Macron et Mélenchon à Marseille : un simulacre démocratique

L’épisode marseillais a permis au président de la République et à Jean-Luc Mélenchon de révéler beaucoup sur eux-mêmes, sur leur connivence et la manière ironique dont ils appréhendent l’authenticité démocratique.

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Melenchon supporter defacing Macron poster by radiowood(CC BY-NC 2.0)

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Macron et Mélenchon à Marseille : un simulacre démocratique

Publié le 9 septembre 2018
- A +

Par Philippe Bilger.

On a fait un scandale, qui a duré, des propos frauduleusement enregistrés de Laurent Wauquiez devant des étudiants à Lyon, parce qu’ils auraient révélé son insincérité politique.

Une apparente hostilité

Si en France le deux poids deux mesures n’était pas consubstantiel à la République, que ne devrait-on pas dire alors de l’épisode marseillais qui a permis au président de la République et à Jean-Luc Mélenchon de révéler beaucoup sur eux-mêmes, sur leur connivence et la manière ironique dont ils appréhendent l’authenticité démocratique.

Le président de la République se trouve en compagnie d’Angela Merkel qu’il a invitée à Marseille.

Au cours d’une réunion dans l’après-midi, Jean-Luc Mélenchon qualifie Emmanuel Macron de « plus grand xénophobe qu’on ait ».

Dans la soirée, après avoir dîné, le président de la République déambule à Marseille et se livre à son exercice préféré : l’empathie et la proximité à la fois spontanées et maîtrisées.

Jean-Luc Mélenchon, dans un restaurant, sur le Vieux Port, apprend qu’Emmanuel Macron n’est pas loin de lui et invite son équipe à lui organiser un rendez-vous avec le président « comme par hasard ». Les deux équipes s’accordent et la rencontre se fait à la terrasse d’un hôtel. Prétendument fortuite donc mais totalement fabriquée. Avec la complaisance de l’un et de l’autre.

Rencontre fabriquée et décontraction artificielle

Face au président, Jean-Luc Mélenchon définit son attaque virulente de l’après-midi comme une « exagération marseillaise ». Emmanuel Macron éclate de rire et plaisante en affirmant que Jean-Luc Mélenchon « n’a pas pu dire cela ».

À l’issue de l’échange on arrive aux choses sérieuses. Le président qui a reçu la rhubarbe – Jean-Luc Mélenchon s’est rétracté piteusement – lui offre le séné. Jean-Luc Mélenchon n’est pas un ennemi, au contraire il a beaucoup de plaisir à dialoguer avec lui, il le respecte et il est évident que le Rassemblement national est « sans aucun doute » beaucoup plus dangereux que La France Insoumise.

Comment espérer que le citoyen soit enthousiasmé par cette séquence à la fois dérisoire et signifiante ?

D’abord tout est programmé. Le hasard n’existe pas. L’artifice dans un total consensus.

Jean-Luc Mélenchon est une « grande gueule », un bel orateur, il a l’audace du verbe sauf quand il s’agit de maintenir sa charge face au principal intéressé. Un trait de caractère qui en dit long. Il proclame ce qu’il ne pense pas ou est incapable d’assumer ce qu’il pense ? Au choix.

Le badinage du président qui éclate de rire montre comme il a compris que celui qui n’est pas « son ennemi » n’est pas aussi vertébré qu’on pouvait le penser. Sa moquerie en réalité est assez humiliante à l’égard de Jean-Luc Mélenchon. Il a dit n’importe quoi mais ce n’est pas grave ! Jean-Luc Mélenchon est renvoyé dans ses cordes par un président qui ne lui offre même pas le cadeau d’une feinte indignation.

Complicités corporatistes

Enfin leur concorde tactique pour faire du Rassemblement national le pestiféré habituel démontre combien le Président n’a aucun scrupule à pactiser avec une vision européenne qui est aussi éloignée de la sienne que celle du Rassemblement national – les deux se ressemblant d’ailleurs – et à traiter avec un favoritisme choquant quelqu’un qui, en dépit des apparences, est inscrit dans la politique classique et donc infiniment rassurant pour lui.

