Commune libre de Tolbiac : la nouvelle sitcom gauchiste qui cartonne sur les campus

Commune libre de Tolbiac : fidèles à la tradition française collectiviste, enivrés par les vapeurs de la « convergence des luttes » nos étudiants bloqueurs se vautrent dans les méthodes autoritaires au mépris de la liberté des autres étudiants.

Par Nathalie MP.

Et c’est reparti pour la « convergence des luttes » ! L’élection présidentielle de l’an dernier, quoique assez riche elle-même en rebondissements spectaculaires, nous avait fait perdre le fil de nos célèbres festivals syndicaux de printemps, mais Dieu merci, tout est enfin redevenu normal !

Dans la foulée des cheminots guidés par la bannière rouge de la CGT contre la fin de leur recrutement au fameux statut, pilotes de lignes, étudiants, éboueurs, fonctionnaires… tous protestent, tous manifestent, tous font grève. « France is back », pourrait-on dire, et ça tombe drôlement bien car on a justement le cinquantenaire de mai 68 à célébrer !

Comme en 68 et comme d’habitude, la fièvre de la lutte finale a bien évidemment gagné les universités. Ou du moins certaines, une quinzaine sur 70. Et on a envie de dire : toujours les mêmes et toujours dans les filières de sciences humaines et sociales – Nanterre, Tolbiac, Rennes 2, Lille 2… – celles où l’on ne veut surtout pas voir atterrir ses enfants en âge d’étudier, y compris quand on a gardé de longue date une petite faiblesse gauchiste au cœur qui resurgit de temps à autre.

Revendications ridicules

C’est ainsi que grâce à la géniale créativité que nous confère notre exception culturelle en tous les domaines et grâce au niveau académique sublimement élevé de nos étudiants les plus… disons, dynamiques, le festival « Nuit debout » de 2016 a trouvé ces jours-ci une réécriture parfaite dans la sitcom « Commune de Tolbiac » dupliquée avec empressement dans les autres points chauds du soulèvement étudiant : même goût pour la déconnade et la mise en scène potache, mêmes slogans politiques ultra-creux, mêmes revendications ébouriffantes de ridicule, même illusion grandiloquente de lutter contre l’oppression, et finalement, même esprit sectaire au nom de… Ah oui, au nom de quoi  au fait ?

Tout a commencé il y a environ un mois lorsque la loi Orientation et réussite des étudiants (ou ORE) portée par la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a été publiée au Journal officiel. Associée à Parcoursup, le nouveau site destiné aux lycéens de Terminale pour s’inscrire en ligne dans les études supérieures, elle vise d’abord à tirer les leçons des échecs du précédent site (Admission Post Bac ou APB), notamment du fait que l’an dernier, face à l’afflux de candidatures dans certaines filières, il avait fallu procéder au dernier moment à un tirage au sort. On imagine difficilement plus injuste que cette sélection aveugle qui met sur le même pied des parcours scolaires totalement différents.

Il s’agit en outre de rechercher une meilleure adéquation entre les voeux des candidats, leurs possibilités intellectuelles, leurs résultats scolaires et les places disponibles, ceci afin d’enrayer l’effroyable taux d’échec de 60 % observé en fin de première année d’université faute d’une orientation vraiment personnalisée des lycéens. La loi ORE prévoit donc :

IV.-Pour l’accès aux formations autres que celles prévues au VI, lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d’accueil d’une formation, les inscriptions sont prononcées par le président ou le directeur de l’établissement dans la limite des capacités d’accueil, au regard de la cohérence entre, d’une part, le projet de formation du candidat, les acquis de sa formation antérieure et ses compétences et, d’autre part, les caractéristiques de la formation.

Il est donc effectivement question d’opérer une petite « sélection » afin de faire entrer prioritairement dans les filières très demandées les étudiants ayant la meilleure probabilité d’y réussir au vu de leurs antécédents scolaires. Et au vu d’une lettre de motivation de 1 500 caractères maximum.

On espère que ce n’est pas trop demander à un bachelier (mais il paraît que ça favorise les enfants des milieux aisés). Ils doivent également dire quel grand domaine de formation ils privilégient afin qu’on puisse leur faire des propositions au cas où ils ne seraient acceptés dans aucun de leurs premiers choix.

