Pour un visa francophone de circulation

PA070317 By: Rémi Vincent - CC BY 2.0

Le XVIIe sommet de la francophonie a adopté un Appel solennel au vivre ensemble. Quelle meilleure façon de lui donner réalité par l’instauration d’un espace francophone de démocratie qui serait celui de la libre circulation ?

Par Farhat Othman.

Tenu à Erevan, en Arménie, les 11 et 12 octobre 2018, Le XVIIe sommet de l’OIF a été marqué, en apparence, par la question de passation de pouvoir au secrétariat général entre deux figures féminines symboliques de ce qu’est — ou serait — la francophonie. Résolue à la manière habituelle du consensus au sein de l’institution, la question du leadership n’a pas pour autant évacué cette interrogation de la nature et la vocation de la francophonie, principale question du sommet, quoique occultée. Elle se pose même avec acuité à la veille de son cinquantenaire dont le sommet sera abrité par la Tunisie en 2020.

Dans son discours à l’ouverture du sommet, la secrétaire générale sortante n’a d’ailleurs pas manqué de prendre l’Histoire à témoin en insistant sur l’impérative nécessité de politiser davantage la francophonie. Nous pensons que c’est fatal et proposons que l’OIF planche d’ores et déjà sur l’outil idéal d’y parvenir avec ce qui serait symbolique d’une telle transformation : le visa francophone de circulation.

Déjà connu des chancelleries, mais utilisé au compte-gouttes, un tel outil est appelé à devenir la règle dans les rapports internationaux ; alors pourquoi ne pas hâter ce processus inéluctable, allant dans le sens de l’Histoire en l’adoptant entre pays francophones usant du visa entre eux, y compris et surtout dans les relations avec la France, que cela soit à l’intérieur ou hors cadre européen.

Le recours à un tel instrument, parfaitement fiable en termes sécuritaires, pourrait être réservé uniquement, en un premier temps, à un espace restreint de l’aire francophone qui serait qualifié d’espace francophone de démocratie, où la libre circulation serait l’apanage des États prouvant, selon des critères définis, avoir réussi leur transition démocratique. Ne serait-ce pas une judicieuse façon de servir les valeurs francophones ayant trait à la démocratie et aux principes humanistes, ce que supposent la charte de la francophonie et surtout l’Appel d’Erevan pour le vivre ensemble adopté lors du sommet qui vient de s’achever ?

L’Appel pour le Vivre ensemble

C’est l’acte majeur du XVIIe Sommet, une thématique voulue éminente parmi les  grands enjeux mondiaux débattus au cours du sommet avec l’ambition habituelle d’une contribution de la francophonie pour y répondre. Cette question emblématique a fait l’objet d’insistance particulière lors des travaux, avancée en valeur incontournable dans une famille francophone de plus en plus grande.

En effet, à l’issue du sommet d’Erevan, l’OIF compte désormais 88 États et gouvernements. La Gambie, l’Irlande, Malte et la Louisiane étant devenus adhérents avec statut d’observateurs et les Émirats arabes unis, le Kosovo et la Serbie passés du statut d’observateur à celui de membre associé ; soit au total 54 membres, 7 membres associés et 27 pays observateurs.

L’Appel est censé figurer en proue de la feuille de route de la nouvelle Secrétaire générale désignée, Madame Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda, qui succèdera au début de 2019 à Madame Michaëlle Jean. Il s’agit bien d’un acte éminemment politique, allant dans le sens de la politisation de plus en plus de la francophonie incarnée par la secrétaire générale sortante. Pourtant, cette dernière n’a pas réussi à se voir reconduire au secrétariat général, la famille francophone ayant cédé au diktat de la France soucieuse de soigner ses intérêts stratégiques et agissant pour une nouvelle donne avec le Rwanda en vue d’apurer le grave contentieux bilatéral. C’est ce qui ne manque pas d’amener à douter de la pureté des intentions de l’Appel.

Qui dit vivre ensemble ne dit-il pas forcément démocratie et humanisme, ces valeurs déjà mal incarnées par la nouvelle secrétaire générale ? En sa qualité de chef de la diplomatie de son pays depuis près d’une décennie, elle assume assurément une part de responsabilité dans la nature autoritaire, hostile aux droits de l’Homme du régime rwandais. Et comment récuser l’appel de Madame Jean pour une francophonie politique et diplomatique, lui préférant une représentante d’un pays qui ne brille point dans la défense des valeurs de l’OIF, alors que quasiment tous les textes adoptés lors du sommet sont à caractère politique ?

