Trump protectionniste face aux adversaires… du libre échange

Donald J. Trump at Marriott Marquis NYC September 7th 2016 By: Michael Vadon - CC BY 2.0

Les adversaires de Trump à la table de négociations peuvent bien dire c’est un fou furieux, ignorant des principes économiques de base et que ce qu’il fait n’a aucun sens, il n’en demeure pas moins qu’ils se sont fait rouler dans la farine.

Par Le Minarchiste.

Lors de l’introduction de tarifs sur l’acier, bon nombre d’économistes et de commentateurs politiques se sont empressés de clamer que Trump ne comprend rien au commerce international, et plus particulièrement le concept de déficit commercial. Ils ont peut-être raison, mais cela importe peu.

Trump sait peut-être (ou pas) qu’il n’arrivera pas à ramener des emplois manufacturiers aux États-Unis. Mais s’il y a une chose qu’il accomplit est de faire en sorte que les entreprises œuvrant aux États-Unis construiront leur prochaine usine en sol américain.

Brinkmanship

En négociation, la stratégie utilisée par Trump se nomme brinkmanship et consiste à faire croire que l’on est prêt à causer un désastre mutuel ou à détruire le système s’il le faut plutôt que de céder. L’adversaire pense que son homologue est un fou furieux et qu’il n’entendra jamais raison. Devant l’incertitude face à la possibilité d’une catastrophe économique, l’adversaire est prêt à faire davantage de concession.

Ce fut notamment l’attitude du président Nixon face aux Soviétiques durant la Guerre Froide.

Cette attitude ne fera peut-être pas basculer le gouvernement chinois, mais elle crée une atmosphère d’incertitude qui affectera les décisions des grandes entreprises, sous la pression de leurs actionnaires inquiets. Ainsi, si vous êtes une multinationale qui vend aux États-Unis, vous seriez fou de ne pas construire votre prochaine usine aux États-Unis, car vous risquez d’être affecté par un nouveau tarif ou une nouvelle mesure qui serait désastreuse pour votre entreprise.

Par ailleurs, la réforme fiscale a contribué à favoriser les États-Unis comme destination d’investissement pour les multinationales. Non seulement le taux d’imposition des entreprises est maintenant beaucoup plus bas, alors qu’il était beaucoup plus élevé que les autres pays développés avant la réforme, mais en plus, en permettant la dépréciation des investissements dès la première année, les entreprises peuvent grandement réduire leur facture fiscale. De plus, le passage à un système fiscal territorial fait en sorte qu’il n’y a plus d’avantage fiscal à avoir un siège social, des usines ou sa propriété intellectuelle en dehors des États-Unis.

Donc, la prochaine usine de Ford sera-t-elle à Windsor ou à Détroit ? En 2018 ou 2019, il y a bien plus de chance que ce soit à Détroit qu’en 2015. Sur ce point, c’est mission accomplie pour Trump et sa base électorale, même si aucun bienfait économique n’en découlera pour les américains.

Les faux libre-échangistes…

L’autre avantage de Trump dans les négociations sur le libre-échange est que bien que les Américains aient une « paille dans l’oeil », ayant encore bien des mesures protectionnistes, Trump peut décrier la « poutre dans l’oeil » de ses partenaires commerciaux, car au bout du compte, avant Trump, les États-Unis avaient les tarifs douaniers parmi les plus bas sur la planète.

Donc à chaque fois qu’un partenaire commercial comme le Mexique fait l’apologie du libre-échange et le fustige de vouloir introduire des tarifs, Trump peut lui répondre que si ce pays croit autant au libre-échange, il n’a qu’à diminuer ses tarifs au même niveau que les États-Unis ! Et il a bien raison.

Par exemple, contre le Canada, les négociateurs américains peuvent critiquer le système de gestion de l’offre de lait, qui représente un tarif d’environ 300 % et fait en sorte que les canadiens paient leur lait beaucoup trop cher au profit des producteurs moins efficients.

Ce système est une véritable bombe politique car les producteurs de lait Québécois forment un groupe bien organisé, tandis que les bienfaits d’une libéralisation seraient diffus et relativement petits car une diminution du prix du lait de 20 % n’aurait pas un gros impact sur le budget du ménage moyen.

Ainsi, tout politicien qui s’opposera à cette mesure protectionniste subira les foudres de l’Union des Agriculteurs du Québec et verra ses chances d’élection être anéanties. Parlez-en à Maxime Bernier qui menait dans les sondages pour la chefferie du Parti Conservateur du Canada, et qui s’est fait damer le pion à la dernière minutes par Andrew Sheer qui, contrairement à Bernier, a montré son appui su système de quotas et a donc bénéficié des votes de milliers de producteurs de lait devenus temporairement membres du Parti Conservateur juste pour voter contre Maxime Bernier.

