Pourquoi n’y a-t-il pas d’Apple en France ?

Dans la grande bataille mondiale du leadership technologique, les deux grands blocs qui s’affrontent sont la Chine et les Etats-Unis. Pourquoi la France est-elle absente des débats ?

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Pourquoi n’y a-t-il pas d’Apple en France ?

Publié le 4 août 2018
- A +

Par Erwann Tison.

Jeudi 2 août un peu avant 18h, Apple est devenue la première entreprise privée au monde à dépasser les 1000 Md$ de capitalisation boursière. Un record absolu qui démontre encore une fois la suprématie des entreprises américaines du numérique sur l’économie mondiale (le podium des plus grosses capitalisations étant complété par Amazon et Google) et qui doit nous interroger sur l’absence de réponse française.

Apple, entreprise fondée en 1976 est devenue une référence en révolutionnant le marché des télécoms. Lorsqu’en 2007 elle lance l’iPhone, elle révolutionne par la même occasion la téléphonie, mais également notre façon d’écouter de la musique ou de photographier notre environnement.

Depuis, Apple a vendu plus d’un milliard de ses appareils, grâce à deux facteurs : l’adoption d’un placement marketing de luxe pour ses produits et le développement d’une interface fermée permettant à la marque de conserver les consommateurs sur tous ses périphériques informatiques, la rendant ainsi incontournable. Mais, là où Apple a pu tirer son épingle du jeu, c’est en adoptant une stratégie du renouvellement perpétuel, sortant un nouvel appareil chaque année, qui vient révolutionner et rendre obsolète ses prédécesseurs.

C’est parce que la France n’a pas pu adopter cet esprit de renouvellement qu’elle ne dispose pas d’entreprises comparable.

La France en dernière division

Jusque dans les années 90, la France était un des leaders mondiaux du secteur des télécoms. 20 ans plus tard, nous sommes relégués en dernière division, étant totalement dépourvus de constructeurs sérieux sur la scène internationale. Pour quelle raison ? Principalement à cause d’un manque de stratégie de long terme. En 1994, Édouard Balladur commande un rapport sur les « autoroutes de l’information » à Gérard Théry, créateur du Minitel. Celui-ci conclut qu’Internet n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux et ne représente qu’un douzième du potentiel du Minitel. Celui-ci conclut que

le mode de fonctionnement coopératif d’internet n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux. Le chiffre d’affaires mondial sur les services qu’il engendre ne correspond qu’au douzième de celui du Minitel. Les limites d’Internet démontrent ainsi qu’il ne saurait, dans le long terme, constituer à lui tout seul, le réseau d’autoroutes mondial.

Le choix est alors fait de continuer à investir sur la technologie maison, laissant ainsi la France regarder passer la révolution internet. La suite on la connait, aucune de nos entreprises n’est aujourd’hui en mesure de rivaliser avec les géants en place.

Dans la grande bataille mondiale du leadership technologique, les deux grands blocs qui s’affrontent sont la Chine et les États-Unis. Les BATX et les GAFA se déploient sur tous les marchés possibles en développant de nombreux services plurisectoriels pour se rendre indispensables et omniprésents auprès du public. Dans cette bataille, la France est totalement absente des débats, Whaller, OVH ou Qwant ne pouvant rivaliser sérieusement (pour le moment ?) avec Facebook, Google et Microsoft. Pourtant c’est dans notre pays que sont formés les meilleurs ingénieurs et mathématiciens que s’arrachent les grandes firmes mondiales du numérique.

Le décrochage français est dû à 4 causes simples :

  • Les salaires offerts à nos chercheurs et enseignants dans le secteur public sont bien trop faibles. Quand l’État offre à peine 2000 € par mois à un chercheur CNRS, les startups californiennes sont prêtes à proposer 500 fois plus.
  • La politique fiscale française est l’une des plus lourdes au niveau mondial. L’imposition pesant sur les entreprises et les ménages alourdit les incitations à l’investissement en France et à l’émergence de business angels
  • La politique publique d’innovation est trop faible. Aux États-Unis par exemple, la plupart des innovations des GAFA sont issues de la recherche publique. L’État se situe en amont du processus d’innovation et de recherche fondamentale, laissant ensuite les entreprises privées se charger de la recherche appliquée.
  • La France et ses 66 millions d’habitants sont trop petits pour espérer s’attaquer aux géants en place. Malgré ce que nous dictent notre ethnocentrisme et notre orgueil national, l’échelon le plus pertinent pour lutter ne peut être que celui de l’Union Européenne.

