Avant Internet, tout était calme

Digital imaging by Mark Scrimshire (CC BY 2.0) — Mark Scrimshire, CC-BY

Apprendre de ses erreurs et préparer le nouveau monde. « Vaste programme ! » À portée de nos mains. Maintenant !

Par Farid Gueham.

« La révolution digitale exprime de nouvelles aspirations sociétales comme l’économie du partage, la fin des intermédiaires inutiles ou encore la volonté d’être en connexion avec le monde. Des exigences qui ravissent les consommateurs que nous sommes, mais maltraitent le salarié qui est en nous ».

Pour Olivier Bas, vice-président d’Havas Paris, si Internet bouleverse notre rapport au travail, il est par ailleurs une merveilleuse opportunité : celle de redonner du sens à notre vie professionnelle, de repenser notre routine du travail, mais aussi d’envisager nos rapports professionnels sous un nouvel angle.

Une révolution dans notre façon d’agir

« Le changement ? Il dure depuis des décennies et n’est pas prêt de s’achever. Mais ce à quoi nous assistons aujourd’hui est d’une ampleur et d’une puissance jamais égalées. Cette révolution digitale qui simplifie nos vies, maltraite notre travail. Allons-nous vivre dans la peur de disparaître ou dans le bonheur de renaître ? À nous de choisir ».

Il y a 15 ans, Apple voyait le jour dans un garage et quatre ans après la naissance d’Internet, c’était au tour d’Amazon de naître, suivi de près par Google et Facebook. De GAFA en NATU, on a aujourd’hui arrêté de compter ou d’identifier par acronymes les plateformes super-puissantes, portées par une force algorithmique sans précédent. Le point commun entre toutes ces entreprises ? C’est la promesse qu’elles nous font toutes : celle de nous simplifier la vie. Fini de perdre son temps à feuilleter les pages d’une encyclopédie poussiéreuse, fini d’attendre son taxi pendant des heures, de passer des jours à comparer des assurances ou des compagnies aériennes.

Mais ces promesses devaient avoir leur contrepartie et, pour Olivier Bas, le paradoxe est là : « nous appelons de tous nos vœux la révolution qui simplifie nos vies et redoutons la transformation qui maltraite notre travail ». Cette transformation est d’autant plus déstabilisante qu’elle n’obéit à aucune feuille de route, puisqu’elle est en train de s’écrire« Il nous faut concevoir ce qui n’existe pas encore, remettre en cause ce que nous pensions savoir et le faire vite ». Dès lors, libre à chacun de choisir entre la crainte de disparaître et le bonheur de se réinventer.

La joyeuse bousculade numérique

« La révolution digitale, combinaison d’usages nouveaux, d’état d’esprit inventif et d’innovation technologique, est un condensé de changements. Elle produit une résistance nouvelle, car ce n’est pas le bénéfice qu’elle nous apporte qui est en cause, c’est le renoncement à nos façons de penser qu’elle nous impose ». Mutation, évolution, révolution : les mots manquent pour définir la transformation qui réinvente notre monde. Toutefois, est-il seulement possible d’imaginer notre avenir à travers les schémas de pensée du passé ?

Cette révolution numérique n’est pas seulement technologique, elle est aussi culturelle, et pour Olivier Bas, elle remet en question nos fondamentaux : la volonté d’inscrire son action dans le temps, la préférence pour la puissance aux dépens de l’agilité, la nouveauté toujours dépassée, l’expertise transcendée par le co-working et la co-production, et enfin la décrépitude d’une autorité politique ou économique qui n’est plus statutaire, et qui n’aura de valeur que si elle est légitimée par l’entraide et l’intelligence collective.

Devant tant de changements, la tentation est grande de se figer dans la crainte et le repli sur soi. « Il nous appartient de fabriquer de l’enthousiasme face au tremblement de nos croyances périmées. Personne mieux que nous n’en est capable. Notre vie professionnelle n’est pas un parcours semé d‘embûches, c’est une promesse que nous devons nous faire à nous-mêmes ». 

Au nom de l’innovation, désobéissons !

« Plus l’époque est foisonnante et les idées bouillonnantes, plus il nous faut nous affirmer, crier haut et fort ce que nous dit notre petite voix intérieure. Réapprendre à entreprendre, désobéir par devoir, en appeler à nos intuitions ». Et si le sens de cette révolution était celle de la désobéissance dans la rupture ? L’innovation ouverte nous appelle à abolir les frontières entre le monde de l’entreprise et son environnement direct. L’innovation frugale exige que nous fassions plus avec moins.

En en mot, la rupture sonne comme une invocation, comme une conjuration : la révocation de nos anciennes pensées et de nos schémas traditionnels. Mais pas de dédain pour autant contre l’ancien monde et les schémas du passé. Car ils portent en eux les germes de la révolution digitale et, comme le rappelle l’auteur, « ce sont les carcans qui nous rendent inventifs car ils nous obligent à penser en dehors des servitudes ». Un des obstacles qui nous barrent la route de la désobéissance, c’est la peur du jugement, alors que chacun d’entre nous porte en lui le potentiel créatif de l’inventeur, du développeur ou de l’entrepreneur. « Notre spontanéité est bien meilleure guide que notre passivité intellectuelle. À condition de ne pas l’étouffer sous notre peur des jugements et notre angoisse des préjugés ».

À vous de liker !

Au-delà des outils et des innovations apparentes, la transformation digitale influence en profondeur notre façon de penser. Avant de nous offrir les promesses de confort, d’accessibilité et d’immédiateté qu’elle esquisse, elle attend de nous quelques efforts : la substitution de notre peur de l’échec par le plaisir de l’essai. Le besoin impérieux de s’affranchir des servitudes, de la recherche de l’approbation et de la validation de l’autorité, demeure la voie la plus rapide pour repousser au maximum ses limites. La révolution digitale n’est plus le temps des injonctions, mais le temps de l’adhésion sincère, d’une efficacité qui ne peut plus se faire au détriment du respect des rythmes de chacun, du droit à l’erreur comme une chance de se réinventer « Et surtout, faites-vous confiance, vous êtes formidables. Vous avez des défauts mais qui n’en a pas ? Vous échouez parfois ? Et alors ? On ne se trompe jamais en vain si on apprend de ses erreurs », conclut Olivier Bas.