Pseudo-sciences, alter-sciences et sciences parallèles

Science Fiction By: Dave Parker - CC BY 2.0

Protéger la science des interférences idéologiques mériterait de faire partie du débat des prochaines élections.

Par Marcel Kuntz.
Un article de Trop Libre

Pseudo-sciences, alter-sciences et sciences parallèles
Science Fiction By: Dave ParkerCC BY 2.0

Parmi les conclusions du Conseil européen de Lisbonne en mars 2000 on pouvait lire que « l’Union européenne se trouve face à un formidable bouleversement induit par la mondialisation et par les défis inhérents à une nouvelle économie fondée sur la connaissance ». L’objectif stratégique se voulait « clair » et le programme « ambitieux » « en vue de mettre en place les infrastructures nécessaires à la diffusion des connaissances, de renforcer l’innovation, … ». Je n’ai pas l’ambition de commenter les réussites et les échecs de ce programme, mais simplement de souligner que, plus de 16 ans après, la place de la science s’est considérablement réduite dans cette « société de la connaissance ».

Le terme « science » ne figurait d’ailleurs pas dans les conclusions de Lisbonne. Il s’agissait de « créer un espace européen de la recherche et de l’innovation ».« La recherche et le développement [étant sensés jouer) un rôle important dans la croissance économique, la création d’emplois et la cohésion sociale ». Je laisse à plus compétent que moi le soin de conclure si ces objectifs ont été atteints… Revenons à un point fondamental pour moi : la connaissance scientifique et son partage.

Dégradation de l’information scientifique

Comme beaucoup de mes collègues chercheurs, j’observe depuis quelques années la dégradation du niveau de l’information scientifique, ouvrant ainsi grand le marché de l’information aux fausses sciences. Pour comprendre ce phénomène, je propose cette classification des espèces de fausses sciences. Au bas de l’échelle, on trouve les pseudo-sciences classiques, astrologie, paranormal, médecines non-scientifiques, etc., appréciées par une communauté ancienne de croyants…

Une deuxième catégorie est ce qu’Alexandre Moatti a nommé les «altersciences» : des individus qui ont reçu une formation scientifique peuvent à un moment donné promouvoir des théories alternatives fumeuses. Seul contre le reste du monde scientifique, l’alterscientifique prétendra qu’il a raison et cherchera la reconnaissance dans les médias. Moatti a montré que le phénomène existe depuis des siècles. Aujourd’hui grâce à internet, l’alterscientifique peut accéder à la célébrité mondiale. Les exemples ne manquent pas en France : activismes anti-vaccin, anti-pesticide, anti-OGM, et autres «prêcheurs d’apocalypse».

Une troisième catégorie, la « science » parallèle, est encore plus dangereuse. Elle sert souvent un projet politique. Quand les résultats de la science contredisent les a priori d’un projet politique, ses tenants peuvent être tentés de créer leur propre « science » pour conforter leurs vues. Les lobbies de l’écologie politique, avec l’aide d’alterscientifiques et d’« experts » auto-proclamés, sont des récidivistes de la « science » parallèle.   Celle-ci a ses « Centres de recherche et d’information (faussement) indépendants », ses journaux « scientifiques » (créer un journal sans rigueur scientifique est aujourd’hui facile sur internet) et même, de plus en plus, ses publications hétérodoxes dans des vraies revues scientifiques. Ces allégations, même rejetées par le monde scientifique,  ont droit à une large publicité sur internet et autres médias.

Noyautage idéologique des institutions scientifiques

Les institutions scientifiques, qui devraient être des références crédibles pour la connaissance scientifique, sont aujourd’hui en danger de noyautage idéologique. Ainsi, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’Organisation Mondiale de la Santé, est dans la tourmente suite à son classement de l’herbicide glyphosate en « probablement cancérogène ». En effet, le caractère cancérogène du glyphosate en conditions réelles a été réfuté à ce jour par toutes les autres autorités scientifiques qui ont examiné le dossier. Des soupçons de partialité pèsent sur un rédacteur du rapport et sur d’autres officiels du CIRC. La Commission de surveillance de l’action gouvernementale de la Chambre des Représentants des États-Unis (House Oversight Committee) présidée par Jason Chaffetz veut savoir si l’argent du contribuable pour financer le CIRC a été utilisé à bon escient. Le CIRC étant basé à Lyon, un Parlementaire français se posera-t-il la même question ?

Les décideurs politiques mesurent-ils à quel point leur recul sur des dossiers comme celui des OGM a été néfaste pour la place de la science ? Aujourd’hui publier sur l’évaluation des OGM va vous attirer nombre de désagréments : accusations d’« être vendu aux industriels » et autres tentatives d’intimidation, ou encore n’avoir d’autre choix que de quitter un laboratoire du CNRS… ou voir votre promotion bloquée dans une Grande Ecole d’Agronomie… La Conseillère scientifique de la Commission européenne, Anne Glover, a elle été évincée en 2014 à la demande d’organisations de l’écologie politique, suite à ses déclarations positives sur les OGM.

Protéger la science des interférences idéologiques mériterait de faire partie du débat des prochaines élections.

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