Vous avez bien lu : les producteurs de lait sont prêts à devenir membre d’un parti politique qu’ils n’aiment pas et qui n’est même pas au pouvoir, juste pour s’assurer que le chef de ce parti ne soit pas contre la gestion de l’offre!

À l’élection provinciale du Québec de 2018, les quatre partis ont unanimement soutenu le système de gestion de l’offre !

En passant, j’ai bien ri lorsqu’en entrevue à RDI, le président de l’UDA a affirmé que sans gestion de l’offre, les Québécois ne paieraient pas le lait moins cher ! Alors pourquoi ont-ils besoin de protectionnisme dans ce cas ? Il faut vraiment prendre les citoyens pour des idiots pour dire un tel mensonge sans broncher…

Ainsi, le gouvernement de Justin Trudeau risquait de sacrifier un accord de libre-échange crucial pour le Canada, qui bénéficie à l’ensemble de la population, pour protéger une mesure protectionniste qui ne bénéficie qu’à un petit groupe et coûte cher à l’ensemble des canadiens, et ce simplement parce que ce petit groupe pourrait fortement nuire à ses chances de ré-élection… c’est pathétique. La démocratie clientéliste à son meilleur !

Et pour négocier tout cela contre des hommes d’affaires américains aguerris tels que Wilbur Ross, nous envoyons une journaliste qui ne maîtrise que très peu de notions économiques (je parle ici de Chrystia Freeland).

Des tarifs contre-productifs, et alors ?

En 1960, il fallait 10 travailleurs/heure pour produire une tonne d’acier aux États-Unis. De nos jours, il en faut moins de 2 grâce aux développements technologiques. Ainsi, les Américains produisent autant d’acier avec beaucoup moins de travailleurs. Les tarifs ne changeront rien à cette situation.

Quand les entreprises américaines achètent de l’acier chinois, elles paient avec des dollars américains. Les Chinois utilisent ensuite ces dollars soit pour acheter des exportations américaines, soit pour investir aux États-Unis, ce qui crée des emplois aux États-Unis. Tout déficit commercial est compensé par un surplus d’investissement. Il ne fait donc aucun sens de penser qu’une réduction du déficit commercial favoriserait la création d’emplois aux États-Unis !

De plus, pour réduire le déficit commercial, il faudrait que le gouvernement américain rembourse de la dette. Pour ce faire, il faudrait qu’il engendre des surplus budgétaire, mais la réforme fiscale décrite ci-haut fera diminuer les revenus de l’état et donc augmenter le déficit fiscal! Ainsi, il appert que pour atteindre son objectif de réduire le déficit de la balance commerciale, Trump devrait réduire les dépenses gouvernementales de façon drastique, ce qu’il ne fait pas!

D’autre part, les tarifs font augmenter les coûts de matières premières pour les manufacturiers américains, ce qui les rend moins concurrentiels sur le marché mondial. On se souviendra qu’en 2002, les tarifs de Bush sur l’acier ont détruit des centaines de milliers d’emplois de cette manière. Ainsi, les tarifs sur l’acier auront l’effet inverse de ce que Trump a promis à sa base électorale, c’est-à-dire de ramener des emplois aux États-Unis.

Peut-être que Trump sait tout cela… ou peut-être que non ! Il n’en demeure pas moins qu’il a promis de s’attaquer au protectionnisme chinois et canada-mexicain à sa base électorale et qu’il leur livre la marchandise. Dans ce contexte, rien ne sert de tenter de répondre coup pour coup, car nous savons très bien qui sera le dernier debout, même si passablement amoché. Le plus simple est de lui couper l’herbe sous le pied en abaissant ses mesures protectionnistes avant même que la négociation commence. Trump n’aurait alors eu aucun argument et les consommateurs canadiens paieraient leurs produits moins cher.

Conclusion

Les adversaires de Trump à la table de négociations peuvent bien dire sur toutes les tribunes que c’est un fou furieux, ignorant des principes économiques de base et que ce qu’il fait n’a aucun sens, il n’en demeure pas moins qu’ils se sont fait rouler dans la farine.

Au lieu de tenter d’utiliser la raison pour le convaincre, ce qui est contre-productif face à la stratégie de brinkmanship, ceux-ci auraient dû faire un examen de conscience et réaliser qu’ils sont eux-mêmes encore moins libre-échangistes que les américains.

Si le Canada avait depuis longtemps éliminé le stupide système de gestion de l’offre laitière, les négociateurs américains auraient eu bien peu de levier de négociation, mais ils savaient très bien que pour protéger cette vache sacrée politique, le Canada était prêt à faire d’énormes concessions et ils en ont profité.

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