Quelle méthode pour réduire les dépenses publiques ?

Argent Euro Credit Alexander Stein (Creative Commons)

Peuvent-elles se faire sans la nécessaire évolution des mentalités de nos dirigeants ?

La nécessaire réduction des dépenses publiques passe par l’apprentissage d’une autre méthode par le pouvoir politique et la haute administration. À défaut, les tensions risquent de se multiplier sur le terrain.

Par Jérôme Gasquet.

Argent Euro Credit Alexander Stein (Creative Commons)
Argent Euro Credit Alexander Stein (Creative Commons)

Des contacts récents avec des agents publics et des fonctionnaires laissent à penser que beaucoup d’entre eux sont conscients que la pression sur leurs budgets va s’intensifier. Et la plupart semblent en comprendre le sens et la nécessité. De fait, un grand nombre d’entre eux semblent prêts à jouer le jeu et à mobiliser leurs équipes pour trouver des solutions à la raréfaction des sources de financement.

Cela ne serait donc pas un problème, s’ils ne se heurtaient pas à un certain nombre d’obstacles.

Le premier (qui ne touche que certains secteurs comme celui de l’hôpital public) est que cet effort est demandé au moment où l’État leur demande de mettre en œuvre un certain nombre de normes qui consomment beaucoup d’énergies et génèrent des coûts supplémentaires significatifs.

La seconde est que les technostructures, en œuvre dans la plupart de ces administrations, déclinent les instructions ministérielles en notes de service contraignantes qui désignent les secteurs, domaines et budgets dans lesquels ces économies doivent être effectuées.

réduire les dépenses publiques hollande rené le honzecLa troisième est le renforcement incessant depuis des années des règlementations du travail, qui rajoutent de la rigidité à des organisations sous apnée, dont la performance est jugée sur des indicateurs quantitatifs qui rassurent le politique, mais ne sont souvent pas signifiants pour les agents qui doivent rendre le service public au jour le jour.

Enfin, la qualité insuffisante du dialogue social et la rigidité des statuts réduisent les marges de manœuvre des équipes du terrain.

On le voit bien, partant pourtant de « bonnes raisons politiques » (celle de faire des économies là où c’est possible), les pouvoirs politiques et administratifs nationaux et régionaux, mettent une pression croissante sur les équipes opérationnelles qui font face au citoyen, à l’usager, au patient, et parfois au client.

Or, les expériences l’ont bien montré, quand on met un corps social sous pression, sans lui donner les moyens d’agir, celui-ci transforme rapidement cette pression en désengagement, démotivation, colère, voire en stress, quand ce n’est pas en dépression ou burnout.

C’est donc bien un problème de méthode que nos administrations et nos politiques doivent apprendre. Cette méthode est celle de la confiance.

Si par exemple, les hôpitaux publics doivent réduire leur coût de 5 milliards pour contribuer aux 50 milliards promis par la France, il serait souhaitable de répartir directement cette enveloppe de façon équitable entre les hôpitaux (ou les ARS si le pouvoir politique est prêt à assumer une restructuration dans ce domaine) et les laisser trouver eux-mêmes avec leurs équipes les façons dont ils vont atteindre cet objectif. Car plus l’administration leur dictera ce qu’il faut faire, moins ils auront de chance d’atteindre les objectifs assignés.

Pour restructurer les régions, ou réduire les coûts de fonctionnement, il serait temps que nos politiques et hauts fonctionnaires comprennent que c’est leur rôle de définir l’exigence des axes, des objectifs et des calendriers, mais qu’il faut laisser aux personnes et entités concernées la liberté de trouver les voies vers un service public moins consommateur de deniers publics, en impliquant les agents publics au plus près du terrain.

Un vrai changement culturel ; loin de nos vieilles traditions jacobines et hiérarchiques verticales descendantes.

À défaut, il ne faudra pas que nous nous plaignions de troubles psychologiques et/ou sociaux majeurs dans les services opérationnels, à un moment où il nous faut accompagner les agents publics pour qu’ils trouvent du sens et une dignité dans ces réformes à venir.


Article publié initialement par Le Cercle Les Échos.