Ce que l’affaire Harvey Weinstein révèle sur la culture du viol

Oui, la culture du viol combattue par les néoféministes existe, comme le montre l’affaire Harvey Weinstein. Seulement, le politiquement correct nous aveugle sur ses foyers véritables.

Par Frédéric Mas.

Qui n’a jamais été agacé par les néoféministes sur les réseaux sociaux ? Ce n’est pas par hasard qu’elles sont devenues au fil des années un sujet universel de plaisanteries et de détestation quand elles se confondent avec les Social justice warriors, ces cybermilitants moralistes et paranoïaques qui semblent tuer le temps en dénonçant à tort et à travers l’ignoble patriarcat et ses séides réactionnaires, voire fascistes.

Seulement, derrière les caricatures qu’elles ont parfois elles-mêmes contribué à propager, il y a certains combats qui sont à la fois justes et vrais.

Parmi ces combats justes et vrais, celui pour faire reculer la culture du viol est sans doute le plus sous-estimé. C’est pourquoi on devrait rendre grâce à Harvey Weinstein d’avoir attiré l’attention sur son existence, au-delà de ses usages les plus gauchisants.

Cependant, si la culture du viol existe, ce que ne voit pas la plupart des néoféministes, c’est que le politiquement correct progressiste agit comme un bouclier particulièrement efficace pour la préserver et même l’encourager depuis des décennies.

Le viol, ce marivaudage un peu brutal

L’expression « culture du viol » nous vient des franges radicales du féminisme des années 70, et désigne la tendance à normaliser certaines attitudes de tolérance ou d’approbation du viol au sein d’un groupe social en raison des rapports de domination existants en son sein entre hommes et femmes.

Cette définition colle à merveille avec ce qui est en train d’arriver au producteur américain Harvey Weinstein qui, selon un article du New York Times, est accusé de harcèlement sexuel, d’agression et de viol de la part de plusieurs actrices depuis plusieurs décennies.

Ce producteur talentueux, réputé intouchable, était encore il y a quelques mois un faiseur de rois à Hollywood, mais aussi un donateur pour le parti démocrate et un ami d’Hillary Clinton et Barack Obama.

Faiseur de rois déchu

Selon la presse, l’attitude prédatrice de Weinstein lui vaut aujourd’hui d’avoir été licencié par sa propre compagnie et a provoqué le départ de sa femme. Elle était aussi connue dans le milieu du show business depuis des années, mais tolérée à demi-mots.

Après tout, Weinstein était reconnu par la profession et le public. Ses victimes étaient essentiellement de jeunes actrices dont la carrière dépendait d’individus de son espèce.

Cette affaire rappelle un peu celle de l’humoriste et comédien Bill Cosby, qui lui s’était fait une spécialité de violer des femmes après les avoir droguées, là aussi pendant plus de 30 ans, et toujours en profitant de sa position de pouvoir au sein de l’industrie médiatique.

L’inversion des valeurs

Que les femmes soient obligées de complaire et d’affronter ce genre de prédateur pour survivre dans le milieu du divertissement hollywoodien n’est pas la seule chose choquante dans cette affaire. L’autre, qui participe tout autant à la culture du viol, vient de la réaction étrange d’une partie des commentateurs devant ces révélations.

Plutôt que de s’indigner de l’attitude révoltante de Weinstein, ce sont ses victimes qui ont été prises à partie. Pourquoi faire ces révélations si tard ? Qu’est-ce qui nous garantit qu’il y a eu viol ? Que ce ne sont pas elles qui ont cherché à le séduire ? Ne s’agit-il pas encore d’une fatwa du néoféminisme punitif ou du fameux puritanisme américain envers ce jouisseur sympathique, amateur de coke et de parties fines ?

Étonnant de voir à quel point les victimes deviennent les bourreaux, et les bourreaux sont excusés.

Le bouclier du politiquement correct

L’obstacle qui rend le problème si difficile à comprendre, y compris aux yeux des néoféministes, est idéologique : Weinstein a construit sa carrière et sa réputation en se positionnant politiquement comme progressiste, et en prenant une part active dans la campagne de plusieurs candidats démocrates. Certains, comme Bill Clinton ou Obama, se sont retrouvés à la Maison-blanche.

Weinstein a produit Django Unchained, Inglorious Basterds ou encore Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, ce qui, en plus de la fortune, lui donnait une autorité morale reposant sur un positionnement politique progressiste indiscutable.

Bien entendu, il est impossible et surtout incroyable, comme l’ont compris les victimes de Weinstein qui ont préféré se taire, d’imaginer que le camp du bien serve de paravent aux conduites les plus abjectes comme la culture du viol. En France, à notre « petit » niveau, le paravent idéologique progressiste continue de fonctionner à merveille, que ça soit pour la culture du viol ou d’autres attitudes tout aussi abjectes.

Les Inrocks ont fait leur une sur le retour de Bertrand Cantat, le chanteur qui a tué sa femme à coups de poing, mais qui a le bon goût de s’engager contre le FN, les méchants, l’égoïsme des Anglais après le Brexit et le racisme.

Quelques temps avant, le même journal célébrait Mehdi Meklat, qui lui aussi faisait partie de la coterie des gens bien, et cela malgré ses tweets misogynes, antisémites et homophobes. Le double standard bat son plein, mais le progressisme absout tout, au moins jusqu’à ce que ça se voit vraiment.

La politique produit de la fausse monnaie pour continuer à s’endetter et acheter des clientèles électorales, elle fabrique aussi de la fausse morale publique pour acheter le consentement des citoyens et protéger les gouvernants. Cette fausse morale, c’est le « politiquement correct », et aujourd’hui comme hier, elle traduit des rapports de domination bien réels. Faire reculer la politique pourrait donc être un moyen parmi tant d’autres pour faire avancer la cause des femmes.