Débat politique : c’est celui qui le dit qui est !

La rhétorique, particulièrement la rhétorique politique, utilise constamment la distorsion des concepts et le retournement des accusations.

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Débat politique : c’est celui qui le dit qui est !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 1 juin 2018
- A +

Par Stanislas Kowalski.

Un de mes récents articles a reçu un commentaire curieux. Ma conclusion ressemblait trop à cette fameuse phrase de cour de maternelle pour être prise au sérieux. Le commentaire n’était pas particulièrement malveillant, et je ne m’en offusque pas. Au contraire, je trouve qu’il est intéressant, car il pointe une vraie difficulté dans les débats idéologiques, et nous avertit sur les coups bas auxquels nous devons nous attendre.

La ressemblance de certains discours (dont le mien) avec la maxime enfantine a effectivement quelque chose de ridicule. Mais si cette maxime est si constante chez les enfants, c’est qu’elle répond à des réflexes très profondément ancrés dans l’esprit humain. Les adultes eux-mêmes n’en sont pas exempts. Les politiciens encore moins que les autres.

La rhétorique politique

Histoire de paraître moins enfantin, utilisons une grande référence culturelle :

War is Peace, Freedom is Slavery, Ignorance is Strength. (La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force) George Orwell  – 1984

La rhétorique, particulièrement la rhétorique politique, utilise constamment la distorsion des concepts et le retournement des accusations. Or il se trouve que celui qui frappe le premier obtient un avantage majeur, car il expose son adversaire au ridicule de devoir dire : “C’est celui qui dit qui est.” L’humour et l’ironie sont des armes puissantes. La peur du ridicule est plus grande que la peur de la mort et bien plus puissante que la vertu. S’exposer à une moquerie d’enfant est bien embêtant pour l’homme de bonne volonté. Avoir raison importe peu.

Le retournement des concepts peut se faire inconsciemment, par simple méconnaissance. Ainsi, c’est tout benoîtement qu’on prendra le concept d’égalité dans un sens erroné, très différent de la Déclaration des Droits de l’Homme. On confondra le principe juridique (n’être jugé que d’après ses actes) avec le rêve d’une société où tout le monde bénéficierait de l’ascenseur social et aurait droit au même bonheur, voire au même salaire.

Une stratégie malhonnête

Il peut aussi s’agir d’une stratégie malhonnête et parfaitement consciente, dans le but de se protéger. C’est le principe du contre-feu. En attaquant le premier, je me pose comme défenseur de la morale et je me dédouane par avance de toutes les accusations qu’on pourrait porter contre moi. Dans les situations de méfiance généralisée, comme on peut en voir en ce moment avec des mouvements comme #metoo, la tentation d’allumer ces contre-feux est extrême. On se place dans la meute des accusateurs pour profiter de la force du groupe et isoler l’adversaire.

En dénonçant les violeurs, le coureur de jupons tente de s’innocenter. La starlette se dédouane de sa conduite légère. Deux ans de relations sexuelles avec un réalisateur, c’est une honte pour la manipulatrice qui n’arrive pas à ses fins. Mais si elle peut dire qu’elle était sous l’ascendant du grand homme et que celui-ci a abusé de sa position pour la forcer, alors la faute est inversée. La stratégie est vieille comme le monde. Elle constitue le point de départ du mythe de Bellérophon.

Ce qui est délicat, ce n’est pas de connaître l’existence d’une telle stratégie, c’est de savoir si elle s’applique à un cas particulier. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne prends parti dans aucune des affaires en cours. Je n’ai pas les informations de circonstances qu’il faudrait pour cela. Je pointe juste une difficulté méthodologique pour discerner la vérité. Car le raisonnement inverse existe également. Le violeur interprète le comportement ou la tenue de sa victime comme un signe de lubricité. La preuve est difficile à trouver.

Se prémunir contre les escrocs du discours politique

La même stratégie peut s’appliquer à tous les vices. Il y a souvent de la cupidité dans les accusations des syndicalistes contre les patrons cupides, accusations qui peuvent très bien tomber juste. Le cégétiste de base a les idées claires : davantage de pognon à la fin du mois. Que l’entreprise ait des obligations ou une activité fluctuante n’est pas son problème. Ce qui importe, c’est le pouvoir d’achat du salarié, qui ne peut aller que dans un seul sens. On est d’autant plus habile à reconnaître un vice qu’on le pratique soi-même. L’innocent, lui, a du mal à reconnaître la cupidité. C’est pourquoi innocent est souvent synonyme de naïf. Et c’est triste. Qu’il est difficile de se prémunir contre les escrocs !

On peut continuer la liste.

Marx invente le concept moderne d’idéologie, ce qui ne manque pas de piquant.

Mention spéciale pour les antiracistes qui pensent que l’homme blanc doit payer pour ses privilèges. On a eu un bel exemple récemment avec Michael Eric Dyson traitant le professeur Peterson de “mean mad white man”. Ce dernier est resté calme, malgré l’insulte raciste, comme à son habitude. Il est à noter qu’un suprémaciste blanc tirera prétexte de ce racisme noir hypocrite pour compléter son arsenal. Ça va bien se finir.

Inversion des valeurs

Les antifas s’approvisionnent aux mêmes magasins que les fascistes et partagent avec eux une grande partie de leurs méthodes, pour ne pas parler des objectifs (la distinction étant surtout la préférence nationale).

