Budget : et si on traitait la justice comme la culture ?

Avec 3 magistrats du parquet pour 100 000 habitants, la France est le pays d’Europe dont les parquets sont les plus saturés.

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Avocat en pause cigarette By: Rémi Noyon - CC BY 2.0
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Budget : et si on traitait la justice comme la culture ?

Publié le 19 janvier 2019
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Par Pierre-Marie Meeringen.

La justice bénéficie pour 2019 d’un budget de 9,06 milliards d’euros. La culture, pour sa part, est dotée d’un budget de 10 milliards d’euros.

Qu’il y ait un sens à financer la protection du patrimoine ou le fonctionnement de certaines institutions culturelles, on peut l’entendre. Mais que la justice doive, cette année encore, se débattre avec les miettes budgétaires qui lui sont concédées relève d’un choix politique qui laisse songeur.

Le budget de la justice n’a jamais été aussi élevé, nous dit-on. Il faut dire qu’en partant d’aussi bas, il était difficile de sombrer davantage. Surtout, il doit être observé que ce sont les établissements pénitentiaires – dont l’état de délabrement et de surpopulation est, à juste titre, régulièrement brocardé – qui sont les principaux bénéficiaires des hausses budgétaires.

Vu de l’étranger, les comparaisons sont édifiantes. Selon le Conseil de l’Europe, les Français dépensent 65,9 euros par habitant pour sa justice. Soit nettement moins que les Britanniques, (78,7 euros par habitant), sans parler des Allemands, pour lesquels le chiffre est quasiment le double (122 euros). Avec 3 magistrats du parquet pour 100 000 habitants, la France est  le pays d’Europe dont les parquets sont les plus saturés.

La justice dysfonctionnelle

Dans ces conditions, il ne faut pas s’attendre à ce que les infractions soient poursuivies comme elles le devraient ; que les enquêtes pénales soient réellement dirigées par le parquet ; que les procédures, civiles et pénales, soient traitées dans des délais raisonnables ; que les peines soient correctement exécutées ; que l’aide juridictionnelle soit financée à la hauteur des besoins. Bref, que la justice fonctionne correctement.

Faut-il s’étonner que, dans ce contexte, magistrats, greffiers et avocats rechignent à accepter le projet de loi de programmation sur la justice, actuellement débattu au parlement, qui invite l’institution judiciaire à réaliser des économies d’échelle en dévitalisant les juridictions de proximité ? Autant demander à un clochard de freiner ses folies dépensières.

Il est vrai que les politiques français ne se sont jamais pressés d’investir dans la justice. Le sujet n’est guère porteur, dans un pays où, depuis la Révolution française, il est généralement admis que le judiciaire doit être tenu en bride. Les propos hostiles à l’institution judiciaire ne choquent que les spécialistes, quand bien même ils émanent d’un président de la République, d’un député ou d’un sénateur. Les professionnels de la justice, peu visibles, ne pèsent pas lourd dans l’opinion publique, face à d’autres groupes de pressions plus efficaces et organisés.

Quoi d’étonnant, alors, à ce que ce gouvernement, comme d’autres avant lui, estime plus important de financer le pass culture que de combler les postes vacants dans les tribunaux ?

 

L’État de droit peut attendre, pourvu qu’on ait l’ivresse.

 

 

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  • L’étatisation progressive de la culture depuis au moins 40 ans s’appelle « Exception culturelle ». Jack Lang en est son héros et la multitude des financements et aides diverses de l’état (Système de finacement du chomage, avance sur recette , financement du cinéma par les régions, niches fiscales diverses, Sofica), a produit ce qu’on peut voir aujourd’hui. Une lamentable médiocrité du cinéma Français par exemple dont au moins 90% des films sont de pitoyables navets, gavés de clichés et de politiquement correct.
    Mais, malgré leurs échecs ils enrichissent toujours plus les acteurs vedettes Français (pardon les « artistes » !), et tous le petit monde qui gravite au frais de l’état et a déjà largement profité du système avant meme que le film soit sur les écrans. En France on gagne bien sa vie en faisant des films qui n’ont aucun succès, merci « l’exception culturelle » !!!

  • Je lisais hier un article qui expliquait que la France place 2x plus d’enfants que l’Allemagne alors que les cadres juridiques sont très proches. Voici les quelques éléments avancés :

    – le rôle de l’État en France, qui « intervient plus facilement dans les familles, qui remplace plus facilement le parent. On essaye à tout prix de protéger l’enfant, qui est très vite retiré de sa famille pour éviter qu’il ne soit mis en danger, alors qu’en Allemagne, la protection de l’enfance est plus tournée vers les familles.
    – le rapport à la société, le respect des règles, de l’autorité, sont également différents entre les deux nations. « En France, les travailleurs sociaux ont plus de mal à travailler avec les parents, surtout quand l’enfant est placé.
    -dans un pays, la France, où la politique du parapluie et le principe de précaution sont souvent la règle ? « Cela se voit au nombre de mesures judiciaires », remarque Bruno Michon : « Sur 100 mesures de placement, entre 60 et 80 passent par un juge en France, alors qu’elles sont au nombre de 20 en Allemagne. Mais dans ce pays, les travailleurs sociaux agissent plus avec l’accord des familles.
    -les travailleurs sociaux interviennent quatre à cinq fois par semaine dans les familles, alors qu’en France, ils interviennent quatre à cinq fois par mois. » Faut-il seulement y voir une question financière ? Pas vraiment, puisque le placement d’un enfant coûte beaucoup plus cher que des mesures alternatives destinées à favoriser son maintien dans la famille.

    Visiblement la justice ce n’est pas qu’une affaire de budget.. c’est dabord une question politique.

  • lors de la fête de la musique à l’Élisée en 2018 , macron nous a montré avec un sourire hilare , ce que représenté à ses yeux  » l’exception culturelle  » en France …..électoralement , ça peut servir …..

    • Je me demande combien de Français ont eu la traduction d’une chanson des rappeurs de l’Elysée qui débute par « brûlons cette maison » . La suite ?.. D’une obscénité honteuse…

  • D’un autre côté, dans un pays où celui qui est sensé mettre hors d’état de nuir les criminels pour préserver l’intégrité de la société s’appele « juste des libertés »…

  • @pierre-marie Meeringen,
    non le domaine culturelle pompe 22 milliards pas dix.
    Dix, c’est que la partie Etat, les douze autres , ce sont les collectivités territoriales.

  • Peut être que le prévaricateurs sont contents que les magistrats soient surchargés de boulot et aient d’autre chats à fouetter ?

  • sauf que quand il s’agit de flinguer Tapie ou Fillon, ils trouvent le temps de le faire en urgence.

  • Je me demande si la justice n’est pas la clé principale de la reprise française. La justice manque de moyens et de ce fait, d’indépendance. L’insécurité juridique, l’absence de principes légalistes clairs dans bien des délires parlementaires. L’absence de sanction adaptée pour des éléments réellements nuisibles et l’absence de protection pour leurs victimes, s’en suivent. Tout cela touche également le monde de l’entreprise. La police manque de moyens et de réflexion mais pas tant d’effectifs comme une majorité de gens le suppose.

  • Comme vous le dites c’est un choix politique.
    Malheureusement, la justice est un pilier de la république.
    La justice va mal, depuis longtemps, la République va de plus en plus mal…

  • Les commentaires sont fermés.

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