L’industrie allemande est-elle vraiment meilleure que les autres ?

Volkswagen Wolfsburg by Dave Pinter (CC BY-NC-ND 2.0) — Dave Pinter, CC-BY

L’industrie allemande n’est pas forcément la championne des pays développés que l’on d’écrit. Dans des secteurs de pointe, elle est dominée par les USA, ou même le Royaume-Uni.

Par Vladimir Vodarevski.

L’industrie, c’est l’Allemagne ! C’est le leader industriel des pays développés. La part de l’industrie représentait 27,6 % du PIB en 2017, selon les chiffres de la Banque Mondiale. Contre 18 % pour le Royaume-Uni, 19,4 % pour les USA, et 17,3 % pour la France. Dans le domaine de l’industrie, l’Allemagne est donc le modèle à suivre. La France souhaite une politique industrielle qui la rapprocherait des Allemands.

L’automobile est le symbole de l’industrie allemande. Les marques automobiles les plus puissantes sont allemandes. L’industrie automobile allemande exporte dans le monde entier. Elle produit dans le monde entier, mais le site industriel allemand reste puissant. L’industrie automobile allemande est à la pointe du progrès. Ses véhicules sont les plus modernes. L’Allemagne est décrite comme une puissance industrielle, et son symbole est l’automobile.

Les USA en pointe dans l’industrie automobile

Pourtant, l’innovation dans l’industrie automobile n’est pas venue d’Allemagne. Ce n’est pas l’Allemagne qui est à la pointe du progrès dans le secteur de l’automobile. Ce n’est pas l’Allemagne qui a l’entreprise la plus moderne du secteur automobile. Non. Ce sont les USA.

L’entreprise qui mène la révolution automobile, c’est Tesla. On parle bien là de révolution automobile. Tesla, ce n’est pas simplement une voiture électrique. Les Tesla sont des ordinateurs sur quatre roues. Dans le sens où leur conception, et leur fonctionnement, s’inspirent des ordinateurs. C’est ainsi qu’elles reçoivent des mises à jour logicielle, comme votre PC sous Windows ou votre Mac. C’est une rupture technologique. Une technologie disruptive, comme il faut dire aujourd’hui. Ce mode de conception les conduit naturellement vers la voiture autonome, dont se sont emparé les firmes américaines, dont Tesla.

Les USA à la pointe de l’industrie

Il en va de même dans beaucoup de secteurs industriels de pointe : ce n’est pas l’Allemagne qui domine. Mais les USA.

Prenez votre téléphone mobile. La Chine domine la production. Mais il a peut-être une puce Qualcomm. Il fonctionne sous Androïd ou IOS. Le système d’exploitation, c’est un peu comme le moteur d’une voiture : sans lui, ça n’avance pas.

Dans les télécom, un des leaders est Cisco, une entreprise américaine. L’Allemagne est larguée. Pour concevoir des produits, l’industrie peut utiliser des casques sous Windows. Les entreprises américaines sont présentes dans les stades principaux de la conception. Même une société européenne, française en l’occurrence, Dassault Systèmes, spécialiste des logiciels industriels, est obligée de racheter des sociétés américaines pour rester dans la course.

Les USA sont à la pointe de la technologie. Ils sont donc à la pointe de l’industrie, car ils contrôlent des technologies transverses, indispensables à l’industrie, indispensables à la conception industrielle.

Le fétichisme de l’industrie

Beaucoup d’économistes font du fétichisme industriel. Ils se focalisent sur la puissance industrielle de l’Allemagne, caractérisée par la part importante de son industrie dans le PIB. Mais c’est un chiffre qui a peu de signification.

D’abord, il faudrait affiner ces statistiques. Il y a eu un mouvement d’externalisation des fonctions au cours des dernières décennies. Concrètement, si une entreprise industrielle effectue elle-même le nettoyage de ses installations, les salariés affectés au nettoyage sont compris dans le secteur industriel. Si l’entreprise fait appel à une autre société, le personnel affecté au nettoyage fait partie du secteur des services, et la valeur ajoutée de la société de nettoyage aussi.

Il faudrait donc vérifier si en Allemagne les sociétés ne sont pas plus intégrées. Comme il faudrait peut-être réintégrer une partie de la valeur ajoutée de la recherche américaine dans le secteur industriel.

Par ailleurs, la puissance industrielle, c’est aussi être à la pointe de la technologie. Or, les technologies de rupture sont américaines. Nous avons vu l’automobile, les télécoms. Il y a aussi l’espace, secteur dans lequel des milliardaires se sont lancés dans une course pour baisser les coûts de la conquête de l’espace. L’Allemagne est larguée.

La réaction allemande

Il ne s’agit pas d’enterrer l’Allemagne. Son industrie est puissante. Elle réagit à la concurrence. C’est ainsi que des constructeurs automobiles allemands se sont regroupés pour acheter Here, l’application de cartographie de Nokia, concurrente de Google Maps. En effet, la localisation est indispensable pour la voiture autonome.

On peut signaler la société Rocket Internet, qui adapte des concepts de ventes en ligne, souvent américains, à l’Europe. Les entreprises du mittlestand savent s’adapter.

Mais le modèle américain lui permet de rester à la pointe de l’industrie. On peut aussi signaler les champions du Royaume-Uni, qui sont issus du même modèle. Le plus connu est Dyson, qui a conçu un aspirateur sans sac, est passé au sèche-main, et investit dans la voiture électrique aujourd’hui. Mais la technologie la plus répandue est celle d’ARM : quasiment toutes les puces des smartphones sont basées sur une architecture conçue par ARR, qu’elles soient développées par Qualcomm ou par Samsung.

Faut-il imiter le modèle de l’industrie allemande

L’industrie allemande est le modèle à imiter pour la plupart des économistes et commentateurs de l’économie en France. On considère que l’industrie est à l’origine de la croissance, qu’elle crée de bons emplois, et que la force de l’Allemagne réside dans son industrie. Mais rien n’est moins sûr.

Les USA, dont officiellement la part de l’industrie dans le PIB est plus faible que pour l’Allemagne, sont présents dans des secteurs clef et transversaux. On peut dire que leur industrie est puissante. Et, surtout, parce qu’elle est à la pointe du progrès.

Se focaliser sur la part de l’industrie dans le PIB est donc vain. Cette part ne mesure ni la puissance industrielle d’un pays, ni, surtout, sa puissance et son potentiel économique.

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