Il faut apprendre à se passer de politique

Echange (Crédits : Flazingo photos, licence CC BY-SA 2.0)

Il faut demander aux politiciens d’en faire moins pour que nous puissions en faire plus en toute liberté.

Par Patrick Aulnas.

La démocratie représentative ayant été dévoyée par certains politiciens, les jacqueries du type Gilets jaunes risquent de devenir un phénomène récurrent en France. Au cours des dernières décennies, les gouvernants ont habitué les Français à tout attendre de l’État. Le combat entre la gauche et la droite a conduit à occulter les réalités au profit d’un récit politique mensonger. Le politique a envahi la société entière sur la base de promesses fallacieuses à caractère idéologique. Un seul chiffre permet de prendre la mesure de cette politisation tous azimuts : les dépenses publiques représentaient 56,5 % du PIB en 2017, record mondial. Pourquoi cette dérive ? Que faire ?

Légende de gauche et légende de droite

Depuis plus de trente ans, les présidents de la République française n’ont brillé que par leur électoralisme. François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy puis François Hollande ont accumulé les promesses démagogiques pour accéder au pouvoir. Droite et gauche ont construit une sorte de légende, laissant croire qu’il était possible par le miracle de la politique de construire une autre société, plus conforme aux aspirations de leurs électeurs. La légende de droite repose sur la libération des initiatives, celle de gauche sur la marche vers l’égalité. Mais rien n’a été réalisé après la conquête du pouvoir. Il s’agissait seulement de belles histoires, comme celles que l’on raconte aux enfants.

Qui pourra s’étonner qu’après ces décennies de médiocrité politicienne, le pays ait voulu renouveler radicalement sa gouvernance. Emmanuel Macron et les députés LREM sont le fruit de trente-cinq années de recul dans l’adaptation du pays à la réalité du monde.

La démagogie la plus médiocre

La politique est par essence approximative et manipulatrice. L’économie, la démographie, la sociologie reflètent au contraire des réalités impossibles à éluder. Le plus cynique de tous nos présidents, François Mitterrand, fut un grand maître de la manipulation politicienne. Il réalisa des réformes purement démagogiques en laissant croire que la politique pouvait tout et qu’il suffisait de décider pour obtenir. Lorsque l’espérance de vie augmente depuis le début du XXe siècle à une vitesse jamais atteinte, il ne faut pas abaisser l’âge de la retraite de 65 à 60 ans. C’est une évidence. Seul le dévoiement politicien peut conduire à une telle décision. Lorsque le taux de croissance économique est divisé par deux, il convient de réduire d’urgence le poids des structures étatiques, qui devient insupportable et conduit le pays tout entier à la sclérose. C’est une seconde évidence, que seule la plus basse démagogie peut occulter.

Déplaire pour bien gouverner

Pendant des décennies la politique et ses discours lénifiants ont pris le pas sur toutes les réalités du monde. Ces réalités étaient mal connues durant les siècles antérieurs, faute d’études suffisantes. Elles étaient parfaitement connues dans la seconde moitié du XXe siècle et au début du XXIe. De nombreux spécialistes étaient à la disposition des gouvernants pour les informer. Mais les politiciens professionnels érigent spontanément les facteurs purement politiques au rang d’impératifs catégoriques. Il faut être réélu et donc ne pas déplaire, quitte à mener le pays à la ruine.

Il faut être capable de déplaire pour bien gouverner. Il ne s’agit pas de caresser les électeurs dans le sens du poil comme cela se pratique avec les chiens. Traiter ses concitoyens comme des animaux de compagnie indique la place exacte qu’on leur assigne. Et si un jour la révolte du peuple gronde, elle trouve en vérité sa source dans le manque de hauteur morale dont ont fait preuve les dirigeants.

Réduire le rôle du politique

Chacun sait parfaitement ce qu’il convient de faire mais personne ne sait comment le faire. Il faudrait réduire les dépenses publiques de façon à redonner véritablement le pouvoir de décision à la société civile et donc la responsabiliser au lieu de l’infantiliser. Aujourd’hui en France, lorsque 10 euros sont dépensés, la décision est politique pour 6 euros. Lorsque la population est mécontente, elle se tourne tout naturellement vers ceux qui tiennent les cordons de la bourse : les dirigeants politiques.

La liberté consiste à reprendre le pouvoir de décision sur une partie de ces 6 euros. La véritable démocratie se trouve dans la liberté de créer par soi-même et non dans la seule possibilité de voter de temps à autre. Il ne faut plus quémander auprès de son maire ou de son député mais exiger qu’ils s’abstiennent pour pouvoir agir par soi-même. Il faut demander aux politiciens d’en faire moins pour que nous puissions en faire plus en toute liberté. Recourir à un politicien, c’est toujours indirectement accroître son pouvoir et réduire notre liberté.

Voilà sans doute un beau rêve : ils résisteront férocement avec l’aide de toute la technostructure publique. Car la politisation, c’est leur pouvoir. L’argent des autres, c’est leur moyen d’agir.

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