Halte au populisme homéopathique !

médication (Crédits : Gatis Gribusts, licence Creative Commons)

Les pouvoirs publics n’ont pas à soutenir les produits comme l’homéopathie qui n’ont pas fait leurs preuves en tant que médicaments.

Par Richard Guedon.

Samedi dernier, en Italie, un enfant de 7 ans est mort d’une otite aggravée, après avoir été traité pendant 15 jours par un médecin avec des médicaments exclusivement homéopathiques. Une prise en charge médicale ordinaire et un traitement antibiotique bien conduit auraient probablement guéri cet enfant sans séquelles.

Comment un tel fait divers est-il encore possible à notre époque, alors que la conduite à tenir devant une otalgie, très fréquente chez l’enfant, est parfaitement codifiée, et connue de tous les médecins ?

Dans de nombreux pays, des études rigoureuses ont montré en effet qu’elle disparaît 9 fois sur 10 en 48 heures sans antibiotiques ; 1 fois sur 10, la douleur se prolonge après 48 heures, il y a de la fièvre, l’examen du tympan montre des signes d’otite persistants, il faut alors traiter avec un antibiotique bien choisi pour éviter l’extension de l’infection, potentiellement grave.

Si le médecin explique clairement cet algorithme aux parents, tout se passe bien, la plupart du temps sans antibiotiques.

Le vaste terrain de jeu des traitements non rationnels

On voit très bien dans cet exemple le vaste « terrain de jeu » dégagé pour les traitements non rationnels. Puisque, dans l’immense majorité des cas, une otalgie guérit spontanément, n’importe quel pseudo traitement utilisé dans ces 48 premières heures sera crédité d’une efficacité indiscutable par les patients, leurs proches et par les prescripteurs, qu’ils soient médecins, pharmaciens, ou autres thérapeutes auto proclamés, notamment, de plus en plus, des naturopathes, dont on voit fleurir les plaques dans nos villes.

Dans la chaîne des responsabilités aboutissant à un tel drame, parfaitement évitable, qui doit-on donc incriminer ?

L’enfant, lui, était absolument innocent.

Ses parents ont consulté un médecin diplômé, auquel ils ont fait confiance, qui a prescrit à leur enfant un médicament homéopathique connu, reconnu et peut-être remboursé, et leur responsabilité parait inexistante.

Une erreur grave

Le médecin, si les choses se sont passées comme la presse le rapporte, a commis une erreur grave et il est pleinement responsable.

Mais, pour sa défense, il pourra alléguer qu’il a utilisé un médicament fabriqué par un laboratoire a forte notoriété, autorisé par les responsables de la santé publique et remboursé à 30% par l’assurance maladie française, en vente dans toutes les pharmacies et portant la mention qu’il peut être utilisé pour le traitement des otites, pneumonies et autres infections graves. Peut-être aussi se défendra-t-il en montrant son diplôme de formation complémentaire en homéopathie obtenu dans une université officielle.

Les fabricants de ces médicaments homéopathiques sont-ils responsables ? D’une certaine façon, ils le sont car ils savent très bien que leurs petites pilules ne contiennent aucun principe actif, puisqu’ils sont dilués presque à l’infini, et qu’en outre, ils n’ont jamais pu en démontrer l’efficacité, malgré toutes les tentatives.

Explications lénifiantes

A contrario, ils pourront se défendre en expliquant qu’ils répondent à l’engouement du public pour des médicaments doux, naturels, avec des produits qui, s’ils ne sont pas réellement actifs, peuvent déclencher un effet placebo, sans risque et pour pas cher.

Ils expliqueront aussi que, si leurs produits ne sont pas utilisés, ce sont d’autres médicaments qui le seront, possiblement plus toxiques, plus chers et peut-être … étrangers, puisque, chacun le sait, les fabricants de médicaments homéopathiques sont, très majoritairement hexagonaux.

Si donc la famille n’est pas responsable, si le médecin et le fabricant de produits homéopathiques ne sont qu’en partie responsables, qui donc porte la responsabilité ultime de la mort de cet enfant ?

Pas de preuve de l’efficacité homéopathique

Vous l’avez compris, ce sont ceux qui accordent de façon dérogatoire aux médicaments homéopathiques leur autorisation de mise sur le marché et leur remboursement à 30% par l’assurance maladie publique française, soit en pratique un remboursement à 100% puisque les complémentaires remboursent les 70% restants.

C’est difficile à croire mais les fabricants de produits homéopathiques sont dispensés d’avoir à fournir la moindre preuve d’efficacité selon les méthodes actuelles d’évaluation. Ils sont en effet classés dans une catégorie à part, les « médicaments homéopathiques et préparations magistrales homéopathiques (PMH) » qui leur garantit ce privilège exorbitant.

Et qui décide, en dernier recours, d’autoriser et de rembourser ces produits, contre les avis des experts qui recommandent toujours l’inverse ? Ce sont les autorités politiques, décisionnaires en dernier recours dans ce domaine. Pourquoi cette attitude incompréhensible ?

Illusion populiste sur l’homéopathie

Parce que la majorité des Français a une bonne image de l’homéopathie, qu’une personne sur deux l’utilise, que les fabricants sont Français, gros employeurs en région Rhône Alpes, et que tous les gouvernements français, jusqu’ici, ont pensé qu’il était politiquement dangereux de changer quoi que ce soit.

Mais une telle attitude n’est qu’une illusion populiste ; soutenir les entreprises françaises aux dépens de la santé publique et de la Sécurité sociale est un calcul …d’apothicaire qui a de fortes chances de manquer son objectif économique : la vraie compétition, en santé, se livre dans la génomique, les nanotechnologies, la robotisation chirurgicale, l’imagerie médicale etc.

Mais il y a plus grave : nos sociétés modernes ont la chance d’avoir à leur disposition un outil, la science, appuyé sur la rationalité, qui permet de connaître la nature, d’en partager la connaissance avec tous, et de créer des technologies pour le plus grand bien de l’humanité.

Les bienfaits de la médecine scientifique

Depuis un siècle, la médecine scientifique a apporté aux individus des pays développés des bénéfices inconcevables par leurs ancêtres livrés à tous les maux. Beaucoup de régions du monde, en plein développement, commencent à en éprouver, elles aussi, les bienfaits.

Or ces progrès sont menacés par des campagnes antirationnelles, qui surfent sur les peurs irrationnelles, dont la plus inquiétante, par ses conséquences possibles, est la campagne contre les vaccins.

Comment les autorités politiques de santé françaises peuvent-elles avoir la moindre légitimité à défendre les vaccins, tâche impérieuse, alors qu’elles contribuent à organiser elles-mêmes des soins fondés sur des pratiques magiques ?

Il ne faut pas s’y tromper, les campagnes contre la science ne sont pas anecdotiques ou limitées au secteur de la santé ; elles sont le symptôme d’un retour en force d’idéologies religieuses et/ou totalitaires, opposées aux progrès apportés par la rationalité et l’humanisme.

Le nouveau président de la République a invoqué avec beaucoup de conviction l’esprit des Lumières le soir même de son élection, souhaitons qu’il soit celui qui sentira à quel point les mensonges institutionnels sont délétères pour la démocratie et, dans ce cas précis, pour la santé publique.

Espérons qu’il sera celui qui aura le courage de ramener l’homéopathie à l’obligation d’évaluation partagée par tous les médicaments. Cela peut paraître modeste, mais c’est symboliquement indispensable, et le drame que nous évoquons montre qu’il s’agit d’un devoir moral.