Retrouver le goût du risque

La France dispose néanmoins de quelques pépites dans des domaines émergents. C’est le cas du véhicule autonome, où des entreprises comme Navya et Easymile ont développé des navettes sans chauffeur qui forcent l’admiration au niveau mondial. Mais la réglementation actuelle empêche ces véhicules de circuler. Un frein important au développement de notre potentiel technologique qui n’a pas échappé aux Chinois et aux Américains, qui ont largement assoupli leur législation et qui par l’intermédiaire de Baidu, Google et Tesla, se mettent en marche pour conquérir les marchés mondiaux.

Pour devenir une place forte de l’économie numérique, la France doit retrouver son goût du risque et son esprit entrepreneurial. Assouplir sa législation et alléger sa fiscalité pour inciter à l’innovation est une condition indispensable au début d’un rattrapage économique et technologique. Sinon, nous serons condamnés à continuer de nous gargariser d’avoir été les inventeurs du Minitel sans avoir pu développer une nouvelle innovation disruptive depuis.

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  • Nous n’avons pas Apple en France.
    Certes.
    Mais nous avons l’ENA avec ses cerveaux développés que personne ne veut nous prendre.
    Cherchez l’erreur.

  • Mon premier traitement de texte; Olivetti, Italie, disparu.
    Mon premier computer; Nixdorf, Allemagne, une ombre.
    Mon premier texto, Minitel, France, je suis Suisse, quand j’ai vu ca je suis tombe par terre, disparu.
    Effectivement, on a un probleme en Europe.

  • Je crois qu’il y a beaucoup d’absence en France et beaucoup d’absents surtout dans les services publics. Mais il nous reste une grande prétention internationale domaine de prédilection de la France tout comme dans ls taxes et prélèvements divers. Et depuis peu l’escroquerie généralisée au plus haut de l’Etat et ce sans honte même sous serment !

  • Nous en France, on est surtout doué pour faire cailler le lait et le transformer en fromage.
    Pour le reste, notre arrogance nous joue des tours : le minitel n’est qu’un exemple parmi d’autres. Le pays des droits de l’homme se croit investi d’une telle mission divine qu’il veut pour tout et n’importe quoi la ramener pour faire mieux que les autres. L’Europe impose la fin du glyphosate sous 5 ans. Insuffisant, on veut trois ans ! Les plus gros constructeurs se lancent dans l’hybridation de leurs véhicules ? Petits joueurs ! Nous, ce sera l’electrification, tout de suite ! L’industrie mondiale hésite t-elle sur une nouvelle norme, un nouveau standard parmi les nombreux existants ? On a la réponse : le meilleur choix est le choix français !
    Nos industries ont besoin de capitaux pour se developper ? Ouais, mais on nous l’a fait pas ! Nos banques ne sont pas naïves. Ok pour financer le crédit auto de Mme Michu, mais pas le prochain Google ! Eh oh, il y a pas marqué « pigeon » !

  • D’après les chiffres tombes hier, les marques de smartphone chinoise , représentent 54% du marche mondial, et ils grignotent points après points.

    Meme les GAFA sont font tailler des croupières par les BATX. Wechat en Chine, on fait tout avec, y’a plus personne qui utilise l’email, on paye le bus, le metro, n’importe quels commerçants, vous pouvez envoyer de l’argent a n’importe qui en face de vous, gratuitement et immédiatement 24/24.
    Et la Chine en interdisant google facedebouk, twitter et autres développe ses propre réseaux.
    Quand a Apple, il a été le pionner, mais il va descendre de son pied d’estale, car il a aucunes usines de fabrication en propre.

    • « il va descendre de son pied d’estale »

      Estale qui comme sa sœur Berthe chaussait du 46.

    • euh plus personne n’utilise l’email??? en Chine,, mais je ne le crois pas du tout!! je suis sinologue.