Outre l’Appel pour le vivre ensemble et la traditionnelle déclaration du pays hôte, les  chefs d’État et de gouvernement francophones ont adopté une stratégie de la francophonie pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, une résolution sur les situations de crise, de sortie de crise et de consolidation de la paix, une seconde sur l’éducation à la citoyenneté et aux droits de l’Homme, et une troisième sur le 25e anniversaire des Principes de Paris sur les droits de l’Homme.

Il y a eu aussi trois autres résolutions sur la participation culturelle, le transfert de connaissance et la valorisation de la recherche et sur les maladies tropicales négligées ; mais la nature éminente des actes du sommet, comme de la francophonie, au reste, semble bien pencher vers les questions de nature politique et diplomatique. D’ailleurs, des accords-cadres ont été signés en marge du Sommet pour la mise en œuvre de l’initiative « Libres Ensemble » avec le Burkina Faso, le Ghana, le Mali et le Niger.

Il y a bien une ambivalence chez les francophones sur cette question de la nature du vivre ensemble ; ce qui marque, au reste, l’Appel même qui semble n’être qu’un catalogue de voeux pieux. Il y est fait étalage de grands principes susceptibles de se réduire à de simples slogans trompeurs si l’on ne les articule pas à des mesures concrètes eu égard surtout à l’ambition de l’Appel qui définit le vivre ensemble comme étant « la  capacité de chacune et de chacun, ainsi que de nos sociétés, à cohabiter de façon harmonieuse et à développer avec succès une culture de paix comprenant le respect et l’appréciation mutuels, des relations de coopération et un désir commun d’apaisement. »

Comment donc le faire en un monde divisé, où même la circulation libre des humains n’est pas possible dans l’espace supposé intégré et inclusif de la francophonie ? Une circulation humaine libre, encadrée par l’outil du visa biométrique de circulation, ne serait-elle pas la manifestation concrète de cette ambition ? Car le vivre ensemble, ainsi que le dit avec raison l’Appel, « implique le respect des droits de l’Homme et de la dignité humaine, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’acceptation de la liberté et de la diversité des expressions, des opinions, des héritages et des cultures. Il suppose le respect de la liberté de conscience, de religion ou de conviction. Il se nourrit des interactions dans l’ouverture, la coopération et la solidarité, des relations bienveillantes, du refus de s’ignorer ou de se nuire, ainsi que d’une participation éclairée à la gouvernance de nos sociétés. »

Francophonie Politique et diplomatique

Si avec la non-reconduction du mandat de l’ancienne gouverneure générale du Canada, le secrétariat de l’OIF est revenu au giron africain d’origine, une sorte de retour aux sources, cela semble se faire de la plus mauvaise façon. Nombreuses ONG de défense des droits de l’homme, mais aussi des personnalités du monde politique, dont quatre anciens ministres français, ont ainsi protesté contre le choix de la nouvelle secrétaire générale, jugeant la nouvelle direction éloignée de la vision historique de la francophonie. Celle justement dont a parlé la secrétaire générale sortante qui a osé demander si l’on était prêt à accepter que la démocratie et les libertés soient « vidées de leur sens » au nom de « la realpolitik » et des « petits arrangements entre États ».

Il n’est, d’ailleurs, pas un secret que la Rwandaise Louise Mushikiwabo, la nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, n’a pas fait l’unanimité. Imposée pour des raisons politiques au moment même où l’on rejetait la politisation accrue à laquelle appelait la secrétaire générale sortante, il est légitime de se demander de quoi serait fait l’avenir de la francophonie durant les quatre prochaines années, durée de la mandature de la nouvelle patronne de l’OIF.

Dans sa première déclaration, celle-ci a surtout noté le potentiel énorme de la francophonie — ce qui est vrai, louant sa réputation d’efficacité — ce qui n’est pas faux, mais limitée à des domaines peu sensibles, et sa transparence — ce qui n’est pas vrai. En témoignage, il suffit, de rappeler les conditions dans lesquelles a été organisée l’éviction de madame Michaëlle Jean désireuse d’une seconde mandature. Si l’objectif de la nouvelle secrétaire générale est de faire que l’institution pèse plus lourd sur l’échiquier mondial, elle ne se montre pas moins modeste, disant qu’elle ne fera que réorienter un petit peu l’OIF. Or, c’est de refondation politique et diplomatique qu’a besoin la francophonie !

