Trump ne comprend rien au libre-échange

Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

Donald Trump s’oppose au libre-échange, comme l’aile gauche du parti démocrate.

Par Véronique de Rugy, depuis les États-Unis.
Un article de Reason

Malgré plusieurs interviews qui révèlent un profond manque de connaissances de base sur les politiques publiques et l’État, Alexandria Ocasio-Cortez, 28 ans, qui se présente comme socialiste, est la nouvelle coqueluche des médias et de la gauche. Sa victoire surprise à la primaire dans un district fortement démocrate garantit qu’elle remportera un siège au 116e Congrès et de nombreux commentateurs lui prédisent un bel avenir au sein du Parti démocrate. La menace d’une faction d’extrême gauche qui émerge aux États-Unis soulève de nombreuses interrogations préoccupantes. Mais il y a une question qui suscite peu d’attention : qu’est-ce que cela peut présager pour l’avenir du commerce international ?

Trump interprète mal la balance commerciale

L’attitude du président Trump à l’égard du commerce international est maintenant bien connue. Bien qu’il fasse à l’occasion des déclarations superficiellement axées sur le libre-échange – comme son appel au G7 pour supprimer tous les droits de douanes et les subventions – il reste toujours arcbouté sur sa conviction erronée que les interférences des États étrangers sont à l’origine du déficit commercial des États-Unis, qu’il considère aussi à tort comme une preuve que l’Amérique se fait avoir.

Trump a une mauvaise compréhension des causes et de l’importance des déficits commerciaux. En bref, les déficits commerciaux reflètent le fait que les Américains peuvent se permettre d’acheter beaucoup de biens à d’autres pays et que les États-Unis sont une destination attrayante pour les investissements étrangers, ce qui favorise la croissance économique américaine. La dynamique qui a conduit à des déficits commerciaux persistants ne sera pas significativement modérée par son protectionnisme, à moins que ses droits de douane deviennent si onéreux qu’ils appauvrissent considérablement les Américains et qu’ils les empêchent de se payer autant d’importations.

Les méconnaissances de Trump sur les déficits commerciaux sont un problème parce que cela signifie qu’il peut encore élever d’autres barrières douanières même si les autres pays abandonnent les leurs. Après tout, Trump pourrait conclure qu’un monde sans droits de douane n’est pas bon pour l’Amérique si les États-Unis continuent d’enregistrer des déficits commerciaux, même en l’absence de droits de douane à l’étranger.

Comme Bernie Sanders, Donald Trump s’oppose au libre-échange

En ce sens, Trump n’est pas si différent de l’aile gauche du Parti démocrate représentée par Ocasio-Cortez ou son ancien patron, le sénateur Bernie Sanders. Regardez sa position sur le commerce international lors d’une interview accordée à The Intercept :

Nous avons une déstabilisation des pays du monde entier en raison de l’inégalité des richesses qui a été historiquement alimentée par des accords commerciaux mondiaux qui concentrent les gains du commerce dans des sociétés multinationales par opposition aux travailleurs qui créent cette richesse.

À quelques mots près, un passage comme celui-là pourrait passer pour avoir été prononcé par le président Trump. Il blâme les étrangers au lieu des multinationales, mais les deux politiciens sont très critiques à l’égard des accords existants. Et les deux traitent le commerce international comme un jeu à somme nulle : ce que l’un gagne est perdu par l’autre, immanquablement l’Amérique.

La vérité est que même dans des conditions loin d’être parfaites, l’échange volontaire de biens est mutuellement bénéfique. Il a fallu beaucoup de temps et de nombreuses guerres coûteuses avant que soit établi un système mondial permettant aux individus d’acheter et de vendre à travers les frontières politiques sans interférences notables. Et une fois que cela s’est produit, une forte augmentation de la prospérité mondiale a suivi. Idéalement, les barrières qui subsistent aujourd’hui devraient être supprimées, mais le meilleur moyen pour y parvenir est de travailler au sein du système, et non de le démanteler.

Pendant la campagne, Trump a dit de Sanders :

Lui et moi sommes semblables sur le commerce international.

Trump avait raison. Bien qu’ils semblent se trouver aux extrémités opposées de l’échiquier politique, les deux hommes sont des populistes qui croient apparemment que l’État est meilleur que le marché pour gérer l’activité économique.

Le libre-échange trouvera-t-il une attache politique dans l’un ou l’autre grand parti ?

Un tel protectionnisme bipartisan n’est pas nouveau. Le soutien au libre-échange n’a jamais été l’apanage de l’un des deux grands partis. L’ALENA a été approuvé par le Sénat par une courte majorité, avec des niveaux similaires de soutien de la part des républicains et des démocrates, et a été promulgué par Bill Clinton, alors président démocrate. Et si les républicains revendiquent généralement les oripeaux du libre marché – malgré leur confiance légitime dans la supériorité du système américain pendant la guerre froide –, en matière de commerce international, ils soutiennent inexplicablement l’idée que les États étrangers dont l’économie est centralement planifiée peuvent connaître des réussites spectaculaires au point d’enterrer l’économie américaine.

Alors que Sanders a échoué dans sa tentative de mettre la main sur le Parti démocrate, son acolyte gagne en popularité, et beaucoup semblent impatients de la voir consacrée porte-étendard. Malheureusement, cela signifie que les démocrates ne seront pas en mesure de proposer une opposition constructive à la politique commerciale de Trump s’ils s’emparent de l’une ou l’autre chambre du Congrès.

Trump dirige maintenant à la fois le GOP et la nation, et l’attitude des membres républicains à l’égard du commerce international a jusqu’à présent été mesurée pour ne pas gêner l’agenda présidentiel.

Pourtant, des sondages récents révèlent qu’une large majorité des Américains continuent de soutenir le libre-échange. Ces résultats peuvent peut-être fournir aux républicains du Congrès la colonne vertébrale dont ils ont besoin pour réaffirmer leur pouvoir institutionnel sur la politique commerciale. Sinon, où donc les libres-échangistes trouveront-ils une attache politique ?


Traduction de Raphaël Marfaux pour Contrepoints de « Trump and Sanders Both Stand Against Free Trade ».