L’industrie du sucre sape notre santé

By: Coralie Ferreira - CC BY 2.0

L'industrie du sucre aurait joué un rôle actif et douteux dans les recommandations de santé que donnent les autorités au public, en particulier celles qui conseillent de manger peu de gras.

Par Charles Boyer.

L'industrie du sucre contre notre santé ?
By: Coralie FerreiraCC BY 2.0

Coup de tonnerre ces derniers temps, des preuves sont apparues démontrant que l’industrie du sucre a joué un rôle actif et douteux dans les conseils de santé que donnent les autorités au public, en particulier ceux qui recommandent de manger peu de gras.

Depuis quelques années, ces recommandations elles-mêmes sont sous le feu de critiques de plus en plus pressantes. De fait, celles des États-Unis sont depuis peu revenues sur les restrictions qu’elles contenaient contre les graisses saturées et le cholestérol. Scientifiquement, cela se comprend car les maux qu’on a longtemps prêtés à ces graisses ne sont pas rigoureusement fondés.

Manger maigre

En fait, plus le public a suivi les recommandations de manger maigre, des aliments à faible teneur en graisses, plus des problèmes de santé majeur ont augmenté, tels l’obésité, le diabète de type 2 et les troubles cardiovasculaires.

Quel serait l’intérêt des industries sucrières dans cette affaire ? En fait, l’organisme humain ayant besoin d’énergie, quand on vend des produits et préparations dites maigres, pauvres en graisses, alors on compense en y ajoutant davantage de glucides, et souvent davantage de sucre, apparaissant sous diverses appellations dans la composition tels sucrose, fructose, maltose, dextrose, sirop de maïs ou autre. De toutes façons, tout composant dont le nom se termine par -ose ou tout sirop.

L’inverse est également vrai : le sucre peut lui même être cause de maladies graves et, en orientant le blâme sur le gras, les sucriers ont pu obtenir que l’attention du public soit détournée dans cette direction-là. Pour l’écrire simplement, l’ingestion de sucre provoque un pic de glucose dans le sang. Pour le réguler, il s’ensuit un pic d’insuline, une hormone. À force de répétition, il peut en résulter une résistance à l’insuline, et un grand nombre de dérèglement hormonaux et autres phénomènes néfastes. Ce sont bien là des causes de maladies que nous avons citées plus haut. Notons que c’est vrai pour tous les glucides digestibles, et pas seulement pour les sucres. Les grains et les pommes de terre, par exemple, ont donc un effet proche du sucre. En consommant du gras, on ne provoque pas de tels pics d’insuline et les problèmes qui en découlent. Encore faut-il consommer de bonnes graisses et non des mauvaises.

Que devrions-nous y faire ?

Pour les consommateurs cette situation est inquiétante et il convient d’y réagir selon quatre axes principaux.

  1. Remettre en cause les autorités. Une recommandation provenant des USA et ayant ensuite été largement adoptée par le reste de la planète s’avère avoir été faussée par des industriels, aux dépens de notre santé. On peut débattre jusqu’à plus soif pour savoir si la faute en revient plutôt à l’industrie ou plutôt aux autorités, dont le biologiste Ancel Keys, qui fut particulièrement influent, mais pour notre santé ce débat est entièrement académique. Notre santé est notre responsabilité, et si nous sommes malades et que nous souffrons, les autorités n’en ont cure. Prendre soin de soi ce n’est pas suivre les instructions venant d’en haut, telle la campagne « manger-bouger ».
  2. Le docteur n’a pas d’autorité. Il possède une immense expertise amassée, que l’individu normal ne s’est pas donné la peine d’acquérir, et peut donc être un contributeur essentiel, voire nous sauver la vie. Cependant, deux choses encore : premièrement il n’est pas non plus omniscient, et deuxièmement, il suit, lui aussi, des recommandations officielles, dont certaines sont fausses. Là encore, chacun doit se rappeler que la responsabilité de sa santé est entre ses mains et non pas entre celles de son médecin. Et là aussi, si nous tombons malades et que nous souffrons, ce sont nous qui subissons, pas le médecin.
  3. La diabolisation du gras et, par opposition, le laisser-passer donné aux glucides, est une erreur. Recourir au gras plutôt qu’aux glucides comme principale source d’énergie permet d’éviter des pics d’insuline et les problèmes de santé qui en découlent. Encore faut-il consommer du bon gras.
  4. Si les autorités instaurent un monopole ou quasi monopole public sur la santé, tout en émettant, à la source, des recommandations incorrectes et responsables de maladies, alors les problèmes se multiplient, les recommandations de départ entraînant des dépenses massives de traitements, et qui plus est souvent incorrects. À titre d’exemple, actuellement on assiste à une réelle guerre – qui n’est pas entièrement sans lien avec la surconsommation de sucre et des mauvaises graisses – entre deux des plus grands journaux scientifiques de médecine, sur les traitements anticholestérol, qui représentent des milliards d’euros de dépenses. Pour notre santé, se posent donc sérieusement les questions de savoir s’il revient aux autorités d’émettre des normes ou recommandations, s’il est bon de leur confier un monopole ou quasi monopole des soins de santé, et enfin s’il n’est pas nocif de leur confier carrément les deux en même temps.

Si nous pouvons tirer quelque enseignement de cette sale affaire de lobbying à mauvais escient, c’est la prise de conscience que notre santé est avant tout notre affaire et relève de notre propre responsabilité. Il ne faut pas prendre pour argent comptant les solutions toutes faites venant d’en haut. Avouons-le, cela passe, pour chacun d’entre nous, par un très gros effort pour nous informer correctement plutôt que de penser que cette information viendra sans peine des autorités.

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