Comment en finir avec les déserts médicaux créés par l’État ?

C’est l’État qui gère l’offre de soins. Conséquence directe : pénurie de l’offre, déserts médicaux. Explications.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Comment en finir avec les déserts médicaux créés par l’État ?

Publié le 12 décembre 2016
- A +

Par Patrick de Casanove.

deserts medicaux
Désert médical ? By: Brian AndersonCC BY 2.0

Les déserts médicaux sont la manifestation concrète de la pénurie de l’offre de soins, conséquence inéluctable du choix, fait en 1945, d’organiser la protection sociale selon un monopole d’État.

L’offre de soins est gérée par l’État qui fait disparaître les informations

Ce système rompt le circuit naturel des relations humaines qui est l’échange libre. Il déséquilibre l’offre et la demande, tout devient administré. Les prix sont désormais les marqueurs des désidératas et caprices de politiciens. Cela induit un énorme gaspillage structurel lié au « mal investment ». Ce gaspillage n’a rien à voir avec celui dont les politiciens nous rebattent les oreilles : trop d’arrêts de travail, bons de transports inadaptés, pas assez de génériques, surconsommation de soins etc. : ce ne sont que des prétextes à de nouveaux rationnements.

La disparition des informations que sont les prix libres entraîne une inadéquation de l’offre et de la demande qui se traduit dans la « vraie vie » par de la surproduction dans certains secteurs et/ou de la pénurie dans d’autres. Au final c’est toujours la pénurie qui domine. Les exemples sont multiples, Corée du Nord, Cuba, Venezuela, URSS, Chine communiste. En France, c’est pareil dans les secteurs étatisés : logement, retraites, assurances chômage, Sécu…

En vérité, sans information fiable personne ne peut affirmer que le secteur de la santé est un secteur innovant, performant, en pleine croissance, créateur de richesses et d’emploi, ou bien que l’accroissement des dépenses de santé n’est que le reflet d’une fuite en avant d’une machinerie administrative folle.

Sans information fiable personne ne peut dire s’il y a trop ou pas assez de médecins, s’ils sont bien ou mal répartis sur le territoire national. Il est même impossible de savoir en quoi consiste réellement leur activité et par exemple ce que recouvre réellement une « simple » consultation.

Conséquence de la gestion par l’État : pénurie et déserts médicaux

La pénurie est multiforme : territoires sans médecin ou en nombre insuffisant ; périodes pendant lesquelles peu de médecins sont joignables ; manque de moyens matériels et humains dans les cabinets des généralistes, (pour être véritablement un premier recours en soin et pas seulement un centre d’orientation vers d’autres structures) ; spécialités médicales abandonnées.

Les déserts médicaux atteignent Paris aussi bien que nos campagnes d’où les services publics ont décampé. Les organismes de protection sociale n’ont pour but que de la gérer, donc de rationner les soins. Les déremboursements, la multiplication des formalités entre soignant et soignés, les files d’attentes et les délais qui s’allongent pour obtenir un rendez-vous en sont les outils.

Les politiciens réagissent et prennent des décisions autoritaires, technocratiques qui, si elles singent le marché, ne peuvent parvenir à son degré de justice et d’efficacité. En effet elles ne résultent plus de l’échange libre de services mais sont guidées par l’intérêt des politiciens (théorie des choix publics).

Quand l’État essaie de réparer sa mauvaise gestion avec une gestion encore pire

Les actions des politiciens sont : rationner les soins, tripatouiller le numérus clausus, manier le bâton avec les médecins (contrôles tatillons, tracasseries sans fin, paperasse envahissante, réglementation étouffante, restriction de la liberté de soin « conventionnement sélectif »).

Ou la carotte : « les bourses d’études, les Maisons de Santé Pluridisciplinaire, les aides à l’installation en zone sous dense, l’exonération de cotisations sociales, les stages obligatoires auprès des médecins libéraux, les garanties de revenus dans les zones sous denses. »

En vérité ils ne font que bricoler un système défectueux sans apporter aucune solution.

La politique de santé, de plus en plus répressive, de plus en plus nuisible à la liberté détruit les « incitations productives ». Or ce sont elles qui incitent les médecins à se décarcasser pour rendre le meilleur service à leurs patients, en tout lieu et en tout temps. Leur destruction entraîne le découragement des praticiens, donc une diminution dramatique de l’offre de soin et au final engendre des déserts médicaux.

Des praticiens découragés

L’exercice médical libéral est devenu intenable. La charge de travail et les contraintes paperassières détériorent la pratique, détruisent le temps de soin. Le médecin est moins disponible pour son patient. Pour ne rien arranger, soumis à des pressions insupportables, beaucoup de médecins craquent. L’épuisement professionnel, « burn out », touche un grand nombre d’entre eux, certains se suicident. Sans en arriver là les conditions de travail délétères, les tracasseries administratives repoussent les jeunes qui désertent la médecine libérale et la médecine générale en particulier.

Les déserts médicaux entraînent la difficulté d’accès aux soins. Le Tiers Payant Généralisé, autrement dit la pénurie gratuite, ne résout rien ! Bien au contraire il aggrave les charges administratives et dévalorise la profession.

