Préférez-vous les libertés civiles ou les libertés économiques ?

Les libertés individuelles ne sont pas défendues partout de la même façon. Si vous deviez déménager, préféreriez-vous un endroit comme la Suède ou Singapour ?

Par Daniel J. Mitchell, depuis les États-Unis.

Quel est le pays le plus libre au monde ?

Pour le savoir, une première possibilité consiste à se pencher sur l’indice de liberté économique dans le monde, proposé par l’Institut Fraser. C’est une excellente ressource, mais elle mesure uniquement le degré d’acceptabilité du libre marché par une nation.

Si vous voulez connaître le pays le plus libre au monde, la meilleure option est de consulter l’indice de liberté humaine. Publié pour la première fois en 2013, il combine liberté économique et liberté civile.

La version 2018 vient d’être publiée et, comme vous pouvez le constater, la Nouvelle-Zélande est le pays le plus libéral dans le monde, suivi de la Suisse et de Hong Kong. Les États-Unis sont au 17e rang, à égalité avec la Suède. La France se situe à la 32e place.

Si vous parcourez la liste du top 20, vous remarquerez que l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et les Antipodes (Australie et Nouvelle-Zélande) dominent.

Et cela se vérifie aussi sur cette carte (plus c’est foncé, mieux c’est). Alors peut-être que la « civilisation occidentale » n’est pas si mal après tout.

Voici une explication de la méthodologie utilisée dans l’étude. En un mot, il s’agit d’un classement selon la « liberté négative », qui se définit essentiellement comme l’absence de coercition provenant de l’État.

L’indice de liberté humaine (ILH) représente une large mesure de la liberté humaine, entendue comme l’absence de coercition. Ce quatrième indice annuel utilise 79 indicateurs distincts de liberté civile et économique dans les domaines suivants :

  • État de droit
  • Sécurité et sûreté
  • Circulation
  • Religion
  • Association, assemblée et société civile
  • Expression et information
  • Identité et relations
  • Taille de l’État
  • Système juridique et droits de propriété
  • Accès à une monnaie saine
  • Liberté en matière de commerce international
  • Réglementation du crédit, du travail et des affaires

(…) Selon notre acception, la liberté est un concept social qui reconnaît la dignité des individus et se définit par l’absence de contrainte coercitive. (…) La liberté implique donc que les individus ont le droit de mener leur vie comme ils le souhaitent tant qu’ils respectent l’égalité des droits des autres. C’est Isaiah Berlin qui a explicité cette notion de liberté, communément appelée liberté négative. En termes simples, la liberté négative signifie la non-ingérence d’autrui. (…) Cet indice est donc une tentative de mesurer dans quelle mesure les droits négatifs des individus sont respectés dans les pays observés. Par droits négatifs, nous entendons la liberté des gens d’être à l’abri de toute ingérence – principalement de la part de l’État – dans l’exercice de leurs droits de choisir de faire, de dire ou de penser ce qu’ils veulent, à condition que cela ne porte pas atteinte aux droits des autres d’en faire autant.

Sans surprise, il existe une corrélation entre la liberté civile et la liberté économique.

Mais ce n’est pas une corrélation parfaite. L’Indice met en lumière des exceptions.

Certains pays sont constamment arrivés en tête des sous-indices de la liberté humaine, notamment la Suisse et la Nouvelle-Zélande, qui se sont classés parmi les 10 premiers en matière de liberté civile et économique. En revanche, certains pays qui sont en tête en matière de liberté civile se classent nettement plus bas en matière de liberté économique. Par exemple, la Suède s’est classée 3e en liberté civile mais 43e en liberté économique, la Slovénie 23e en liberté civile mais 71e en liberté économique et l’Argentine 42e en liberté civile mais 160e en liberté économique. De même, certains pays qui sont en tête en matière de liberté économique se retrouvent nettement moins libres sur le plan civil. Par exemple, Singapour s’est classée au deuxième rang pour la liberté économique et au 62e rang pour la liberté civile, les Émirats arabes unis au 37e rang pour la liberté économique mais au 149e rang pour la liberté civile et le Qatar au 38e rang pour la liberté économique et au 134e rang pour la liberté civile.

Cela soulève une question intéressante : si vous deviez déménager, et en supposant que vous ne puissiez pas déménager dans un pays qui offre les deux types de liberté, préféreriez-vous un endroit comme la Suède ou Singapour ?

En tant qu’économiste, mon parti pris serait de choisir Singapour.

Mais si vous jetez un œil sur les pays classés dans le top 10 de la liberté civile, ce sont tous des endroits où il fait bon vivre (et ce sont aussi des pays en faveur d’une économie de marché, outre leur tendance pour certains à être de grands États-providence). Je ne blâmerais donc personne de choisir la Suède.

P.S. Il existe des micro-États très attractifs qui n’ont pas été inclus dans l’indice de liberté humaine, probablement en raison de l’insuffisance des données. Je soupçonne que des endroits comme les Bermudes, le Liechtenstein, Monaco et les îles Caïmans obtiendraient tous des scores très élevés s’ils étaient inclus.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.