Francophonie : le choix de Louise Mushikiwabo, un camouflet pour le Canada

Le Canada, le Québec et le Nouveau Brunswick ont réitéré vivement leur soutien à Michaëlle Jean.

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Francophonie : le choix de Louise Mushikiwabo, un camouflet pour le Canada

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 juillet 2018
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Par Isidore Kwandja Ngembo.

Depuis l’annonce de la candidature de Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et le soutien officiel du président Emmanuel Macron, plusieurs médias ont relevé de nombreuses faiblesses de cette candidature, tant en ce qui a trait à son leadership pour la promotion de la langue française que pour la promotion des valeurs démocratiques prônées par l’organisation.

Une autre faiblesse majeure que les médias n’ont pas mentionnée assez, qui pointe déjà à l’horizon et risque de mettre à mal l’action de la Francophonie, est celle de la mobilisation des ressources financières nécessaires à la planification et à l’exécution de programmes et activités de l’OIF, au moment où la France annonce des coupures drastiques dans le budget de TV5, un opérateur de l’OIF.

Comme on le sait, le financement de la Francophonie est assuré par les contributions statutaires des États, ainsi que par des contributions volontaires, transitant par le Fonds multilatéral unique (FMU) et dédiées aux programmes de coopération de l’OIF, de l’Agence universitaire, de l’Association des maires francophones, de l’Université Senghor d’Alexandrie et de TV5 Afrique.

Depuis près dix ans, Louise Mushikiwabo est ministre des Affaires étrangères du Rwanda et, en tant que telle, siège régulièrement au Conseil des ministres de la Francophonie (CMF), une instance chargée du suivi de l’action politique, diplomatique, économique, de coopération, ainsi que des questions administratives et financières de l’organisation. Et pourtant, son pays a toujours fait preuve d’une certaine nonchalance et de laxisme dans l’acquittement de sa contribution statutaire à l’OIF dans les temps requis, et ce, pendant des années.

Malgré le fait que l’OIF a dû lui accorder une réduction de 50 % et s’entendre sur un calendrier de paiement régulier des sommes dues, le compte du Rwanda est resté en souffrance les années 2015, 2016, 2017 et 2018, pour une modique contribution annuelle de 30 000 euros, pour un pays que l’on considère comme le modèle de réussite économique en Afrique.

Comment Mme Mushikiwabo pourra-t-elle convaincre les États membres d’en faire un peu plus et de s’acquitter à temps de leurs obligations financières envers l’Organisation, alors qu’elle-même n’a pas daigné répondre favorablement aux rappelles de l’OIF à honorer le paiement des arriérés de son pays ?

En fait, le Rwanda de Paul Kagame n’a jamais cru en l’efficacité de cette organisation, pas plus qu’il ne lui a jamais fait confiance. Il est curieux de voir aujourd’hui la même ministre qui, hier avait critiqué les méthodes de la France d’imposer sa volonté au sein de cette organisation, et aujourd’hui se targuer du même soutien de la France pour accéder à la tête de la Francophonie.

Les chefs d’État africains ne sont pas dupes. Hier c’était la BAD, aujourd’hui l’UA, maintenant on convoite la Francophonie, en 2020 ce serait le Commonwealth. La seule motivation qui justifie le désir du Rwanda de prendre la direction de toutes les organisations qui comptent, répond à une logique qui est la tienne : avoir la mainmise de ces organisations pour l’intérêt personnel et national.

La majorité silencieuse francophone croit profondément que Louise Mushikiwabo n’incarne pas les valeurs de la Francophonie et sa désignation serait une grande erreur de casting lourde de conséquences pour l’OIF. Comme disait Christophe Boisbouvier de RFI, ce serait de : « Faire entrer le loup dans la bergerie ». Cette désignation va sérieusement entamer le capital de crédibilité dont l’OIF bénéficiait encore auprès de l’opinion francophone et même internationale, mais surtout contribuerait à long terme à l’affaiblir complètement.

Désignation de Louise Mushikiwabo, un camouflet pour le Canada

Le Canada, le Québec et le Nouveau Brunswick ont réitéré vivement leur soutien à Michaëlle Jean. Et, le Premier ministre du Canada continue d’encourager les chefs d’État et de gouvernement membres à user de leur pouvoir, en reconduisant Mme Jean pour un second mandat à l’OIF. L’échec de la tentative de la faire réélire sera considéré, pas comme un échec personnel de Michaëlle Jean, mais bien comme un sérieux camouflet pour le Canada et sa diplomatie, ce qui ne serait pas sans conséquence.

