Comment en finir avec les déserts médicaux créés par l’État ?

C’est l’État qui gère l’offre de soins. Conséquence directe : pénurie de l’offre, déserts médicaux. Explications.

Par Patrick de Casanove.

deserts medicaux
Désert médical ? By: Brian AndersonCC BY 2.0

Les déserts médicaux sont la manifestation concrète de la pénurie de l’offre de soins, conséquence inéluctable du choix, fait en 1945, d’organiser la protection sociale selon un monopole d’État.

L’offre de soins est gérée par l’État qui fait disparaître les informations

Ce système rompt le circuit naturel des relations humaines qui est l’échange libre. Il déséquilibre l’offre et la demande, tout devient administré. Les prix sont désormais les marqueurs des désidératas et caprices de politiciens. Cela induit un énorme gaspillage structurel lié au « mal investment ». Ce gaspillage n’a rien à voir avec celui dont les politiciens nous rebattent les oreilles : trop d’arrêts de travail, bons de transports inadaptés, pas assez de génériques, surconsommation de soins etc. : ce ne sont que des prétextes à de nouveaux rationnements.

La disparition des informations que sont les prix libres entraîne une inadéquation de l’offre et de la demande qui se traduit dans la « vraie vie » par de la surproduction dans certains secteurs et/ou de la pénurie dans d’autres. Au final c’est toujours la pénurie qui domine. Les exemples sont multiples, Corée du Nord, Cuba, Venezuela, URSS, Chine communiste. En France, c’est pareil dans les secteurs étatisés : logement, retraites, assurances chômage, Sécu…

En vérité, sans information fiable personne ne peut affirmer que le secteur de la santé est un secteur innovant, performant, en pleine croissance, créateur de richesses et d’emploi, ou bien que l’accroissement des dépenses de santé n’est que le reflet d’une fuite en avant d’une machinerie administrative folle.

Sans information fiable personne ne peut dire s’il y a trop ou pas assez de médecins, s’ils sont bien ou mal répartis sur le territoire national. Il est même impossible de savoir en quoi consiste réellement leur activité et par exemple ce que recouvre réellement une « simple » consultation.

Conséquence de la gestion par l’État : pénurie et déserts médicaux

La pénurie est multiforme : territoires sans médecin ou en nombre insuffisant ; périodes pendant lesquelles peu de médecins sont joignables ; manque de moyens matériels et humains dans les cabinets des généralistes, (pour être véritablement un premier recours en soin et pas seulement un centre d’orientation vers d’autres structures) ; spécialités médicales abandonnées.

Les déserts médicaux atteignent Paris aussi bien que nos campagnes d’où les services publics ont décampé. Les organismes de protection sociale n’ont pour but que de la gérer, donc de rationner les soins. Les déremboursements, la multiplication des formalités entre soignant et soignés, les files d’attentes et les délais qui s’allongent pour obtenir un rendez-vous en sont les outils.

Les politiciens réagissent et prennent des décisions autoritaires, technocratiques qui, si elles singent le marché, ne peuvent parvenir à son degré de justice et d’efficacité. En effet elles ne résultent plus de l’échange libre de services mais sont guidées par l’intérêt des politiciens (théorie des choix publics).

Quand l’État essaie de réparer sa mauvaise gestion avec une gestion encore pire

Les actions des politiciens sont : rationner les soins, tripatouiller le numérus clausus, manier le bâton avec les médecins (contrôles tatillons, tracasseries sans fin, paperasse envahissante, réglementation étouffante, restriction de la liberté de soin « conventionnement sélectif »).

Ou la carotte : « les bourses d’études, les Maisons de Santé Pluridisciplinaire, les aides à l’installation en zone sous dense, l’exonération de cotisations sociales, les stages obligatoires auprès des médecins libéraux, les garanties de revenus dans les zones sous denses. »

En vérité ils ne font que bricoler un système défectueux sans apporter aucune solution.

La politique de santé, de plus en plus répressive, de plus en plus nuisible à la liberté détruit les « incitations productives ». Or ce sont elles qui incitent les médecins à se décarcasser pour rendre le meilleur service à leurs patients, en tout lieu et en tout temps. Leur destruction entraîne le découragement des praticiens, donc une diminution dramatique de l’offre de soin et au final engendre des déserts médicaux.

Des praticiens découragés

L’exercice médical libéral est devenu intenable. La charge de travail et les contraintes paperassières détériorent la pratique, détruisent le temps de soin. Le médecin est moins disponible pour son patient. Pour ne rien arranger, soumis à des pressions insupportables, beaucoup de médecins craquent. L’épuisement professionnel, « burn out », touche un grand nombre d’entre eux, certains se suicident. Sans en arriver là les conditions de travail délétères, les tracasseries administratives repoussent les jeunes qui désertent la médecine libérale et la médecine générale en particulier.

Les déserts médicaux entraînent la difficulté d’accès aux soins. Le Tiers Payant Généralisé, autrement dit la pénurie gratuite, ne résout rien ! Bien au contraire il aggrave les charges administratives et dévalorise la profession.

La peur et la défiance empêchent les Français de réclamer le libre choix. Quant aux politiciens bloqués dans leurs constructions artificielles, déconnectés des réalités, il ne leur est pas venu à l’idée de ne pas intervenir et de laisser les médecins faire de la médecine. Ils ignorent cette maxime : « Laissez faire, laissez passer, le monde va de lui-même. »

Et si la solution avait déjà été trouvée au XIXème siècle ?

Frédéric Bastiat écrit dans Profession de foi électorale de 1846 :

 « Pour moi, je pense que lorsque le pouvoir a garanti à chacun le libre exercice et le produit de ses facultés, réprimé l’abus qu’on en peut faire, maintenu l’ordre, assuré l’indépendance nationale et exécuté certains travaux d’utilité publique au-dessus des forces individuelles, il a rempli à peu près toute sa tâche.

En dehors ce cercle, religion, éducation, association, travail, échanges, tout appartient au domaine de l’activité privée, sous l’œil de l’autorité publique, qui ne doit avoir qu’une mission de surveillance et de répression. »

Il demande la réduction du périmètre de l’État. Ce repli de l’État se traduira dans le domaine de la protection sociale par le retour au « colloque singulier » qui est la liberté de la relation médecin-patient, sans l’intervention d’un tiers. C’est une relation de confiance particulière, un contrat implicite ou explicite entre le patient et son médecin. Cet apport d’air frais, cette liberté relationnelle, mettra fin aux déserts médicaux.

Cette liberté inclut la liberté des prix y compris une vraie gratuité. Les prix montent si l’offre est rare incitant de nouveaux acteurs à intervenir. Les prix finissent par se stabiliser. S’ils baissent, ils informent que l’offre excède la demande. Certains acteurs s’en vont et le système s’équilibre.

Le prix libre et la concurrence incitent les médecins à être performants et à donner le meilleur d’eux-mêmes. Le prix libre les rend peu sensibles aux éventuelles pressions des patients, comme des assureurs ou des politiciens. Le prix libre est un facteur incitatif, il évite les gaspillages et le « mal investment. »

Ce prix libre module automatiquement le nombre et la spécialité des médecins sans qu’il soit besoin d’un numérus clausus. Il facilite leur organisation professionnelle incluant la délégation de tâches, la formation continue et la possibilité de disposer d’un équipement performant dès la médecine de premier recours.

« Sauvons la liberté ! La liberté sauve le reste. » (Victor Hugo)