Macron en 2018 : fin de l’aventure ou simple soubresaut ?

President Macron by Global Partnership for Education — Global Partnership for Education , CC-BY

Emmanuel Macron doit prouver cette année qu’il a suffisamment de ressources et de savoir-faire pour renverser la tendance et remettre le pays sur les rails. OPINION

Par Jean-Michel Arnaud.

L’année 2018 aura été celle où la belle mécanique macronienne s’est grippée. La question est désormais de savoir si la machine pourra repartir ou si la dynamique est définitivement cassée, remettant aux calendes grecques les réformes esquissées. Cette année avait pourtant bien commencé pour Emmanuel Macron, il avait pu poursuivre son action sans contestation d’ampleur en bénéficiant d’une relative clémence de l’opinion. Les résultats se faisaient attendre, mais le sentiment dominait que les mesures prises ou prévues étaient nécessaires et avaient été trop longtemps évitées.

Mais faire accepter par l’opinion des mesures désagréables, dont les effets positifs sont supposés advenir à long terme, suppose une espérance suffisante quant à leurs résultats et donc une confiance dans leur initiateur. C’est bien de ce point de vue-là que l’affaire Benalla s’est révélée désastreuse.

Même relativement mineure, elle a brutalement renvoyé Emmanuel Macron à un monde ancien qu’il avait prétendu quitter et instillé le doute sur sa sincérité. À cela se sont ajoutées les petites phrases inutiles et blessantes, puis une faute politique majeure qui aura précipité la contestation : ne pas avoir réalisé que les mesures qui impactent les plus fragiles devaient absolument faire l’objet de mesures compensatoires.

Un mouvement inédit

La grogne aurait pu prendre une forme classique, grèves et manifestations organisées par les syndicats, mais l’affaiblissement des corps intermédiaires, qui n’est pas de la seule responsabilité d’Emmanuel Macron, a conduit à un mouvement inédit. La capacité de mobilisation offerte par les réseaux sociaux a permis de s’affranchir de l’appareil militant et de l’encadrement jusqu’à présent indispensables pour structurer une action d’ampleur. En outre, internet a empêché l’apparition de leaders reconnus et représentatifs. Après huit semaines de conflit, le système d’élimination des responsables a joué : c’est un phénomène nouveau !

La colère des Gilets jaunes est compréhensible, certaines revendications légitimes. Mais cette mobilisation n’en reste pas moins problématique quant à ses conséquences. Alors même que la participation reste modeste, environ 300 000 personnes au plus fort et désormais seulement quelques dizaines de milliers, ce sont les violences diffusées en continu qui donnent de l’impact au mouvement.

C’est donc non seulement une hypocrisie, mais une faute de raisonnement que de dissocier totalement la mobilisation des violences qui l’accompagnent. En outre, l’absence de revendications délimitées rend la sortie de crise impossible car il est par définition toujours possible d’exiger plus, surtout quand commettre quelques exactions suffit à rendre audibles ces exigences.

Emmanuel Macron et son gouvernement ont, semble-t-il, répondu de la seule manière envisageable : lâcher un peu de lest sur la trajectoire budgétaire pour satisfaire les demandes les plus pressantes, et les plus légitimes, tout en gardant le cap de l’action engagée. Les manifestants ont été entendus et la violence doit désormais cesser.

À cet égard il faut souligner à quel point la doctrine de maintien de l’ordre met le gouvernement en position de faiblesse. Pour éviter à tout prix les blessés, le champ est laissé libre aux casseurs et ce sont les violences des policiers, toujours condamnables, qui sont les plus facilement mises en accusation. Le monopole de la violence légitime semble changer de main. La réflexion engagée par le gouvernement sur l’évolution du dispositif de sécurité apparaît donc salutaire. Notre société est, en cette matière, sans doute arrivée  à un extrême, sauf à remettre en cause les fondements mêmes de l’état de droit et de la démocratie représentative.

Un moment préoccupant

Au-delà de la personne d’Emmanuel Macron, le moment est préoccupant. Son programme (lever les freins à la croissance et à l’emploi, réformer le modèle social français tout en agissant sur les inégalités à la racine) est le plus à même de remédier aux maux du pays mais se trouve désormais remis en cause. Plus grave, c’est à une défaillance généralisée des « élites » que l’on assiste. L’intérêt général semble avoir déserté les esprits.

Chaque revendication est appréciée en tant que telle, sans se préoccuper de son coût et de ses conséquences, ni évidemment des arbitrages indispensables : le monde virtuel permet de concilier l’inconciliable et de confondre programme et inventaire. Une irresponsabilité généralisée s’est installée chez les leaders d’une opposition au moins autant décrédibilisée que le pouvoir en place, qui soufflent sur les braises et par là même remettent en cause les fondements d’une démocratie fonctionnelle.

L’incendie finira par s’éteindre, mais il est à craindre que les dégâts soient profonds. 2019 sera donc une année capitale. À Emmanuel Macron de prouver qu’il a suffisamment de ressources et de savoir-faire pour renverser la tendance et remettre le pays sur les rails. Autrement, son élection n’aura été qu’une brève fenêtre d’espoir pour tous ceux qui croyaient à l’émergence d’une troisième voie française.