Qui sont les Antifas ?

Antifa by Geoff Livingston(CC BY-NC-ND 2.0)

Chez nous comme à l’étranger, les Antifas sont les ennemis de cette liberté que nous chérissons.

Par Fredrik Segerfeldt.
Un article de Reason

C’est une nuit froide et sombre de janvier dans la ville suédoise d’Eskilstuna. Fredrik Nyqvist et un ami rentrent à pied de la réunion de fondation de la section locale du minuscule Parti Libertarien.

Soudain, quatre hommes en noir et au visage masqué leur sautent dessus et les frappent, les laissant inconscients. L’un des agresseurs s’est vanté par la suite d’avoir sauté sur la tête de Fredrik, lui causant des blessures qui ont entraîné plusieurs jours d’hospitalisation.

Les deux libertariens n’avaient aucun moyen d’identifier les auteurs et présumaient qu’il s’agissait d’un banal acte de délinquance. Ils n’imaginaient pas qu’ils venaient d’être victimes du terrorisme politique. Mais ils allaient bientôt le découvrir.

Quelques jours plus tard, un troisième membre du parti a reçu à son domicile une lettre d’un groupe revendiquant la responsabilité de l’attaque et l’avertissant :

Nous vous donnons la possibilité de mettre fin à toute activité politique. Sinon, vous serez peut-être le prochain à qui on rappellera physiquement les conséquences de l’adoption de politiques anti-travailleurs.

Origine des antifas

Le mouvement antifa, ou antifasciste, qui a fait parler de lui à Charlottesville, Portland et Berkeley n’est pas sorti de nulle part. Il s’agit d’une copie conforme du nom, de la tactique et de l’idéologie de groupes actifs en Europe depuis des décennies. Le site web de leur organisation en Suède est www.antifa.se.

Originellement anti-nazies dans l’Allemagne d’avant la Seconde Guerre mondiale, ces organisations ont refait surface dans divers pays européens dans les années 1980 et 1990, attirant beaucoup l’attention pendant les manifestations anti-mondialisation au tournant du millénaire.

Depuis lors, les Antifa ont systématiquement utilisé la violence comme outil politique. Leurs victimes ne se limitent pas aux nazis ou à l’alt-right. Des politiciens de centre-droite, des maires de gauche et des fonctionnaires ont fait partie de leurs cibles. Outre leurs agressions habituelles, les Antifa ont commis des incendies criminels et des attaques au gaz.

La méthode des antifas

Une spécialité originale des Antifa est l’émeute, sous la forme des Black Blocks dans les manifestations organisées par la gauche classique, notamment contre les sommets d’organisations internationales telles que le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce. L’exemple le plus récent en est la réunion du G20 en juillet dernier à Hambourg, en Allemagne, où ils ont assiégé de grandes parties de la ville, vandalisant pour plusieurs millions de dollars des biens privés. Leur message était : « Bienvenue en enfer ».

La branche américaine imite ses frères et sœurs aînés de l’autre côté de l’Atlantique, en se mêlant à des groupes de gauche démocratiques (et agissant en tant que service d’ordre autoproclamé), créant des coalitions unies à la manière de Lénine pour gagner en légitimité (qui n’est pas antifasciste ?) et appliquant une définition très large du terme fasciste (la plupart des gens avec lesquels ils ne sont pas d’accord).

La tradition de l’extrême gauche, qui consiste à modifier le sens des mots à son avantage, n’est pas seulement un cliché orwellien, mais aussi une réalité historique. Rappelez-vous que le nom est-allemand officiel du mur de Berlin était « Antifaschistischer Schutzwall » ou « Rempart de protection antifasciste ».

Dans le Washington Post, Mark Bray, historien au Dartmouth College et auteur du livre récent Antifa : The Anti-Fascist Handbook, tente de blanchir le mouvement en avançant l’argument selon lequel les nazis doivent être traités à un stade précoce. Mais ni les libertariens ni les sociaux-démocrates ne sont nazis. La fin justifie-t-elle vraiment les moyens, surtout quand la fin est le socialisme antidémocratique ?