Ce n’est pas une surprise certes mais il est très éclairant tout de même de constater que les antagonismes politiques sont moins forts que certaines complicités viscérales et corporatistes. Ils s’opposent mais au sein de la même famille. La table n’a pas été renversée, ils sont assis autour, ensemble.

Les millions d’électeurs – encore ! – du Rassemblement national apprécieront cette pantalonnade. C’est ce qu’on nomme un président pour tous les Français !

Je suis certain que cette séquence marseillaise – un comble du simulacre démocratique – détournera encore davantage les citoyens de la politique avec un ancien monde qui réunit, comme larrons en foire, ceux qui avaient prétendu, sur un mode contrasté, le détruire.

J’attache tant d’importance à cette histoire marseillaise parce qu’elle représente tout ce que je déteste.

Dans la vie intellectuelle et politique. Dans la vie tout court.

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  • macron sent bien que la defaite aux europeennes va etre terrible pour son pseudo parti LREM, avec 23% d opinion positive dans les sondages il est encore plus bas que ne pouvait l etre hollande apres la meme duree a la presidence. les francais en ont ras le bol, ceux qui ont vote pour lui attendez des reformes, ils n ont eu que des impots. et ceux qui n ont pas vote pour lui, sont encore plus remontes. l election europenne est le defouloir car il ne porte pas a consequence pour les francais, etant une election a un tour, le RN pourrait tres bien obtenir 35% (les electeurs de lepen se deplacant bien plus que les autres), tres loin devant LFI LR et LREM. les medias et autres institut de sondage essayent de faire croire que LREM sera en tete, mais tout ceci n est que voeux pieux. macron doit trouver des ennemis de complaisance, melechon est parfait. LFI n est qu un parti de godillot qui disparaitra apres melenchon

    • « ceux qui ont voté pour lui attendaient des réformes, ils n’ont eu que des impôts »
      Ceux qui ont voté pour lui n’ont donc pas compris toute ambiguïté du mot « réforme ».

    • ils chialeront pendant la soirée devant les caméras et tout continuera comme avant.

    • @ kelevra
      Non, les « Français », franco-franchouillards, pensent que les élections européennes sont sans importance, c’est évidemment idiot: 40 à 60% de votre législation se vote maintenant à Bruxelles (et parfois à Strasbourg), et c’est ensuite voté par l’Assemblée Nationale et le Sénat, majorité contre opposition, comme d’hab’, puis appliqué ou pas, comme en France!
      Non les Français savent bien que J.L.Mélenchon est une grande gueule qui dramatise, donc vedette à la télé, mais il ne mord pas, donc on s’en fout un peu!
      Jusqu’ici, toute la France a tort!
      J.L.Mélenchon, acoquiné avec les communistes n’est évidemment pas un concurrent crédible pour E.Macron! Il a tenté de se donner de l’importance, tant mieux pour lui! Que restera-t-il de cette « rencontre »? Sans doute pas grand chose qui ne puisse être remis en cause, selon les circonstances!
      E.Macron est à la présidence, J.L.Mélenchon, au micro, comme d’hab’!
      Une tempête dans un verre d’eau! Rien de plus!

  • macron fait du cinéma ; très mauvais acteurs au demeurant , étant donné que de moins en moins de citoyens se laissent avoir par son jeu ; quand à l’empathie du  » président de tout les Français « , laissez moi éclater de rire ……

    • @ véra
      Vous n’aimez pas E.Macron et c’est votre droit. mais vous voyez qui pour le remplacer? En fait, personne! Typiquement français: grande gueule pour critiquer, toute petite pour donner une solution!
      C’est en cela que ce pays est ridicule: une prétention énorme de supériorité basée sur … trois fois rien! Un complexe de supériorité mondiale basé sur pas grand chose et, actuellement, à contre-sens de ce qu’on peut constater!
      Il est quand même bizarre qu’à la tête de l’Union Européenne, on voit autant de gens du benelux (BElgique-NEederland-LUXembourg) et de Scandinavie avec des Allemands, mais les Français avec leur administration, non, trop cher, trop lourd et pas assez efficace! Une grande gueule pour critiquer, mais de petites mains et de petits bras pour construire!