Les Social Justice Warriors réintroduisent toutes les discriminations qu’on espérait voir disparaître, mais en les inversant. En passant de l’égalité des droits à la revendication de quotas, le féminisme redevient un sexisme.

La raison pour laquelle les élèves de maternelle sont si friands de la formule “c’est celui qui dit qui est” peut être encore plus grave. Au-delà de l’autodéfense, il y a, souvent, une malveillance profonde.

We know how dread and pain can be inflicted on us – and that means that we know exactly how to inflict it on others.(Nous savons comment la peine et la douleur peuvent nous être infligées, ce qui signifie que nous savons exactement comment les infliger à autrui) Jordan B. Peterson – 12 rules for life, an antidote to chaos

Vous voulez savoir comment faire mal ? C’est très simple. Imaginez votre pire terreur, le secret que vous ne voudriez surtout pas voir remonter à la surface, l’accusation qui vous plongerait dans des abîmes de désespoir. Vous avez la plus puissante des armes. Le moindre indice vous suffira pour calomnier et abattre votre ennemi. C’est très courant, très spontané, presque animal. Si vous n’avez jamais remarqué la stratégie d’un enfant qui tente de faire punir son camarade ou son grand frère, vous ne connaissez rien à l’éducation.

La formule des cours de récréation a du vrai, malheureusement. Bien sûr les enfants l’utilisent à tort et à travers. C’est normal pour des enfants. Ils répètent à l’envi, et à leur avantage, une phrase destinée normalement à les faire réfléchir sur leur propre comportement.

On peut jouer à l’infini le jeu du ping-pong accusateur. La promptitude à se lancer dans la partie peut être un signe de malhonnêteté. Mais il n’est pas raisonnable de refuser complètement le jeu, car on s’expose alors à être une éternelle victime.

L’honnête homme, bien sûr, s’attache d’abord à corriger son propre comportement. Nous ne sommes pas honnêtes parce que nous serions irréprochables, mais lorsque nous reconnaissons la part d’ombre qui est en nous. La justice n’est pas seulement une institution ou un état social. C’est aussi une vertu cardinale. Il y a celui qui hurle à l’injustice et celui qui s’attache à être un homme juste. Mais puisque tout est social de nos jours, parler de vertu est bien démodé. Je suis trop vieux pour ce monde.

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  • je dois dire que pourtant au bout du bout, c’est pourtant c’est celui qui dit qui y est.. car nous n’avons pas tous les mêmes valeurs .. en outre les problèmes de hiérarchie des valeurs joue aussi un rôle..

    par exemple le mouvement meetoo ou dénonce ton porc… on jette aux orties la présomption d’innocence, ce qui ne pose pas de problème pour certains car il ne s’agit pas de leur innocence..mais de celle de salauds ultime.. je présume néanmois qu’ils ont attachés à présomption d’innocence..je l’espere.

    mais aussi notre dame des landes ,au départ il y a l’expropriation..donc tout le bazar est indéfendable si on est attaché à la propriété privée..mais on est aussi attaché au respect de la loi..alors on fait quoi.

    Toujours la question est de savoir si la rébellion su justifie or il s’agit d’un point de vue individuel.

    il y a des tas de gens qui sont absolument sectaires pour qui tout est justifié pour faire mal aux salauds, le salaud peut être celui qui fait du « profit », celui qui défend les libertés elémentaires d’un autre salaud. Les discussions sont alors une impasse.parce que ces gens pensent que si ils n’aiment pas une personne ça suffit pour lui faire du mal.
    LA déclaration des droits d l’homme n’est rien pour eux. ILs n’accepte pas non plus les limitations de la démocratie. Ils ne comprennent pas que ça conduit au lynchage et à la tyrannie. Et ces gens ont reçu une éducation ..et sont prospères..bourgeois m^me…
    Donc à terme ce sera la violence la seule solution .

  • « débat idéologique  » : la réponse est déjà dans l’appellation. Il ne peut rien sortir de bon d’une idéologie, quant à débattre avec ….
    c’est impossible car l’idéologue use d’artifices, de mensonges son objectif est de « gagner le point » et pas du tout d échanger des vues.

  • Le dernier paragraphe de l’auteur est particulièrement vrai (les autres aussi certainement mais je m’attache à ce dernier) : du haut de mon âge avancé, proche des 50, j’ai fait récemment le constat que l’individualisme est devenu majoritaire et partant, la capacité de chacun de se remettre en question disparaît. Je suis stupéfaite par le nombre de personnes totalement incapables de s’auto-critiquer, comme si le simple fait de se demander si on a réellement tort ou raison signifiait une dégénérescence quelconque. Pourtant, ce qui fait avancer, progresser chacun de nous, c’est justement la capacité à se remettre en question. Sans cela, comment voulez-vous vous rendre compte que vous faites erreur et donc vous améliorer ? Ce qui se perd aussi, c’est l’empathie. Peu de personnes raisonnent en se mettant à la place de l’autre. C’est hélas flagrant dans les commentaires, notamment sur les « rézo socio » où se côtoient le pire et les meilleur, où chacun y va de son petit commentaire vu de sa petite personne, sans aucune considération pour l’avis et le vécu de l’autre. Le petit geste de « merci » sur la route se perd aussi. C’est moi, moi, moi… Ce pays est foutu.

  • Certains commentateurs de CP devraient se reconnaître : j’en ai fait l’expérience pas plus tard qu’hier.

  • Les commentaires sont fermés.

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