Des différences entre l’Europe et les États-Unis

En Allemagne, pays avec son histoire particulière, la liberté d’expression est plus restreinte qu’aux États-Unis. Le nazisme et ses symboles sont interdits. Et récemment, après les émeutes de Hambourg, les autorités ont fermé un site internet utilisé pour coordonner les activités d’extrême-gauche. C’est dans ce contexte que les Américains devraient se rappeler que le premier amendement protège également les partisans de la droite autoritaire et les suprémacistes blancs.

Tout comme ses homologues européens, l’organisation Antifa américaine est un mélange d’anarchistes de gauche et de marxistes hardcore. Ne faisant pas confiance au gouvernement pour les protéger de la droite autoritaire, ils ont recours à la « légitime défense » préventive. Leurs comparses européens, plus expérimentés, œuvrent dans des réseaux informels où leur stratégie est d’apparaître sous différents noms de groupes, créés et dissous selon les opportunités. Les mêmes militants commettent un méfait sous une étiquette, puis en changent pour l’acte suivant.

Une différence particulière est que certains Antifas européens ont des liens étroits avec certains syndicats, alors que l’anarcho-syndicalisme a une tradition faible aux États-Unis. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils considèrent la lutte contre le capitalisme comme aussi importante que la lutte contre le fascisme. En fait, cette dernière est conçue comme faisant partie intégrante de la première.

Les Antifas européens contre les libertariens

Ce qui nous amène à l’hostilité paradoxale entre les Antifas européens et les libertariens, qui, à ma connaissance, ne s’est pas encore manifestée aux États-Unis. À bien des égards, l’anarcho-syndicalisme/anarchisme de gauche semble être un cousin du libertarianisme, ou du moins de l’anarcho-capitalisme. Après tout, la revue anarchiste-syndicaliste américaine s’appelait autrefois la Libertarian Labor Review.

Les libertariens ne devraient-ils donc pas être favorables à un mouvement qui combat l’autoritarisme et la centralisation, contre l’idéologie collectiviste et hideuse du racisme ? Eh bien, il faut être deux pour danser le tango. Et les Antifas ne semblent pas penser que nous ayons grand chose en commun.

La primauté du droit, les droits de propriété et les marchés dans lesquels nous croyons sont des anathèmes pour eux. Ce ne sont pas des alliés, mais bien au contraire un obstacle majeur à la liberté que nous chérissons. Les libertariens ne tolèrent pas les menaces, la violence physique et le vandalisme comme méthodes politiques. Ça s’appelle le principe de non-agression, ça vous dit quelque chose ?

Ironiquement, les activistes Antifas européens appartiennent généralement à la classe moyenne intellectuelle, et ensuite font carrière dans les médias et le monde universitaire (NdT : en France, on parlerait plutôt d’intermittents du spectacle, de doctorants et d’universitaires). C’est une des raisons pour lesquelles ils sont traités avec tant de ménagement par certaines parties des élites. Une part importante des classes jacassantes s’identifient à ce groupe, ou en font l’éloge, et cette tendance semble également s’étendre à l’Amérique.

Il est vrai que le sommet de l’establishment aux États-Unis est plus enclin à trouver des excuses à l’autre type d’extrémisme. Les problèmes américains ne sont donc peut-être pas les mêmes que ceux de l’Europe. Mais méfiez-vous.

Avec leur finesse politique, les services suédois de renseignement estiment que les groupes de gauche autonomes, dont Antifa est le plus important, constituent une menace plus grave pour le fonctionnement de la démocratie du pays que les deux autres forces qu’ils surveillent, à savoir les islamistes radicaux et les néonazis.

Cette « fausse équivalence » entre eux se révèle moins fausse en Europe. Et pourrait le devenir aux États-Unis aussi.

Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints de Antifa Has Backed Its Message With Violence for Decades in Europe