      • Mon cher, le premier ridicule dans cette affaire c’est vous même : le premier à critiquer (ici, les Français dans leur ensemble), mais le dernier à assumer quoi que ce soit. Occupez vous de vos affaires, si celles de la France ne vous concernent pas.

      • présentez vous …vous qui semblez avoir toutes les solutions et la science infuse..et qui vous complaisez dans le dénigrement d’autrui.

      • Euh vous nous sauvez l’honneur : vous n’avez pas écrit petites quéquettes :mrgreen:

        Toute la France a tort ❓ Le tort tue … Votre propos est don criminel ❗
        Que faites vous de ceux qui ne sont pas d’accord ❓ Vous leur marchez dessus, comme dans une belle dictature ❓

  • Un confrontation Macron-Mélanchon…Évidemment une pantalonnade mais, que faut-il en attendre d’autre?
    Chez l’un et chez l’autre, un besoin de satisfaction d’égo surdimensionné… Cela est une évidence!
    Mais, de plus en plus de nos concitoyens sont lassés par l’imposture et la malhonnêteté de nos dirigeants et l’on commence à percevoir un besoin grandissant de démocratie directe et de libéralisme bien pensé.

  • Vous avez raison, M. Bilger. Cet épisode parfaitement convenu et orchestré qui ne doit rien au hasard mais à la connivence n’honore ni l’un ni l’autre des deux larrons. Le ridicule les atteint tous les deux en égale mesure. Je pense que vous devez être bien déçu.

    • +1.
      La connivence entre des hommes de pouvoir ce n’est pas nouveau, mais sous les caméras et les yeux ébaubis des badauds qui trouvent ça beau…j’avoue que…
      …stupéfait je suis d’être ainsi pris pour un con.

      • @ AerosolKid
        Ben hors menace de guerre, un politicien ne fait pas grand chose: parfois il va voter à Paris, souvent pas, majorité contre opposition, sinon il est en représentation, dit quelques mots convenus qui s’envolent puis revient signer des papiers, lus et relus par ceux qui bossent!
        Mais en vacances, ils s’emm…, donc on ne rate pas l’occasion de pinailler avec un autre politicien: ça ne change rien mais ça se discute!

        • En temps de guerre, un politicien n’en fait pas plus puisqu’il envoit d’autres que lui se faire trouer la peau. Faire la guerre, ça demande une grosse paire de couilles et le politicien n’en a jamais eu.

        • Ben hors menace de guerre, un politicien étatiste menace de faire la guerre à l’extérieur. Il la mène discrètement à l’intérieur, et c’est là la clef de sa réélection.

  • Quand s’agit de manger dans la gamelle, il n’y a plus d’opposition.

  • l’un comme l’autre ,la comédie du pouvoir ,jusqu’à quand va durer cette mascarade de com..Quand au Jupiter il est où va rentrer dans l’histoire de la France ,comme celui qui aura atteint le 100%
    du PIB .avec les 2 girouettes des finances ..
    que vont ils trouver comme excuse ,avec un premier ministre de la com D’AREVA ..

  • ‘Macron et Melenchon’,
    ça sonne bien, un peu comme ‘Bouvard et Pécuchet’ ;
    Ils s’entendent comme des larrons, mais n’y connaissent que pouic et ne sont d’accord sur rien…

  • On a toujours parlé du climat. Quand j’étais jeune et c’était y’a plus de 40 ans on entendait déjà: « Y’a plus de saisons! » Même Bobby Lapointe l’avait dit dans une de ses chansons encore bien avant.
    C’était à cause des bombes atomiques …

  • je voudrais bien voir la tronche des sympathisants de la france insoumise, eux qui pensent que leur tribun est un farouche opposant de Macron…s’ils sont raccord avec eux-mêmes ils changeront d’avis.

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