En effet, le Canada, en tant que l’un des membres fondateurs de l’Agence de coopération culturelle et technique en 1970, devenue par la suite l’OIF en 2005, est un acteur majeur au sein de cette organisation, tant par sa représentation que par sa contribution financière substantielle.

Hormis les contributions volontaires dans les domaines spécifiques tels que l’égalité des sexes, l’insertion économique des jeunes et des femmes dans le marché du travail et la lutte contre le chômage, la contribution statutaire du Canada, avec ses trois provinces membres (Québec, Nouveau Brunswick et Ontario), aux institutions de l’OIF avoisine les 50 millions de dollars, soit plus de 30 % de l’ensemble du budget annuel de l’organisation.

Quand on sait que les gouvernements canadiens membres de l’OIF tiennent beaucoup au respect des valeurs chères aux Canadiens, qui sont prônées autant par la Francophonie, à savoir les libertés publiques, la démocratie, l’État de droit et le respect de la dignité humaine, il est moins sûr qu’ils puissent continuer à verser de l’argent des contribuables canadiens à une organisation qui va fermer les yeux sur les violations des droits de la personne et les comportements antidémocratiques de certains États membres.

Quoi qu’il en soit, si on veut bien d’une Francophonie aussi ambitieuse, dynamique et cohérente avec ses missions légendaires notamment de promouvoir la langue française, l’éducation et les nouvelles technologies en français, ainsi que les valeurs démocratiques, d’une voix forte, il est évident que ce n’est pas avec Louise Mushikiwabo qu’on va réaliser ces objectifs.

Ce qui est sûr, c’est que la Francophonie va, non seulement perdre son âme et sa raison d’être, mais va aussi perdre de son lustre qui la caractérisait, en tant qu’organisation vouée à la promotion des droits humains, de la démocratie et des libertés fondamentales. À moins qu’on veuille lui conférer d’autres mandats qui n’ont rien à voir avec les mandats traditionnels de la Francophonie et qui n’ont pas pour but de promouvoir la langue française et les droits et libertés de la personne.

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  • Etonné de voir en ce moment une flopée d’article sur l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), je me suis dis qu’il y’a une odeur d’élections… et bingo !

    J’estime la prise de position et partisannerie propre à cet article qui n’a rien d’impartial assez malsain. Je me demande ce qu’il y’a de libéral dans les propos tenus par l’auteur de l’article :
    – financement de la Francophonie est assuré par les contributions statutaires des États
    – contributions volontaires, transitant par le Fonds multilatéral unique (FMU) et dédiées aux programmes de coopération de l’OIF
    – son pays a toujours fait preuve d’une certaine nonchalance et de laxisme dans l’acquittement de sa contribution statutaire à l’OIF (obligation de payer ?)
    – convaincre les États membres d’en faire un peu plus et de s’acquitter à temps de leurs obligations financières envers l’Organisation
    Défendre les libertés, d’accord. Que ce soit ponctionné obligatoirement pour financer des gens/ organismes, je vois une forme de ponction qui fait habituellement hurler les lecteurs de Contrepoints.

    Enfin, en faisant une petite recherche avec un filtre sur le nom de la responsable de la francophonie (Michaelle Jean), on tombe sur une flopée d’articles plutôt flatteurs issus d’un seul et même auteur : Isidore Kwandja Ngembo.

    En cherchant le CV de ce dernier, on remarque qu’il était « finaliste du concours international de journalisme sur les enjeux du développement durable «Objectif 2030». Organiser par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en septembre 2015 ». Michaëlle Jean a été élue Secrétaire générale de la Francophonie le 30 novembre 2014, lors du 15e Sommet de la Francophonie.

    Est ce qu’il y a des raisons de croire en des liens et partisanneries pour l’obtention d’un poste juteux qui permet de reverser du pognon de ci de là pour des projets ? Oui. Partant de là, j’estime que cela n’a plus rien à faire sur Contrepoints…

    • Il me semble qu’au contraire, c’est très bien que figurent sur Contrepoints à la fois cet article et votre commentaire.