La peur et la défiance empêchent les Français de réclamer le libre choix. Quant aux politiciens bloqués dans leurs constructions artificielles, déconnectés des réalités, il ne leur est pas venu à l’idée de ne pas intervenir et de laisser les médecins faire de la médecine. Ils ignorent cette maxime : « Laissez faire, laissez passer, le monde va de lui-même. »

Et si la solution avait déjà été trouvée au XIXème siècle ?

Frédéric Bastiat écrit dans Profession de foi électorale de 1846 :

 « Pour moi, je pense que lorsque le pouvoir a garanti à chacun le libre exercice et le produit de ses facultés, réprimé l’abus qu’on en peut faire, maintenu l’ordre, assuré l’indépendance nationale et exécuté certains travaux d’utilité publique au-dessus des forces individuelles, il a rempli à peu près toute sa tâche.

En dehors ce cercle, religion, éducation, association, travail, échanges, tout appartient au domaine de l’activité privée, sous l’œil de l’autorité publique, qui ne doit avoir qu’une mission de surveillance et de répression. »

Il demande la réduction du périmètre de l’État. Ce repli de l’État se traduira dans le domaine de la protection sociale par le retour au « colloque singulier » qui est la liberté de la relation médecin-patient, sans l’intervention d’un tiers. C’est une relation de confiance particulière, un contrat implicite ou explicite entre le patient et son médecin. Cet apport d’air frais, cette liberté relationnelle, mettra fin aux déserts médicaux.

Cette liberté inclut la liberté des prix y compris une vraie gratuité. Les prix montent si l’offre est rare incitant de nouveaux acteurs à intervenir. Les prix finissent par se stabiliser. S’ils baissent, ils informent que l’offre excède la demande. Certains acteurs s’en vont et le système s’équilibre.

Le prix libre et la concurrence incitent les médecins à être performants et à donner le meilleur d’eux-mêmes. Le prix libre les rend peu sensibles aux éventuelles pressions des patients, comme des assureurs ou des politiciens. Le prix libre est un facteur incitatif, il évite les gaspillages et le « mal investment. »

Ce prix libre module automatiquement le nombre et la spécialité des médecins sans qu’il soit besoin d’un numérus clausus. Il facilite leur organisation professionnelle incluant la délégation de tâches, la formation continue et la possibilité de disposer d’un équipement performant dès la médecine de premier recours.

« Sauvons la liberté ! La liberté sauve le reste. » (Victor Hugo)

Voir les commentaires (17)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (17)
  • Le désert médical a pour cause la désertification générale de certains territoires précisément parce que les territoires sont en compétition, mais que malheureusement, les habitants sont moins mobiles que l’économie. Et ces territoires ruraux ou semis ruraux sont précisément les plus pauvres, d’où le problème d’y mettre des prix de marché relatant la rareté. On est dans de l’aménagement des territoires. Aussi la féminisation de la profession, le vieillissement des populations surtout dans les zones en tension, mal anticipée, que ce soit pas l’état comme pour le marché.

    • « d’où le problème d’y mettre des prix de marché relatant la rareté »

      Raisonnement parfaitement idiot : le prix local de marché est justement le prix adapté au marché local, sinon c’est tout ce qu’on veut mais plus un prix de marché. Ce sont entre autres causes les tarifs artificiels imposés par les fonctionnaires du monopole de la sécu qui créent des distorsions insupportables conduisant aux déserts médicaux.

      Il faut détruire la sécu !

  • Je ne sais pas si la libéralisation conduirait à plus ou moins déserts médicaux, je sais juste que le prix traduirait la réalité d’offre et de la demande et donc peut être une augmentation significative des prix dans les déserts médicaux actuels, ce qui revient , si les gens ne sont pas capable de payer, à une autre forme de désert.
    La réalité du marché c’est aussi que c’est plus difficile de se soigner quand on est pauvre que riche!

    Justement comme il n’t pas de marche ..il est fort possible que ce que l’on appelle des déserts médicaux soient en fait favorisés par le système. En somme mieux pourvus de médecins u’ils le seraient en cas de marché libre.

    • Les patients sont capables de payer aujourd’hui 3 fois pour un « service » qui ne les soigne pas, ils seraient de toute évidence capables de payer le double du prix actuel pour un service efficace.

    • Dans un système libéral, il y aurait des déserts médicaux dans les lieux où il n’y a pas assez de clients. Les gens décident en toute connaissance de cause la proximité d’un service. Si vous voulez un médecin près de chez vous, vous déménagez si besoin.
      C’est bien une vision constructiviste de parler de déserts médicaux, chacun A DROIT à un médecin à 100m de chez lui.

  • « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire ».

    C’est bien suffisant pour « réguler » la pratique médicale.

    NB : j’adore l’expression « pénurie gratuite ».

  • Rassurez vous …. la France est devenue sur le plan médical ….. un pays du tiers monde.
    Pendant des années les médecins français allaient à l’étranger pour apporter leur savoir.
    Maintenant ce sont les médecins étrangers qui viennent nous soigner ….