C’est ce qui a constitué l’essentiel du discours de Madame Jean lors de la journée d’ouverture, un véritable baroud d’honneur en un discours de combat, entendant prendre date. Elle l’a notamment axé sur les thèmes  majeurs des droits de l’homme et de la démocratie, invitant à une francophonie politique et diplomatique. Elle refuse que la francophonie, comme semble le vouloir la nouvelle direction, soit juste une auréole linguistique au service de la langue française dont d’aucuns déplorent d’ailleurs une disparition progressive dans leurs sociétés, y compris francophones de tradition. Cela ne vient-il pas de la sclérose de l’institution, la défense du français ne se faisant pas ou pas assez, malgré les intentions affichées, par des mesures de haute politique comme l’idée que nous avançons ici du visa biométrique francophone ?

Si le changement de garde à l’OIF est loin d’être surprenant, le renouvellement du personnel de direction étant dans l’ordre des choses politiques, doit-il vouloir dire nécessairement refus du changement de la nature actuelle de la francophonie à la veille de sa cinquantième année, un âge de raison et de sagesse ? Ne serait-ce pas un répit de deux ans entendant laisser mûrir les idées pour oser enfin s’attaquer aux mentalités et les amener à ne plus chercher à gagner ce qu’a déjà la francophonie : la notoriété et le prestige, mais faire gagner la communauté des francophones en termes de droits, de libertés et de dignité ? Sans nul doute, la francophonie a besoin d’une véritable politique axiologique volontariste actée au service de la communauté francophone dans se diversité.

Au moment où des voix autorisées, tel le maire canadien de Québec, Régis Labeaume, le disent faire l’objet d’un grave « laissez-aller », comment redonner sa chance au français face à l’anglais devenu un réel facteur de réussite sociale et économique ? Encore plus que les efforts gigantesques dans le monde de l’éducation pour garder l’enseignement du français à la hauteur, il est des actions percutantes. Surtout que si l’alarme est sonnée sur une terre symbolique comme celle du Québec où le français serait condamné à la précarité, ne pouvant plus compter auprès des jeunes sur la fibre nationaliste des générations précédentes, que dirait-on des pays francophones d’Afrique, comme la Tunisie, où agit un véritable rouleau compresseur des identitaires nationalistes ?

Sans nul doute, cela suppose une francophonie bien plus politisée, prenant des initiatives diplomatiques osées que son poids, sa notoriété et ses moyens lui permettent amplement. Leur absence explique que le succès de l’OIF et son rayonnement ne soient, paradoxalement, pas celui du français dans le monde, particulièrement dans les pays de langue et de tradition française, où  il recule inexorablement, comme en Tunisie où les élites ne savent presque plus parler ou s’enorgueillir de parler correctement la langue de Molière. Il est, aujourd’hui, un pouvoir d’attraction terrible de l’anglais que ne peut contrer qu’un autre de plus grande force pour intéresser les jeunes ; or, qu’est-ce qui importe aux jeunes plus que leur droit à bouger, circuler librement ? Ne serait-ce pas le meilleur antidote au repli identitaire néfaste de plus en plus entretenu en Tunisie et qui serait allé jusqu’à voir la Tunisie refuser le poste de secrétaire général qu’on lui avait proposé à un certain moment ?

Un espace de démocratie francophone

Après le sommet d’Erevan, un tournant doit être pris par l’organisation de la francophonie du fait même de son succès. L’attrait que joue l’institution internationale auprès de pays non francophones, comme le Ghana, membre du Commonwealth, ou l’Arabie Saoudite et l’Estonie qui souhaitent y postuler, impose une refondation pour ne pas perdre son âme.

La Tunisie qui abritera, en 2020, le sommet du cinquantenaire, devrait s’en charger. Si la présence sur son sol du bureau régional de l’OIF pour l’Afrique du nord est un atout non négligeable, il ne suffit pas à lui redonner toute la mesure de son rôle pionnier, la francophonie devant beaucoup au génie visionnaire de Bourguiba allié à celui de Senghor et à l’enthousiasme des présidents Diori et Sihanouk.

