Roule-t-on plus avec une heure de Smic aujourd’hui que dans les années 70 ?

Edward Hopper-ish Gas Station By: Naotake Murayama - CC BY 2.0

Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la transition énergétique, affirme que « l’on roule plus aujourd’hui avec une heure de SMIC que dans les années 70 ». C’est faux, voilà pourquoi.

Par Olivier Maurice.

Depuis quelque temps, le gouvernement et la République en Marche, président de la République en tête, s’illustrent en émettant une série de leçons de morale et d’économie dont la dernière en date fait le tour des réseaux sociaux, relayée par la secrétaire d’État à la transition écologique Emmanuelle Wargon qui affirme que « l’on roule plus aujourd’hui avec une heure de SMIC que dans les années 70 ».

Le message paraît assez clair : les Gaulois sont réfractaires aux réformes, les Français ne font que se plaindre et les gilets jaunes sont des affabulateurs, des geignards qui râlent sans avoir aucun sens des réalités.

Effectivement, si on calcule combien de litres d’essence on pouvait acheter avec une heure de smic, on obtient bien ces chiffres.

Sauf que…

Sauf que, si on calcule combien de litres d’essence on pouvait s’acheter avec une heure de smic… brut, sans tenir compte des charges sociales, sans tenir compte de la CSG, sans tenir compte des 35 heures, sans tenir compte des impôts, sans tenir compte du fait que le SMIC a augmenté plus vite que le salaire médian… bref sans tenir compte de toutes les taxes et charges ajoutées et augmentées depuis les années 70 par les gouvernements successifs, on obtient bien ces chiffres.

En calculant combien, au fil du temps, de litres d’essence on pouvait acheter avec un mois de smic net, on obtient une toute autre histoire.

À peu de chose près, le pouvoir d’achat d’un smicard est resté identique depuis les années 80. Ou si vous préférez, un litre d’essence représente la même part du salaire net d’un smicard de 2018 que d’un smicard de 1986.

Et aussi que…

Mais des smicards, il y en a de plus en plus. Pas à cause des fameuses inégalités, ni de ces affreux ultra-riches, 1 %, capitalistes, ultra-libéraux, etc., simplement parce que le smic est une décision politique et que le salaire est une composante économique. Il n’y a que les politiciens et les syndicalistes pour avoir l’idée saugrenue de croire qu’en relevant le smic, les salaires allaient par magie tous monter d’un cran.

Simplement, aussi un peu parce que les politiques archaïques menées en France depuis les années 80 ont, contrairement à ce qui se produit dans le reste du mondela pauvreté recule partout, opéré un nivellement par le bas et totalement paralysé l’économie du pays.

Si on effectue le même calcul, non plus sur le smic, mais sur le salaire médian (le salaire qui sépare en 2 moitiés la population : ceux qui gagnent plus et ceux qui gagnent moins que cette somme), la courbe est sans appel : pour la majorité des Français, l’essence est de plus en plus chère.

La démagogie populiste dans toute sa splendeur

On pourrait aller encore un peu plus loin, ajouter la pression fiscale (en constante augmentation), le chômage, l’augmentation du coût des autres postes budgétaires des ménages (gaz, électricité, eau…) histoire d’enfoncer le clou, mais ce n’est pas l’essentiel.

À ce niveau de carabistouilles, on se demande surtout si la communication venant de la majorité présidentielle relève d’une totale incompréhension de l’économie, d’une complète surdité à ce que disent les Français ou d’une mauvaise foi proche de l’escroquerie intellectuelle.

On se demande bien où se situe le populisme que dénonce avec fracas le président Macron, d’où proviennent les fake news si dangereuses et si le fait d’avoir fièrement élu des membres de la société civile n’a pas abouti à avoir porté au pouvoir une majorité godillot qui plutôt que de se faire l’écho des préoccupations des Français (et prendre le risque de fâcher Jupiter), est prête à répéter n’importe quelle calembredaine pour garder sa place bien au chaud sous les ors de la République.