Mitterrand, il y 35 ans : de la lumière à l’ombre

La politique de François Mitterrand a plus détruit qu’elle n’a construit.

Par Patrick Simon.

By: Christian PierretCC BY 2.0

La France de Pompidou était gaie et insouciante. Elle avait de bons résultats, tels que le plein emploi, une immigration de travail, des finances publiques en ordre et même excédentaires, une industrie performante et exportatrice. Elle était respectée dans le monde entier, avait une influence partout surtout en Afrique, une réglementation pas trop contraignante (ou du moins qui ne se faisait pas sentir encore), un taux de prélèvement sur la richesse nationale, inférieur à 40%, un secteur public contenu même s’il était déjà très important.

François Mitterrand désavoué

La France de Mitterrand, au début euphorique, s’est vite réveillée avec la gueule de bois et ce réveil signa, plus rapidement qu’on ne le dit, le désaveu. Les mesures prises avec la loi Auroux de 1982 pour faire entrer des syndicats politisés dans l’entreprise accentuèrent une atmosphère conflictuelle, déjà commencée dès l’accession au pouvoir en mai 1981 avec de nombreuses agressions contre les entreprises qui les fragilisèrent.

La retraite avancée à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, la relève des minimas sociaux tels que le SMIC furent autant de mesures démagogiques d’achat de voix visant à corrompre les Français. Elles s’accompagnèrent, c’est classique avec la gauche française, d’une augmentation de la fiscalité, en particulier avec l’institution d’un impôt sur la fortune qui ne rapportait rien ; mais pour Mitterrand, le symbole importait plus que l’utilité. Les nationalisations de grandes entreprises affaiblirent l’efficacité de celles-ci et coûtèrent cher à l’État.

De façon plus générale, l’application du programme commun des partis de gauche fut caractérisée par une politique keynésienne de relance de la consommation avec ce qu’ils appelaient « la reconquête du marché intérieur » et qui n’a finalement donné que des achats de magnétoscopes japonais. Tout cela révélait l’ignorance, la désinvolture et l’incompétence du nouveau chef de l’État en matière économique car ces politiques contracycliques étaient mises en œuvre au moment où les autres pays du monde occidental s’engageaient dans des politiques inverses.

Les résultats ne se firent pas attendre : la dégradation du cours du franc rendit nécessaires deux dévaluations successives de la monnaie à 9 mois d’intervalle, dans l’impréparation et la précipitation au lieu d’être faites dans le calme et la maîtrise, ainsi que le renforcement du blocage des prix et des salaires. Le chômage monta inexorablement et rien ne l’arrêta, les nouveaux pauvres réapparurent (après 25 ans d’absence), les entreprises perdirent des marchés et en dépit des belles promesses, les inégalités sociales se creusèrent.

Au bout de deux années François Mitterrand fut obligé d’arrêter la politique de relance, de poudre aux yeux et de distribution de faveurs pour revenir à ce qu’il appelait la « rigueur ». Mais, comme toujours avec la gauche, cette rigueur-là n’était guère que la conséquence de la démagogie socialiste.

Mitterrand et la querelle scolaire

mitterrand rené le honzecÀ ces multiples erreurs s’ajouta la renaissance de la querelle scolaire. Un projet de loi visait à mettre la main sur l’enseignement privé et en particulier confessionnel. Il fut voté par la majorité de gauche, sectaire comme d’habitude sur ce sujet et désireuse d’uniformiser encore davantage école publique et école privée. Mais à la suite d’une immense manifestation, le projet fut retiré. Si cette tentative de captation échoua, la mise au pas des journalistes dans les médias a mieux réussi et en particulier la « mise au placard » de ceux qui ne pensaient pas bien. Dans l’ensemble la quasi-totalité des mesures prises engendra des conséquences négatives, par exemple l’abolition de la peine de mort, l’extension des peines de substitution, l’abrogation de la loi « anticasseurs » de 1970 et de certains articles de la loi « sécurité et liberté » de 1981 furent perçues comme des signes de laxisme et furent assez vite suivies par une augmentation de la délinquance.

Le remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale et l’essor d’une immigration de peuplement à cause du regroupement familial autorisé sous des gouvernements précédents accentua encore la baisse de la démographie française et la modification de la population du pays. Toutes ces erreurs ont marqué le début du déclin français. Elles se sont produites dans tous les domaines, à l’exception peut-être, de la politique étrangère où le discours du Bundestag et quelques autres choses ont constitué les seuls points où François Mitterrand ne s’est pas trompé et a été éclairé par la lumière qui lui a fait défaut à peu près partout.

En effet, cette politique faite de laxisme, d’incohérences, d’ignorance des réalités a plus détruit qu’elle n’a construit, plus désillusionné qu’elle n’a amélioré, plus corrompu qu’elle n’a libéré, plus appauvri qu’elle n’a enrichi. Elle marquera le passage de la France de la lumière à l’ombre. La prédiction de Jack Lang s’est donc avérée fausse.