Il est aberrant aujourd’hui que l’initiative de ces présidents du Sud, qui parut au départ saugrenue à une France encore engoncée dans ses complexes coloniaux, soit devenue une arme de magistère néocolonial ; ce que confirme l’arrivée d’une secrétaire générale imposée par le président français. Il s’est agi d’un acte idéologique effarant qui n’aurait pas prêté à conséquence s’il ne venait contredire la volonté de la secrétaire générale sortante de donner une dimension politique et diplomatique à la francophonie.

Comment donc prétendre renforcer le rôle de la francophonie dans l’interdépendance des cultures et leur enrichissement mutuel sans agir à faire de cet espace une aire de civilisation où la diversité culturelle de l’humanité sera célébrée concrètement ? On l’a vu avec l’Appel d’Erevan pour le vivre ensemble, la francophonie est appelée à évoluer vers plus de politique et de diplomatique pour mieux faire face aux défis majeurs d’un monde qui a changé, dont la caractéristique éminente est justement l’absence de ce vivre ensemble impératif pour que paix s’installe.

Bien évidemment, une telle évolution importante ne peut ni ne doit se faire de manière brutale, la dimension de l’OIF et la lourdeur de sa machinerie ne le permettant pas ; sans parler de la résistance et même l’inertie que génèrent les traditions bien incrustées. Cela pourrait se réaliser mieux en cogitant sur la création au sein de l’aire francophone actuelle d’un espace d’excellence qui serait restreint à une élite francophone réunissant les pays démocrates ou en sérieuse transition démocratique. Ce serait un espace de démocratie francophone au sein duquel l’on pourrait mettre en œuvre la technique du visa francophone de circulation, levant les frontières au-devant des ressortissants francophones de cet espace d’excellence.

Avec un tel espace, sans renier à ses valeurs et à ses mécanismes actuels, la francophonie encouragera ainsi in concreto la transition démocratique de ses membres. Il ne faut pas oublier que les peuples d’Afrique, malgré les richesses de leurs pays, sont pauvres et aspirent toujours à la démocratie. Une institution qui se veut à leur service doit se désintéresser le plus possible de la realpolitik pour se concentrer mieux sur ces questions par des actions symboliques utiles.

Si l’Afrique, comme on l’a dit avec le retour du secrétariat dans son giron, reprend ses droits sur l’OIF, elle doit s’attaquer au plus vite aux grands défis auxquels sont confrontés les Africains, et pour lesquels la francophonie peut et doit apporter son concours. Or, si l’on parle d’aider le continent à lutter contre l’émigration clandestine, il s’agit de prendre à la racine ce phénomène, ce qui veut dire qu’il importe de rompre avec l’actuelle vision de l’Afrique limitée à n’être qu’une réserve de matières premières pour le Nord.

Certes, l’industrialisation du continent qu’avancent certains spécialistes aidera à assécher le réservoir des migrations clandestines qu’elle est devenue, mais la vraie parade doit être la libre circulation encadrée par le visa de circulation. Si l’industrialisation génère les investissements et les emplois qui fixent, ces derniers ont aussi besoin que les richesses circulent; or, les humains sont la première richesse.

Assurément, il existe des dossiers qu’on pourrait croire plus urgents, où l’action de l’OIF, au demeurant, est déjà active, comme la paix et la sécurité dont le besoin est encore plus accru avec les menaces terroristes et la prolifération des organisations criminelles. On le voit bien en République centrafricaine et auprès des États du bassin du lac Tchad et ceux du Sahel ou encore en Libye dont le drame est intimement lié à celui du Sahel. Or, pour que cela soit véritablement efficace, une solidarité sans faille est impérative.

Elle pourrait être l’ambition de l’espace de démocratie. Si l’OIF a bien un rôle à jouer pour une meilleure gouvernance mondiale et de même pour la démographie, il n’est de meilleure maîtrise des naissances que dans l’amélioration de la condition économique et culturelle, à laquelle participe grandement le mouvement qui est de nature à faire que l’actif démographique se transforme en dividendes économiques. Idem pour la gouvernance qui n’a de chance de réussir que dans un espace fluide de libre circulation.