      • bel argument d’autorité !
        Blague à part, je suppose que l’auteur du commentaire précédent ne parlait pas du contexte professionnel mais plutôt du domaine privé.
        Étant marié à une chinoise je peux vous garantir que la communication avec sa famille ne passe que par un seul canal, et ce n’est pas l’e-mail.

  • Une innovation se reconnait à ce qu’elle change les esprits et modifie notre comportement.

    Mais si on ne peut semer et surtout faire fructifier des idées nouvelles dans un terreau qui n’est pas préparé à les accueillir, il ne reste plus qu’à importer des fruits mûrs et à les taxer au passage pour se donner l’illusion d’avoir son mot à dire…

  • Votre article :  » Pourquoi n’y a-t-il pas d’Apple en France ?  »
    Ma proposition de réponse : https://reseauinternational.net/quest-ce-que-le-rsi-deux-catastrophes-trois-problemes-une-solution/
    Avec 4.187.132 entreprises taxées à 62,2 % , et qui de surcroît utilisent des ordinateurs modèle Napoléon III , faut pas s’étonner !

  • France trop petite ? C’est inepte. Voyez la suisse ou la corée du Sud ( Samsung quand même !). La taille n’y est pour rien, alors si c’est pour nous rebassiner avec une théorie « européiste », c’est mal venu.

  • On le sait tous, étatisme, peuple timoré, banques radines. Toute start-up qui veut se développer part aux USA lever des fonds. On n’ose pas prendre des risques et donc on perd.

    • Ailleurs aussi on perd souvent. Le problème est que comme on gagne rarement, il faut de gros gains pour équilibrer les nombreuses petites pertes. Et si les gros gains sont mal vus et surtaxés, on n’équilibrera jamais…

  • Nous n’avons pas Apple mais, en plus de l’ENA, il y a Thomson et son TO7 !
    Dans les années 70/80, il y avait de l’informatique en France (Télémécanique et SEMS/CIMSA, par exemple). Regroupés chez Bull les gammes (mini informatique) ont été poubellisées au profit de matériel étasunien…

    • Thomson qui a revendu son activité « téléviseurs » à TCL (chinois), de même qu’Alcatel pour la fabrication de téléphones mobiles (même acheteur)…

  • « La politique publique d’innovation est trop faible. Aux États-Unis par exemple, la plupart des innovations des GAFA sont issues de la recherche publique. L’État se situe en amont du processus d’innovation et de recherche fondamentale, laissant ensuite les entreprises privées se charger de la recherche appliquée. »


    L’article était très prometteur, mais ce passage a tout gâché. Il n’y a pas besoin de « politique publique d’innovation. » Tout ça c’est du bidon. Dire qu’on a besoin de « recherche publique » c’est comme prétendre qu’on aurait jamais été capable d’aller sur la lune si Eisenhower ou Kennedy ou autre politicard/bureaucrate n’avait pas pillé le contribuable pour financer tout ça.

    Certes, si on avait laissé le secteur privé gérer tout ça on ne serait peut-être pas aller sur la lune aussi tôt, mais il y aurait eu beaucoup moins de gaspillage, donc on y serait allé pour beaucoup moins cher.

    Avec les politicards aux commandes, on obtient rarement ce qu’on veut, et quand par miracle on obtient ce qu’on veut, le coût auquel on l’obtient est beaucoup plus elevé que le coût auquel on l’aurait obtenu avec le secteur privé aux commandes.

    • J’ai aussi tiqué sur la même phrase bizarre.
      La recherche fondamentale ne coûte pas cher, juste le salaire d’une tête bien faite.
      Et aux Etats-Unis elle est en général faite dans des universités privées autonomes qui s’autofinancent sans fonds publics.
      Je trouve au contraire que la recherche publique est trop puissante et contraignante en France, farcie de comités en tous genres qui servent surtout à brider les idées nouvelles et originales qui sont par définition dérangeantes pour les gourous en place. Résultat, on a toujours un métro de retard, et les trouvailles refusées chez nous sont très bien accueillies ailleurs.

