brins d’herbe.

Seules se sont révélées efficaces des mesures qualitatives de long terme qui installent des dynamiques professionnelles collectives : groupes d’échanges de pratique de médecins ruraux, stages d’internes en cabinet rural, assistants médicaux, coopérations entre différents professionnels de santé.

Que faire ? D’abord dire la vérité

On ne peut nier les difficultés croissantes des populations rurales âgées et de certaines banlieues en friches, alors que faire ? Vu la profondeur et la complexité des causes on se doute que les problèmes vont durer, qu’il n’y a pas de solution miracle. Il faut le dire aux habitants de ces territoires. Le mensonge accroît la détresse et conduit à l’émeute.

À court terme, il faut surtout gérer au plus près du terrain et éviter les solutions nationales.

Il faut aider les médecins généralistes des zones déficitaires à rester en activité le plus longtemps possible en leur simplifiant la vie, essayer d’orienter vers eux les remplaçants disponibles et demander aux médecins retraités, de plus en plus nombreux, de venir donner un coup de main pendant les vacances. Ils le font d’ailleurs de plus en plus. Il faut organiser des consultations à distance, impliquer les infirmières et les pharmaciens dans des actes médicaux simples et faciliter les transports des malades vers les villes où la démographie médicale est correcte.

Pour renverser la tendance à long terme, il faudrait recentrer le système vers son véritable centre : le patient et son médecin généraliste. Que ce soit dans le domaine de l’assurance maladie, de l’hospitalisation et de l’enseignement de la médecine, il faudrait décentraliser, autonomiser, privatiser, mettre en concurrence. Dans toutes les petites villes, par délégation des facultés de médecines, des groupes de médecins généralistes doivent pouvoir accueillir très tôt ces étudiants et les former à la médecine générale. Des expériences locales ont montré sur le long terme que même dans des zones peu attractives la démographie est meilleure si les étudiants sont accueillis par des généralistes maîtres de stages et par des groupes professionnels dynamiques.

Ni populisme ni coercition

Mais toutes ces mesures ne sont pas spectaculaires, et le populisme est tentant. Même si une grande majorité de nos concitoyens y est favorable, il ne faut pas céder à la tentation autoritaire : si on se laisse aller à obliger les médecins généralistes à s’installer dans des zones où ils ne le souhaitent pas, cela signera tout simplement la mort de la médecine générale dans ces territoires. Aucun médecin généraliste ne se laissera forcer, pas plus qu’on ne peut contraindre un gérant de bar-tabac- alimentation à installer sa boutique dans tel ou tel village.

En attendant les lendemains qui chantent, il faut faire avec ceux qui sont là et ne pas les faire fuir. « Primum non nocere » : d’abord ne pas nuire, aurait dit le vieil Hippocrate.

Voir les commentaires (28)

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  • Oui très vrai, mais en attendant ?

    • Il n’y a pas de désert médicaux, il n’y a jamais eu autant de médecins, l’espérance de vie continue de progresser.
      Libéralisons la médecine, cassons le monopole de l’assurance maladie, de l’ARH.. et les médecins répondront à la demande de soins, comme tout marché libre.

  • claude henry de chasne
    23 avril 2019 at 8 h 55 min

    moi je vis très bien dans le désert médical.. le premier hôpital se trouve a 30kms , soit 25 minutes de trajet ou a 20 minutes d’une clinique pluridisciplinaire.. imaginez a Paris ou a Nice?. qui est a 25 minutes de trajet d’un hôpital ou il y a de la place en permanence….?
    J’obtiens un RDV avec mon médecin traitant dans les 12h et il se trouve a 13 kms de chez moi , soit 10 minutes de trajet et une place de parking gratuit a 20 m.. essayez de faire pareil a Paris ou a Cannes..
    non le désert médical est un ratio entre le nombre de patients potentiels, la qualité des infrastructures, leur disponibilité, et le temps de trajet..
    a ce compte là la cote d’azur ou la région parisienne ne sont pas
    des déserts médicaux, mais accéder aux soins est plus acrobatique en terme de disponibilité et d’accessibilité..
    Quand aux maternités que tout le monde veut avoir devant chez soi , une seule par département et un service de transport par hélicoptère réglerait le probleme définitivement.. et ce a un coût imbattable.. reste a convaincre les politiques et çà .. comme çà touche a leur gamelle.. pas question..
    Ne croyez pas ce qu’on vous raconte , on vit très bien en france dans le désert.. ma commune fait 2000 ha , nous sommes 113 habitants.. quel pied! nuisance zéro, pollution zéro..alors les verts
    n’ont aucune prise ici