On présente aujourd’hui l’OIF comme voulant être une ONU francophone ; pourquoi pas si cela ne s’accompagne pas de la perte du sens de sa vocation première de défendre la langue de Voltaire et d’être un socle des droits et des libertés. Or, au risque d’être juste une coquille vide onusienne, la francophonie se soucie bien plus d’être un réseau d’influence politique sur la scène internationale qu’un levier pour maximiser la solidarité internationale. C’est au reste de tels réseaux qu’a parlé en premier la nouvelle secrétaire générale, ce qui en dit long sur l’imaginaire travaillant l’institution au détriment des attentes légitimes à la dignité et à la démocratie des peuples qui sont le cœur battant de la francophonie d’origine.

Avec le visa biométrique de circulation à instaurer dans le cadre d’un espace francophone de démocratie, l’OIF apporterait la meilleure négation de ce qu’on lui reproche comme torts. Le maire précité de Québec ne l’a-t-il pas jugée inutile, n’assurant aucune présence en Amérique du Nord, et dénonçant ce qu’elle serait devenue : un «  parti de dignitaires », plus soucieuse des manœuvres politiques que la secrétaire générale sortante n’a pas manqué de vilipender, dans le cadre d’une pratique dispendieuse et futile de manifestations de pompe ?

On dit en Tunisie, qui se prépare au sommet de 2020, qu’il sera un véritable tournant ; mais est-ce suffisant avec les thèmes éculés estampillés projet sociétal et politique en cours en Tunisie, mais limité pour l’essentiel à la dimension économique ? Certes, on a évoqué, pour faire bonne mesure, les thématiques fourre-tout de la démocratie naissante, de la bonne gouvernance, de la liberté d’expression et de l’égalité du genre ; mais présente-t-on des projets concerts ? La Tunisie en a t-elle déjà adopté dans ses lois nationales qui sont encore scélérates dans tous ces domaines ? Il ne suffit pas, comme le fait le ministre des Affaires étrangères, de dire que ce sont des thèmes prioritaires pour la Tunisie pour le devenir ; surtout que cela date depuis 60 ans sans dépasser le stade de la réflexion. Si à soixante ans on n’a rien fait encore, le fera-t-on aujourd’hui en ressortant le sempiternel laïus cousu dans la meilleure langue de bois ?

Le volet essentiel sur lequel planche la diplomatie tunisienne pour le sommet de 2020 est économique, cela est bien moins compromettant, on fait juste mine d’innover en rajoutant le développement et le numérique ; rien de nouveau, en somme sous le soleil ! Ce qui le serait, c’est de faire de tels sujets anciens une nouveauté !

Certes, l’OIF a su, malgré tout, agir pour la démocratie, l’État de droit, le respect des droits de la personne, la dignité humaine ou la liberté d’expression, mais c’est surtout à la surface, en missions d’accompagnement, d’observation et de suivi des élections, par exemple, ce qui pour être un marqueur important de démocratisation ne la concrétise pas, celle-ci étant d’abord dans les lois et les libertés pour les citoyens ; ce qui est généralement négligé. Il est vrai, les conflits ne manquent pas en Afrique, mais sont-ils tous imputables aux acteurs nationaux ? Ne sont-ils pas entretenus, sinon suscités, par des intérêts internationaux, y compris français, comme cela a été le cas en Libye ?

Pour avoir la prétention de dire que la francophonie et la démocratie sont indissociables, surtout avec une secrétaire générale issue d’un pays qui foule aux pieds les valeurs humanistes et démocratiques, l’OIF est condamnée à la performance en matière d’initiative concrète. L’espace de démocratie francophone à créer au sein de la large famille francophone y aiderait dans le prolongement de  la Déclaration de Bamako, adoptée en novembre 2000, donnant lieu à un pacte pour le renforcement de la démocratie et des droits de l’homme dans l’espace francophone.

Ce serait en quelque sorte une concrétisation de ce pacte par le biais de l’outil du visa biométrique de circulation. Et ce sera la meilleure manière de manifester cette force de cohésion et de rassemblement que représente l’espace francophone. Concrètement manifesté par la libre circulation humaine, l’espace de démocratie maximisera les perspectives d’ouverture plus grande au marché, les liens de coopération et de solidarité unissant les États membres, particulièrement dans le contexte actuel marqué par des préoccupations sécuritaires accrues, pour agir collectivement et efficacement face aux défis réels auxquels le monde est confronté, dont notamment le terrorisme, l’extrémisme, l’intolérance, le racisme, la xénophobie et le cercle vicieux de la pauvreté.