    • Votre commentaire prouve que vous manquez à la fois de politesse et de tolérance. Et on n’accuse pas un auteur de vénalité parce qu’il critique une décision. Ses arguments sont sérieux! Vous devez être socialiste vu votre manque de civilité!

      • C’est là vos seuls arguments? Tolérance + accusation de socialisme, vous tombez bien bas
        Soyons donc factuels :
        – Je ne critique pas une décision puisqu’elle n’a pas encore été prise au moment de l’écriture de l’article (on ne sait pas encore qui de Michaëlle Jean ou Louise Mushikiwabo va être élu). Fondamentalement, je m’en fiche mais je paye pour un « service » (via mes impôts, ponctions etc.) donc suis en droit de me poser des questions sur les candidats ET sur les article(s) publié(s) sur Contrepoints qui me font douter d’une prise de position libérale.
        – Cet article est un recensement des erreurs de Louise Mushikiwabo voire du pays duquel elle est issue sans qu’il n’y ait de lien prouvé entre la fonction de la personne et celle de son pays (« son pays a toujours fait preuve d’une certaine nonchalance et de laxisme dans l’acquittement de sa contribution statutaire à l’OIF » : en quoi c’est elle qui est personnellement en tort ?). En me renseignant, je vois que Michaëlle Jean ne semble pas être toute propre puisqu’il existe quelques controverses sur sa personne (dépenses de rénovation de son appartement de fonction, reproches sur sa citoyenneté française…). Bizarrement, les fautes de cette dernières ne sont pas soulignées dans les articles de Isidore Kwandja Ngembo (ou alors pour défendre cette dernière alors qu’il utilise des procédés similaires pour entacher la candidature de sa principale opposante, allez voir sur son site : http://isidorekwandja.mondoblog.org)
        – « La majorité silencieuse francophone croit profondément que Louise Mushikiwabo n’incarne pas les valeurs de la Francophonie et sa désignation serait une grande erreur de casting lourde de conséquences pour l’OIF ». Quelle majorité ? Quel silence ? Des données chiffrées ? Et pourquoi donc faire un article à charge si la majorité est de l’avis de garder Michaëlle Jean à son poste ? Des données chiffrées, factuelles, réelles seraient les bienvenues !
        https://www.contrepoints.org/?s=Par+Isidore+Kwandja+Ngembo : 3 articles en l’espace de 3 mois sur le thème de la francophonie, défendant le bilan de Michaëlle Jean Et/ou se montrant en opposition aux positions de ses détracteurs.
        Aucune forme d’impolitesse dans mes propos. Une accusation de partisannerie et d’intérêts personnels de l’auteur, ces articles méritent donc à mes yeux ces commentaires en… Contrepoint !

      • Je n’ai pas été impoli et le fait que je paye des impôts pour financer l’IOF fait que j’estime avoir droit à me renseigner.

        Les formulations des articles de l’auteur (que ce soit sur les 3 articles récents de Contrepoints ou sur son site personnel) incitent à étudier le fondement des attaques faites envers Louise Mushikiwabo. Je ne vois pas en quoi « La majorité silencieuse francophone croit profondément que Louise Mushikiwabo n’incarne pas les valeurs de la Francophonie et sa désignation serait une grande erreur de casting lourde de conséquences pour l’OIF » est fondé : des chiffres? Des informations? des données?

        Enfin, si « majorité silencieuse » il y a, je ne vois pas pourquoi Louise Mushikiwabo ne serait pas élue…

  • la Francophonie a pour but de promouvoir la langue française et les droits et libertés de la personne? on devrait peut être mettre çà en place en France avant d’aller voir ailleurs..Soit dit en passant vu l’exemplarité du modèle français il serait peut être bon que les pays dits « du Sud » s’en affranchissent .

    • Très juste! Avant de donner des leçons au monde entier il vaut mieux donner l’exemple! Or le moins qu’on puisse dire est que démocratie et liberté ne sont pas respectés en France. On a l’impression que la signification du terme « démocratie » est inconnue en France!

  • Macron a décidé que c’était elle, donc se sera elle! Sinon il va se rouler par terre et hurler de rage! il ne supporte pas qu’on le contrarie.

  • Les commentaires sont fermés.

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