Les prisons : on en parle ?

prison credits Aapo Haapanen (licence creative commons)

Quand parlera-t-on de l’état déplorable des prisons françaises ?

Par Le Parisien Libéral.

prison credits Aapo Haapanen (licence creative commons)
prison credits Aapo Haapanen (licence creative commons)

Il y a un sujet sur lequel la classe politique évite généralement de se prononcer, c’est l’état des prisons françaises.

Or, il est honteux.

Prenez, par exemple, le sujet que l’Observatoire international des prisons (OIP) a porté en référé, mercredi 29 juillet, devant le Conseil d’État : a-t-il fait l’objet d’une journée de polémique au même titre que les performances de Chris Froome ou les photos d’Aurélie Filippetti et Arnaud Montebourg ? Non. Et la classe politique ne s’est pas vraiment emparée du sujet. Pourtant, elle devrait.

Les chiffres : il n’y a globalement jamais eu autant de monde, en France, en prison. Les statistiques sont formelles, il n’y a pas eu de rupture majeure entre le très décrié tandem Bernard Cazeneuve – Christiane Taubira et leurs prédécesseurs UMP : il y a toujours plus de 0,1% de la population du pays qui séjourne en prison. Certes, il existe des peines non exécutées. Mais notons que 66.270 personnes étaient incarcérées en France au 1er janvier 2015. La population carcérale est nettement supérieure à ce qu’elle était il y a 10 ans, puisque les détenus était 58.231 au 1er janvier 2005, soit environ 8.000 de moins.
Au 1er juillet 2015, 66.864 personnes étaient incarcérées en France, ce qui représente une baisse de 2,1 % par rapport au mois de juillet 2014 (68.295). Au 1er juin 2015,  66.674 personnes étaient incarcérées, ce qui représente une hausse mensuelle de 0,3 %.
On parle donc de baisse de 2%, pas de 10% ou 20%.

L’état des prisons françaises est critiqué. Au 1er juillet 2015, le parc pénitentiaire comptait 57.759 places opérationnelles ; le taux de densité carcérale est de 115 %. Autrement dit, on manque de prisons. Outre le fait que le nombre de places soit insuffisant, l’insalubrité est un qualificatif qui revient fréquemment dans les rapports des observateurs. On peut donc dire que, si la mission des prisons est de punir mais aussi réinsérer les individus après qu’ils aient payé pour leurs erreurs, alors l’état des prisons françaises est un danger pour nous tous.

L’acception générale, en matière de prison, consisterait à dire que c’est bien fait pour les détenus, qu’on ne se retrouve pas en prison par hasard, qu’il faut quand même avoir franchi un certain nombre de limites. C’est vrai. Tout le monde ne vole pas, ou ne se transforme pas en criminel. Mais le fait est que tout le monde, à part les députés bien sûr, peut être confronté au système carcéral, à moins, évidemment, de mener une vie parfaitement conforme aux desiderata du pouvoir.

Prenons par exemple Nicolas Bernard-Busse, étudiant, militant de la Manif pour tous, condamné à quatre mois de prison pour faits de rébellion et de refus de prélèvement ADN. Cela ne vous interpelle-t-il pas ?

Si ce jeune est allé en prison, c’est donc bien suite à la combinaison de l’existence de l’orwellien FNAEG, (à l’origine créé par la gauche seulement pour les violeurs, et renforcé et élargi par la droite), du zèle policier qui brandit des outrages à agent à tout bout de champ, et de la justice expéditive en correctionnelle.

Sans aller jusqu’à la prison, combien de Français se sont-ils trouvés un jour face au défi de l’outrage à agent, où la parole du policier pèsera toujours plus lourd que la leur ?

Dans notre pays, seule Sylvie Andrieux, la députée ex-socialiste, a été condamnée à une peine de prison sans être jamais confrontée à la réalité de l’univers carcéral. Pour les autres, le risque existe.

Dans un pays non pas idéal mais au moins en ligne avec ce qu’on attend de l’État, nos impôts devraient servir à financer l’excellence de l’exécution des missions régaliennes. La plupart des Français, même ceux atteints de manière aiguë par le ras-le-bol fiscal, conviennent que les impôts doivent servir à financer une police respectueuse et efficace, une justice rapide, une diplomatie qui promeut nos valeurs et des prisons dignes.

Est-ce trop demander que de souhaiter que l’exécutif s’empare enfin du sujet des prisons, afin que les détenus soient traités de manière juste, ne serait-ce que pour assurer la sécurité des Français ? Faut-il rappeler le rôle de la prison dans nombres d’affaires où un ex petit délinquant s’est transformé en criminel ou en terroriste ?

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