Homéopathie : le faux médicament remboursé par la Sécu

La reconnaissance de l’homéopathie par les pouvoirs publics est un très bon exemple de l’inconsistance de l’État providence, où les monopoles publics dépendent du bon vouloir du législateur comme des groupes de pression.

Par Arnaud Demion. 

L’homéopathie, fondée par Samuel Hahnemann en 1810 sur des bases pseudo-scientifiques, subsiste de nos jours et tient même une très bonne place dans certains pays face à la médecine. Elle est très appréciée des Français, plus d’un tiers en sont consommateurs réguliers (chiffre en hausse) et ils sont 77 % à lui faire confiance selon une enquête Ipsos réalisée pour les laboratoires Boiron. La France est ainsi le plus gros consommateur au monde d’homéopathie en total des ventes et per capita.

Une initiative qui tombe sous le sens

Cela pourrait pourtant changer car son remboursement à hauteur de 30 % par la Sécurité sociale est remis en cause par le ministère de la Santé qui a saisi la Haute Autorité de Santé (HAS) afin d’en évaluer l’efficacité. Le verdict devrait être rendu en février prochain et la France pourrait donc rejoindre d’autres pays dans le déremboursement de l’homéopathie, emboîtant le pas au Royaume-Uni.

On peut applaudir cette initiative d’évaluation qui tombe sous le sens, mais on est en droit de se demander comment des produits dont l’efficacité n’est pas prouvée se sont retrouvés dans la catégorie des médicaments remboursés. Et comment se fait-il que cela arrive si tardivement alors que la littérature scientifique regorge d’études et méta-études démontrant leur inefficacité au-delà de l’effet Placebo ?

On pourrait même parler d’hypocrisie puisque les produits homéopathiques bénéficient, sous prétexte de tradition, d’une dispense de dossier d’autorisation de mise sur le marché et peuvent être vendus sans que soient effectués les essais toxicologiques, pharmacologiques et cliniques obligatoires pour tout médicament. De fait, le législateur considère que l’homéopathie n’est pas un médicament, mais celle-ci est pourtant remboursée comme tel.

La reconnaissance de l’homéopathie par les pouvoirs publics est un très bon exemple de l’inconsistance des instances d’un État providence, où les monopoles publics dépendent du bon vouloir du législateur ainsi que de la puissance des groupes de pression. Ainsi, l’homéopathie est remboursée dès 1945, et, sous la pression des pharmaciens homéopathes et du Syndicat des médecins homéopathes, elle est reconnue et officialisée sous sa formalisation hahnemanienne (dilution en CH et «dynamisation») par arrêté ministériel en 1948. Les préparations homéopathiques sont ensuite inscrites dans l’édition de 1965 de La Pharmacopée française, ouvrage pharmaceutique de référence. Ainsi, l’homéopathie a acquis par voie légale et non scientifique la crédibilité d’un médicament.

Des cotisations sociales gaspillées

Il reste à savoir pourquoi le contribuable ne s’est pas offusqué de façon plus virulente à ce que ses cotisations sociales soient gaspillées dans le remboursement de produits inefficaces. Frédéric Bastiat nous donne un élément de réponse dans son Traité d’économie politique, avec un texte prémonitoire sur la nationalisation des mutuelles ouvrières et la perte de responsabilité individuelle qui en découlerait :

Mais, je le demande, que sera devenue la moralité de l’institution quand sa caisse sera alimentée par l’impôt ; quand nul, si ce n’est quelque bureaucrate, n’aura intérêt à défendre le fonds commun ; quand chacun, au lieu de se faire un devoir de prévenir les abus, se fera un plaisir de les favoriser ; quand aura cessé toute surveillance mutuelle, et que feindre une maladie ne sera autre chose que jouer un bon tour au gouvernement ?

Aujourd’hui la théorie des choix publics nous donne des analyses plus fines de ces phénomènes, et montre que les coalitions économes (ici l’ensemble des cotisants) perdent toujours contre les coalitions dépensières (ici les praticiens de l’homéopathie et leurs clients) car il en coûte davantage aux premiers de s’assembler en groupe de pression que ce qu’ils peuvent perdre en impôts ou cotisations supplémentaires, voire en libertés.

En comparant ce possible déremboursement avec celui des médicaments prescrits dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, on peut comprendre que le fonctionnement de la Sécurité sociale interloque. Tantôt obscurantiste en remboursant des produits issus de la pseudo-science, tantôt positiviste lorsque la politique de remboursement s’appuie sur la science.

Si le second cas est infiniment préférable puisqu’il limite l’arbitraire et fait la part belle à la raison, le problème principal reste le monopole public, qui soumet le citoyen-consommateur-contribuable aux aléas des modes et traditions, ainsi qu’aux choix des hommes de l’État qui peuvent être purement idéologiques et clientélistes. Il est déjà difficilement justifiable que chaque citoyen français soit obligé de souscrire à un service monopolistique, alors que penser d’un service monopolistique obligatoire qui rembourse de la poudre de perlimpinpin ?