    Toute cette politique de gribouilles a été orchestrée, organisée et programmée depuis des décennies, droite et gauche confondues, avec la complicité de l’Ordre national et surtout celle des syndicats médicaux …
    Le résultat est là …
    Et le guignol politique fait mine d’être étonné par les résultats mirobolants de sa propre politique

  • Mouais, appliquer (vraiment) la méthode d’années dûes à l’Etat des médecins, toutes spécialités confondues, qui seraient déployés en centres de soins pour pallier le déficit (comme les PMI). Sur le modèle des étudiants du supérieur ( ENS, X, ENA…) qui sont rémunérés en contrepartie d’un contrat les liant au service public. En sachant qu’un étudiant médecin est formé dans des établissements publics (budget de l’Etat) et qu’il est rémunéré pour ses stages.

    • Bonjour serge

      Au lieu d’amplifier les contraintes (yaka faukon) il serait plus simple de libéraliser les études de médecines ( fin du monopole du diplôme d’état) et de libéraliser l’exercice de la médecine (monopôle des diplômés d’état).
      A chacun de se faire soigner par les personnes de son choix (ou de son assurance), avec la qualification de son choix.
      Les monopoles empêchent les solutions low cost d’apparaitre, faut-il Bac+10 pour prendre la TA ? ,les études s’allongent plus que de raisonnable (Bac+5 pour kiné?).
      Le cas des ophtalmologistes est exemplaire, Bac+10 pour faire le boulot que fait très bien une machine. Et gardons les spécialistes pour la médecine de second recours.

      • Bac+5 pour les kinés à leur seule demande…

        • Leur rémunération hospitalière en temps que salariés en dépend aussi quand vous avez un niveau bac +5 au lieu de +4. Ceci-dit, tous les directeurs d’Hôpitaux en cherchent actuellement et leur font un pont d’or.

      • bien sur et d’ailleurs sur quelle base est établi le numerus clausus? Qui peut savoir combien il dit y avoir de médecins? Qui peut savoir combien doit être payé un médecin? Un commissaire au plan? Je serais curieux de savoir cela…

  • Dans un pays où le problème principal est le manque d’offre de travail, pour les médecins, c’est le contraire: pas assez de médecins par rapport aux besoins. Or, on n’a rien trouvé de mieux que d’installer un numerus clausus, et 80% de bacheliers mention très bien désireux de devenir médecins sont jetés. Où est la logique?

  • encore une incantation stérile contre l ignoble Etat castrateur et la toute bienfaisance du Dieu Marché ! sauf que votre Dieu n existe pas plus que celui des autres. les usa sont comme chacun le sait, un paradis pour se faire soigner ! en revanche, vous occultez le vrai problème, la rente contre laquelle l Etat ne lutte pas. augmentons de 25 % les effectifs en medecine et le problème va bizarrement se réduire, quand 4 médecins par rue a Paris se bougeront pour aller faire leur beurre ailleurs !

    • pourquoi 25%? Pourquoi un numerus clausus?
      Sauf votre respect un marché est la seule façon de connaitre le véritable prix d’une chose ou d’un service..

      Pourriez vous commencer par nous présenter quelle est la raison de l’organisation étatique de la médecine en France?
      donc en premier le but..

      EN second pouvez vous nous expliquer comment vous déterminez quelle part de la richesse nationale on doivent collectivement consacrer à la réalisation de ce but?

      Attention évitez les termes ambigus du genre décent ou suffisant..

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
Laetitia Strauch-Bonart
1
Sauvegarder cet article

Cet essai de Laetitia Strauch-Bonart, rédactrice en chef au journal Le Point, vient utilement alimenter le débat sur ce qui caractérise l’évolution historique vers la France d’aujourd’hui, tout en posant un diagnostic approfondi et des réflexions d’avenir quant aux voies à emprunter pour espérer s’engager vers de meilleures orientations.

Suite et fin de notre premier volet…

 

Inégalités à la française et incivisme

Loin de l’obsession égalitariste des Français, invalidée par les chiffres et les faits, les vraies inéga... Poursuivre la lecture

Il avait été chargé d'une mission pour passer l'été. Élisabeth Borne avait retenu « toutes les 41 propositions » de la mission flash qui lui avait été confiée.

Accompagnée de la ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon – qui s'apprêtait à quitter son poste – et du Dr François Braun, auteur de la mission ad hoc, la Première ministre avait fait cette annonce. Lors d'un déplacement organisé à la dernière minute au centre hospitalier René-Dubos de Pontoise (Val-d'Oise) où elle a visité le service des urgences puis la salle de régulation ... Poursuivre la lecture

10 plaies
5
Sauvegarder cet article

 

Étatisme

C’est certainement la plaie la plus nocive qui a touché notre pays à l’arrivée au pouvoir des socialistes en 1981, même si le mal était latent avant cette date. Souvenons-nous du célèbre « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français » de Georges Pompidou en réponse à un certain Jacques Chirac.

Déjà à cette époque le ver était dans le fruit, la machine à loi et décrets commençait à faire des ravages, mais au lieu de la stopper elle s’est emballée pour arriver à 400 000 normes et décrets actuellement, là où nos amis ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles