Interdire Airbnb à Paris pénaliserait les touristes… et les Parisiens

Interdire les locations Airbnb à Paris comme le veut l’élu Ian Brossat risque plus d’organiser la pénurie que de défendre les intérêts des hôteliers locaux.

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Interdire Airbnb à Paris pénaliserait les touristes… et les Parisiens

Publié le 11 septembre 2018
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Par Vesselina Garello.

La mairie de Paris n’a pas de mots assez durs pour la plateforme de locations touristiques Airbnb. Après une assignation en justice en avril, l’adjoint à l’urbanisme appelle aujourd’hui à l’interdiction pure et simple de la location de logements sur Airbnb dans les quatre premiers arrondissements de la capitale.

Ian Brossat estime ainsi que les locations proposées sur la célèbre plateforme sont à l’origine de tensions sur le marché immobilier. L’élu regrette aussi la « professionnalisation » des loueurs et la dénaturation du modèle initial basé sur l’économie collaborative. Qu’en est-il réellement ?

Le modèle collaboratif – une idée lumineuse au service des consommateurs et de l’environnement

Les locations occasionnelles s’inscrivent dans le modèle de l’économie collaborative dont le principe est très simple : il s’agit de mettre à disposition une ressource dont on ne se sert pas, ou pas tout le temps, moyennant paiement. Cette ressource peut être un appartement, une chambre, une voiture, un vélo, une place dans la voiture lors d’un voyage, des vêtements… tous les biens de consommation sont potentiellement concernés.

Bien sûr, l’idée n’a rien de révolutionnaire – chacun de nous pratique spontanément l’économie collaborative avec son entourage proche. L’idée de génie, qui permet d’étendre ce concept à des millions d’individus, est la création de plateformes collaboratives qui permettent la mise en contact des demandeurs et des offreurs potentiels.

Du point de vue des individus directement impliqués, ce modèle est forcément gagnant-gagnant, sinon ils ne s’y engageraient pas. Du point de vue de la société, on peut constater tout d’abord que l’économie collaborative permet une meilleure allocation des ressources. Le fait de vendre la place libre dans ma voiture à quelqu’un lui évite de prendre sa propre voiture pour effectuer le même trajet que moi. Le fait de louer occasionnellement mes vêtements permet d’avoir le même choix en dépensant moins. Au niveau global, la société dépense moins de ressources en consommant « mieux » les produits existants. C’est donc un excellent modèle économique mais aussi écologique, puisqu’il permet d’économiser des ressources tout en maintenant notre niveau de vie.

Les locations proposées par Airbnb font partie de ce modèle car il s’agit, pour la plupart des logements, de résidences secondaires utilisées que quelques semaines ou quelques mois par an par leur propriétaire. La limitation du nombre de locations par an à 120 jours qui a été introduite en 2016 est d’ailleurs la garantie formelle qu’il ne s’agit pas de logements destinés uniquement à la location touristique. Dès lors que les loueurs s’y conforment, il est faux de dire qu’il s’agit d’une professionnalisation.

Les tensions sur le marché de l’immobilier – de vrais problèmes, de fausses solutions

Première destination touristique mondiale, Paris concentre une très forte demande de locations touristiques, ce qui explique le succès des locations Airbnb. En 2017, Paris compte 86 725 offres de logement sur Airbnb, soit une augmentation par rapport à 2016 de 53 %. Rapidement, les logements proposés par Airbnb sont devenus plus nombreux que ceux proposés par les hôtels.

Du point de vue des touristes, le bilan est indéniablement positif – une offre plus abondante est synonyme de prix moins élevés. Pour l’économie locale, c’est aussi davantage de dépenses dans les restaurants, les magasins, les attractions touristiques, les transports, bref, tous ceux qui vivent grâce à ces secteurs qui dépendent fortement du tourisme sont gagnants.

Mais la Mairie déplore le fait que louer plus d’appartements à des touristes soustrait automatiquement ces appartements de l’offre locative. L’adjoint à l’urbanisme estime les appartements concernés à 22 000 (sans qu’on sache vraiment sur quoi est basée cette estimation) et appelle à l’interdiction pure et simple des locations Airbnb dans les arrondissements les plus touristiques.

Ce raisonnement, très radical sur le fond, est basé sur l’hypothèse (dont l’adjoint n’apporte nullement la preuve) que les Parisiens dans leur ensemble préfèrent avoir plusieurs millions de touristes en moins, pour éventuellement bénéficier en contrepartie de 22 000 logements locatifs supplémentaires. J’écris « éventuellement », car il n’est pas certain que les propriétaires de ces logements voudront bien les remettre sur le marché locatif traditionnel ce qui, étant donné les complications administratives propres à ce marché, est loin d’être acquis.

Faisons un calcul très simple sur la base de l’hypothèse de 22 000 logements concernés. Supprimer ces 22 000 logements de l’offre locative Airbnb, à raison de 120 nuitées par an équivaut à se priver de quelque 5 280 000 touristes, en prenant une moyenne de deux personnes par logement. Supposons aussi que chacun de ces touristes dépense 30 € par jour (ce qui est probablement sous-estimé). Nous arrivons à un manque à gagner pour l’économie parisienne de 158 400 000 € par an.

Il n’est pas certain que les Parisiens, dans leur ensemble, préfèrent se passer de cette somme leur revenant sous forme de salaires et de profits contre le privilège de seulement quelques-uns d’entre eux (car il ne s’agit que de 22 000 logements sur les 1.358.884 que compte Paris) d’habiter dans les quartiers les plus touristiques de la ville. Si la Mairie souhaite, pour des raisons diverses, privilégier le parc locatif dans ces quartiers, il serait plus judicieux d’avoir recours aux divers dispositifs  permettant d’accroître l’offre (assouplir les contraintes du marché locatif par exemple), sans passer par une interdiction radicale et se priver ainsi d’une manne financière importante.

L’innovation bouleverse les équilibres établis

Tout modèle économique nouveau bouscule l’ordre établi au détriment de certains acteurs économiques. Il s’agit du fameux principe de destruction créatrice expliqué par Schumpeter. L’économie collaborative implique ainsi des baisses de revenus pour les professionnels des secteurs concernés. Par exemple, les locations Airbnb réduisent l’activité des hôteliers, Blablacar réduit le chiffre d’affaires des transports en commun, Vestiairecollectif rogne les marges des marques de prêt-à-porter. Faut-il pour autant interdire les plateformes collaboratives ? La réponse est évidemment non. L’affaire rappelle le pamphlet de Frédéric Bastiat sur la pétition des fabricants de chandelles qui demandent au gouvernement d’interdire la concurrence déloyale du soleil.

Les chiffres de la fréquentation des hôtels franciliens est en hausse, avec 2,9 millions de touristes de plus en 2017 qu’en 2016. Dans un tel contexte de forte demande, une interdiction des offres Airbnb se traduirait inévitablement par une pénurie ou par une hausse des prix des hôtels et, dans les deux cas, par une réduction du nombre de touristes. Ces statistiques démontrent que la demande potentielle des touristes est suffisamment forte pour assurer des revenus au secteur collaboratif et au secteur hôtelier. Interdire le premier favoriserait le second, le plaçant dans une situation confortable de monopole de l’offre. Au détriment des touristes, mais surtout des Parisiens.

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  • Bien sûr, cela permettra aux bobos parisiens de rester entre soi!
    Et puis je me demande : à qui sinon les hôteliers, cela profite-t-il aussi? ça sent fort le lobbyisme et le capitalisme de connivence.

  • Le premier responsable des tensions sur le marché immobilier (sous entendu privé) est… la mairie de Paris ! C’est en effet elle qui a retiré le plus de logements du marché privé avec sa politique de logement social… Plus de 200000 !

  • c’est la régulation et les taxes sur les hôteliers conventionnels le problème.
    les quels devraient réclamer les mêmes conditions de donner un service.
    si ils ne peuvent pas , il est légitime qu’ils aillent exiger les m^mes règles pour leur concurrents.
    le diable se situe dans l’intention si les hôteliers subissent ou en fait sont connivents…sans doute les deux.

    • Même topo qu’avec Uber. Des entreprises incapables de s’adapter hurlent à la concurrence déloyale et font des pieds et des mains pour sauver leurs rentes. Et l’Etat donne raison à ces lobbies bien mieux armés que même des dizaines de milliers de particuliers. C’est bien du capitalisme de connivence.

      • certes mais de petit joueur, une connivence non contrôlée dont des hôteliers peuvent être victimes.. moi je dirais connerie ; à ce compte là les syndicats et les salariés sont connivents via les règles du code du travail.. qui empêche les chômeurs de les concurrencer..
        le fait est que ceux qui sont en place profitent d’une rente de situation mais connivence de petit niveau..et de différente nature parce que les acteurs n’ont pas un contrôle au contraire d’e la connivence entre une très grosse entreprise et l’etat.

        • je ne place pas toutes les connivences au même plan , j’ai du mal à considérer qu’n type qui décide d’ouvrir un hotel et qui respecte la loi soit au niveau d’un secteur industriel qui frictionne le dos d’un gouvernement et ceux de députés pour obtenir la mise en place du’ne législation qui le favorise..

      • et donc le sujet n’est pas uber mais la réglementation sur le service de transport individuel .et ici le sujet est la réglementation sur le service d’hébergement..

  • Que voulez-vous, ces gens là sont capables de tout, comme de bons socialistes. Même un âne ne ferait pas pire que l’Ânne.

  • Implacable démonstration de Melle Garello (bon sang ne saurait mentir, si je ne me trompe…) Cela dit, Brossat ne raisonne pas si loin. C’est simplement un communiste qui déteste les propriétaires, ceux qui « s’enrichissent en dormant ». Ne lui demandez pas de comprendre quoi que ce soit à l’économie…

  • Les socialo-communistes taxophiles nous démontrent encore une fois leur incompétence crasse en économie doublée de leur jalousie maladive de l’argent des autres et de leur idéologie collectiviste-étatiste qui a fait 100 millions de morts.

  • Et dire que c’est un communiste qui fait la loi dans Paris. C’est quasiment scandaleux que les socialistes copinent avec ce parti d’assassins, et leur offre des postes!

  • Brossat préfère des locataires qui « votent du bon côté » que des Touristes.
    Dans l’esprit des collectivistes, les gens de gauche les locataires de grandes agglomérations sont dans le profil des gens qui votent plus à gauche qu’a droite.
    Il s’en branle, et n’en a rien de rien de rien a foutre du marché du logement.
    C’est juste des électeurs bien gauchistes qu’il souhaite pour que sa gamelle soit bien remplie…

  • Dans la posture de cet adjoint de Mme Hidalgo, on est dans la bonne vieille habitude des communistes, qui se fabriquent des ennemis pour justifier leurs échecs.
    On est à une époque et dans un pays plus civilisé que l’épisode des koulak (ie « les profiteurs ») mais le principe est le même, la rhétorique quasiment la même aussi. Seule la sanction est plus subtile.

  • L’élu regrette la « professionnalisation » des loueurs et la dénaturation du modèle initial basé sur l’économie collaborative.

    Je ne vois pas en quoi l’économie collaborative serait incompatible avec une professionnalisation. Quoi qu’on fasse aujourd’hui, la complexité des activités nous impose de tout faire de manière professionnelle. C’est tout ou rien : soit on ne fait rien, soit, si on fait quelque chose, on le fait de manière professionnelle. L’amateurisme, c’est terminé ; nous sommes tous pro ou rien.

    Le professionnalisme déborde sur nos vies privées que nous gérons comme des auto-entrepreneurs à activités multiples dans le temps et dans l’espace. Mais les suppôts de l’étatisme ne supportent pas que le monde évolue très bien en se passant d’eux.

  • Si on commençait par protéger les propriétaires contre les locataires malhonnêtes, si l’expulsion de ceux qui accumulent les loyers non payés était automatique (le commissaire fait procéder à l’expulsion ou alors il devient redevable du loyer), si la Loi et la « Justice » n’étaient pas complètement orientées vers la protection du locataire supposé « faible » par rapport au propriétaire, il y aurait plus de locations traditionnelles et moins de saisonnières.

  • Uber et Airbnb ont developpe un narche individuel qui palie aux manques de revenu. Interdire la location d appartement sur une base ponctuelle est d’une totale absurdite et montre le poid des lobby de l hotelerie. mais…il y a toujours un mais, que faire de ces multiproprietaires qui pratiquent une concurrence deloyale vis a vis de l hotellerie. Meme si l on n est pas d accord avec la pression exercee au detriment des loueurs occasionnels, avec raison, il faut aussi reussir a gerer les location annuelles de proprietaires qui possedent dans certain cas 1-5-10 appartements, et qui creent malgre tout un probleme de concurrence et qui participent malgre tout a l apauvrissement de l offre locative….

  • Quelle sur-simplification !
    AirBnB pourrit la vie des parisiens qui voient le prix du logement augmenter tous les ans (et ça n’est même plus une question de prix : il n’y a quasiment plus d’offres).

    Quant au fait de perdre des touristes, le parisien que je suis s’en contrefiche. D’autant qu’un locataire longue durée ou un propriétaire va lui aussi dépenser, boostant des emplois peut-être plus durables que les emplois saisonniers et les pièges à touristes…

    Perso, je suis pour un contrôle et une limitation drastique des locations en AirBnB : il ne faudrait pas permettre plus de 30 jours par an. Sinon Paris va continuer à se désertifier pour engraisser des rentiers de l’immobilier. Paris mérite mieux que ça et ses habitants aussi. Il faut lutter contre le Paris-musée et nous réapproprier notre ville…

    • Bonjour,

      Pourriez-vous apporter la preuve qu’AirBnB entraîne l’augmentation du prix du logement à Paris ? Et ceux tous les ans, comme vous le dites.

      En reprenant les chiffres de l’article et de la mairie, les appartements soustraits à l’offre locative sont au nombre de 22 000 sur les 1 358 884 logements, soit 1,61% des logements.

      Comment se pourrait-il qu’à peine 1,61% des logements de Paris entraînent des hausses importantes sur l’ensemble des appartements ?

      Je suis curieux de vous lire 🙂

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