    • vu le cout de l heure de vol d helicoptere, je doute que ca soit rentable. surtout qu il faudrait avoir un Systeme d astreinte pour que l helicoptere et le pilote soit toujours dispo.

      ET que se passe t il si vous avez 2 accouchement en meme temps. l helico est parti chercher la premiere patiente et la seconde va devoir attendre 1 h …

  • Vu que l auteur est un medecin, il est pas etonnant qu on est un plaidoyer pro domo.

    Contrairement a ce qu on peut penser, il y a plus de medecin par habitant aujourd hui qu en 1980. Le Probleme est multiple:
    – mauvaise Repartition territoriale (la comparaison avec le bar/tabac est peu pertinente. je peux me passer d acheter des cigarettes par contre devoir attendre un mois pour une consultation …)

    – les nouvelles Generations de medecins ne veulent plus travailler 60 h/semaine. Surtout que vous avez deja un niveau de vie enviable avec 30 h

    – le vieillissement de la population induit une demande medicale plsu grande (et je suppose que le francais moyen est plus chochote qu il y a 40 ans)

    – le medecin de 1980 etait un homme dont l epouse ne travaillait pas et s occupait des enfants. Le medecin de 2019 est une femme qui n a aucune envie d aller habiter dans un trou perdu ou le conjoint de toute facon ne trouvera pas de travail

    Je ferai remarquer a l auteur que le pb d acces aux soins ne se pose pas uniquement dans les endroits reculés mais aussi dans les grandes villes (experience personnelle. il vaut mieux pas tomber malade un WE)

    Abandonner des regions completes va se traduire par un cercle vicieux (pas d ecole, pas de medecin -> qui va s y installer ?). Le but est il que la population francaise se concentre sur 3-4 grandes villes ?

    • Ahem, 30 h à 23 Euros la consultation, j’ai un gros doute pour la secrétaire. A ce prix, c’est déshabillez-vous rhabillez-vous. De l’abattage sans contact humain.

      Le but est il que la population francaise se concentre sur 3-4 grandes villes ?

      Ne serait-ce pas plutôt une conséquence des agissements de l’état ❓

      • la tendance au regroupement dans les metropoles se voit dans tous les pays (USA, Chine, Japon, GB). C ets sur qu un Etat centralise comme la France aura tendance a amplifier le Probleme mais il existe aussi dans un Etat federal comme l allemagne

        • Il est plus facile d’être salarié dans une agglomération qu’à la campagne. De plus le docteur peut ainsi échapper à la paperasse.

  • Cher confrère je vous félicite pour un article plein de bon sens totalement à contre courant du politiquement correct. Il faudrait avant toute chose casser Le carcan admistratif des communes et diviser par 10 leur nombre qui donnerait une échelle plus cohérente
    Vous parlez de la maîtrise de stage que nous avons mis en place entre 74 et 79 puisque j’ai eu mon premier stagiaire en 79, il vient de prendre sa retraite. Ce stage était facultatif. Il est maintenant obligatoire
    Suite à un voyage à Séoul, j’avais remarqué que certains jours il y avait peu d’étudiants. Ils étaient en stage dans le secteur privé. J’avais insisté pour qu’en amont nous puissions avoir des contacts avec les étudiants du second cycle afin qu’ils aient une idée de la réalité