  • Intéressant, mais plusieurs erreurs.
    1. Le salaire d’un chercheur du CNRS n’est pas de 2000 euros, mais de 3000 avec une fin de carrière à 5300 euros. Il est mal payé, certes, mais, une fois élu, peut très bien ne plus rien faire, l’évaluation au CNRS étant déclarative et non susceptible de sanctions. C’est valable pour toutes les disciplines du Centre. Les chercheurs à San Francisco sont loin de tous gagner 1 millions d’euros/mois, comme vous l’écrivez. L’arbre ne doit pas cacher la forêt, l’argument est démagogique.
    2. L’Etat serait responsable du marasme numérique car il n’interviendrait pas assez. C’est peu dire qu’il est souvent intervenu dans le passé et que les résultats se sont avérés catastrophiques (plan calcul, Bull, Minitel, etc.). En fait d’Etat, c’est l’armée américaine qui, pour ses propres besoins, a développé le secteur informatique. Merci, en France, de tenir l’Etat à l’écart du secteur, ne serait-ce que par égard pour les contribuables qui ont déjà assez payés.
    3. La France n’a pas développé d’Apple ou de Google, mais observons que ni l’Allemagne, ni la GB ne l’ont fait non plus. C’est probablement parce que l’Etat, dans notre sphère occidentale, en fait beaucoup, souvent mal et qu’il dépense « un max de pognon » dans du palliatif d’entreprises pilotées par des malins qui savent trouver le pigeon, généralement un fonctionnaire de la haute fonction publique, qui se fait toujours couillonner. Mais lui est également non sanctionnable et pendant un temps, il peut jouir du spectacle de ses courtisans.
    4. Enfin, et ça n’est pas un Français qui écrit ces lignes, tout « projet européen » porté par une autorité française est immédiatement décodée comme un projet devant être piloté par des Français. Vous évoquez « l’arrogance » française. Sachez qu’elle est très bien perçue par tous les étrangers qui se voient proposer des alliances, des fonds communs, etc avec la France, et qu’ils s’en méfient comme de la peste. Observez la position allemande, bien avant l’affaiblissement de Merkel. Le mot d’ordre est clairement: tenir les Français à distance, les laisser parler, faire le moins possible avec eux. Seuls les énarques s’imaginent faire une grosse impression sur les pays voisins de la France.

  • « là où Apple a pu tirer son épingle du jeu, c’est en adoptant une stratégie du renouvellement perpétuel, sortant un nouvel appareil chaque année, qui vient révolutionner et rendre obsolètes ses prédécesseurs. C’est parce que la France n’a pas pu adopter cet esprit de renouvellement qu’elle ne dispose pas d’entreprises comparable. »

    Faux. Ce qui fait le succès d’Apple, c’est que sa stratégie de renouvellement est vertueuse : les nouveaux modèles apportent un progrès appréciables pour ceux qui peuvent se les offrir, mais ils ne spolient pas pour autant ceux qui diffèrent le renouvellement car ils ne périment pas les anciens modèles dont la fiabilité dans le temps inspire confiance, gratitude admiration et fidélité envers la marque.

    Pourquoi il n’y a pas d’Apple en France? Parce que nous sommes la proie de pouvoirs malhonnêtes qui empêchent les entreprises vertueuses de prospérer. Il y a une morale au succès d’Apple. C’est la récompense d’une conception économique du luxe.

    Pour paraphraser l’adage : pourquoi j’achète Apple plutôt qu’un produit moins cher? Parce que je n’ai pas les moyens d’acheter un produit bon marché.

    En d’autres termes, la stratégie d’Apple est plus intelligente que la stratégie grossière véhiculée par les petits Français genre Sarkozy quand il exhortait les entreprises à fabriquer de la camelote à bas prix pour faire de la marge sur un renouvellement incessant.

    A stratégie commerciale minable, résultats économiques minables. Les Français sont parfaitement capables de proposer des produits à succès comme Apple à condition qu’ils se débarrassent des parasites étatistes et mafieux qui tirent la France vers le bas en ruinant les efforts des entreprises vertueuses.

    • En espérant qu’Apple se cantonne à quelques téléphones et 2-3 micros.
      Parce que si Apple vendait des voitures, on ne pourrait les utiliser que sur des routes Apple avec de l’essence Apple…

  • Les commentaires sont fermés.

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