  • Étonnant que l’auteur ne mentionne pas les médecins qui ne pratiquent pas où plus ( ras le bol, autre job plus cool, maladie pro …) ou encore les nombreux médecins Francais qui s’expatrient

  • @cdg arrêtez de raconter n’importe quoi, un médecin généraliste n’a pas un niveau de vie enviable en faisant 30 h par semaine. Les jeunes médecins g (et confrères) que je connais gagnent 2500/mois pour 35h. C’est bien, mais ils ne roulent pas sur l’or. Je me demande si je ne préfèrerai pas être fonctionnaire a la mairie du coin, ou a la sécu, un peu au dessus du SMIC a rien branler et sans responsabilité pour le même nombre d’heures.

  • @gillib enfin un commentaire intelligent

  • la qualité de la consultation déjà !
    on évitera des medicaments des examens et des transports inutiles.
    je l ai déjà dit mais la consultation c est la roulette russe.
    tu peux tomber sur un excellent médecin generaliste en campagne qui va être d une efficacité redoutable.
    tu peux aussi te faire malmener pendant des années par un chef de service d une unité spécialisée dans un grand hôpital de paris.
    y a de tout…
    Mais le désert médical c est vrai c est exagéré.
    Et si on commence à prendre en compte les dégâts que provoque le gluten?‍♀️ on va améliorer les delais d attente c est certain.
    oups fallait peut être pas…

  • Oui, la désertification médicale est une conséquence.
    Il faut savoir que les « élites transnationales ont prévu (planifié?) que la population devait se trouver concentrée dans de grandes mégalopoles faciles à contrôler et que l’économie mondiale devait être aux mains de très grandes entreprises à vocation planétaire. Ce dernier point a été acté lors du premier forum de Davos en 1971.

  • « élargissement du numerus clausus — alors qu’en chiffres absolus il n’y a jamais eu autant de médecins en France »

    On peut se demander si sans numerus-closus on aurait pas abouti à une situation où il y a tellement de medecins, que leur (sur)concentration en ville terminerait par les faire déménager sur des territoires moins bien pourvu en concurrents où il pourrait tirer un revenu descent …

  • La vraie cause des déserts médicaux et de l’urgence médicale c’est la surimposition. A quoi bon travailler si c’est pour ne rien y gagner? C’est ce raisonnement qui pousse les médecins comme les autres professions médicales à en faire le moins possible.

  • « Orienter les remplaçants » et « obliger les retraités », vous n’avez pas compris. Libérez les prix, le pb se réglera de lui même

  • Les deux premiers paragraphes analysent bien la situation, mais comme tout médecin vous êtes conditionné par cette confraternité ordinale qui n’a rien de naturelle puisqu’elle est imposée par l’état dont les objectifs sont purement et simplement le POUVOIR

  • Et nous sommes aux 21eme siècle, le savoir n’est plus réservé à une élite, c’est comme ça. La pratique c’est autre choses

  • D’accord avec dad22 que tu sois bon ou mauvais tu touche un prix et tu es protégé par l’ordre, il n’y a plus de relation directe entre médecin et patient mais simplement un état qui régule en pensant bien faire, pour le bonheur de tous…que le médecin fixe lui même le prix, les patients écrémeront les mauvais

  • Bon l’état a déjà compris le truc en faisant croire à la populace qu’il faut s’assurer en donnant le monopole à la mutualité française donc de toute façon le système est biaisé. Bonne chance à ceux qui restent en France… (sans parler des pénuries médicamenteuses car les prix sont fixés..,) viva cuba

  • Sinon il y a axa qui a compris la manne financière du ponzi étatique et qui a déjà investi dans blockstream en pensant investir dans le « bitcoin et la blockchain ». L’homme est tellement prévisible…

  • On passe d’un système communiste à un système crony (mutualité française, axa, général de santé) mais le système reste le même

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