La question de la sélection

Notons que les formations « prévues au VI » dans la loi ORE sont justement celles qui fonctionnent déjà avec une sélection à l’entrée (classes prépas, écoles spécialisées …) et notons également que de nombreuses formations disponibles en France ont leur propre site d’inscription avec leurs propres outils de sélection, que ce soit sur concours ou sur dossier (Sciences Po Paris, les IEP et Dauphine, notamment). Curieusement, ces filières sélectives promettent un peu moins de chômage à la sortie à leurs étudiants, tandis que de nombreuses autres filières, moins recherchées, moins intellectuelles, mais pas forcément moins sélectives, sont en sous-emploi chronique. Le taux de chômage reste pourtant très élevé chez les jeunes (21,6 %). Bizarre, bizarre… L’université non sélective serait-elle une voie sans issue ?

« Sélection », le mot est évidemment horrible quand on a été si bien pénétré de l’idée que le Bac est un dû et que ce n’est plus seulement l’éducation qui est un droit, mais les diplômes et les emplois.

Mais voilà, la « sélection » mettrait les étudiants « en concurrence ». Ce ne sont pas des marchandises, quand même ! Si l’on constate tant d’échecs dans les premières années de fac, ce n’est pas une question d’orientation, de capacités intellectuelles ou de motivation, c’est une question de moyens. MOYENS.

Imaginez-vous que les pauvres bacheliers qui débarquent pour la première fois dans un amphi bondé n’ont jamais été formés à la prise de notes (vidéo, très drôle) ! Comment voulez-vous qu’ils réussissent dans ces conditions ? Une seule solution, celle qu’on a toujours utilisée sans aucun résultat, dépenser plus pour réussir plus : et pourquoi pas des millions d’euros pour embaucher des assistants à la prise de notes afin de soutenir les premiers pas balbutiants de nos petits étudiants timides et rougissants dans le monde sauvage de la responsabilité et de la vie adulte ?

Tout ceci fait sourire. Car nos petits étudiants timides, tout chamboulés à l’idée de passer par les arcanes d’une épouvantable sélection – dont ils ont toutes les manettes pour se tirer haut la main par leur travail et leur assiduité dans une branche adaptée à leurs capacités, eh bien ces petits étudiants sont largement moins timides lorsqu’il s’agit de faire les guignols, proférer des énormités, occuper les facs, les dégrader, empêcher les autres étudiants d’y accéder et s’étonner ensuite qu’on veuille les déloger.  Perle de la « Commune libre de Tolbiac » :

Raison du blocage : « Ici, on bloque la production de savoir institutionnel pour créer nos propres savoirs. »

Pas mal pour de pauvres malheureux apparemment incapable de prendre des notes ! Et pas mal pour des zigotos qui ont le culot de finir tous leurs communiqués par :

 Tolbiac reste et restera une université ouverte.

Ouverte pour ceux qui sont de leur avis et fermée pour les autres, c’est cela la liberté au sens de la « Commune libre de Tolbiac », et c’est parfaitement totalitaire.

Mais regardons notre sitcom de printemps (vidéo, 02′ 07″), avec un certain Guevara dans le rôle du chien et (hélas) des étudiants bien réels dans le rôle des révolutionnaires en peau de lapin :

Il est vrai que dans leur délire d’enfants très gâtés, les communards de Tolbiac ont réussi à avoir le soutien de professeurs et de cadres de l’enseignement supérieur. Dans une tribune publiée mardi 10 avril dernier sur le site de France Info, 425 d’entre eux dénoncent une sélection « absurde et hypocrite ». Ils se positionnent d’ailleurs contre toute forme de sélection et soutiennent que s’il a fallu recourir au tirage au sort l’an dernier, c’est uniquement pas manque de places, donc de moyens. MOYENS.

C’est pourtant clair : les contribuables sont priés de continuer à déverser des flots d’argent frais dans un système d’enseignement supérieur qui ne brille que par son recul permanent dans les classements internationaux (quelques rares institutions sélectives mises à part).

Loin de moi l’idée de dire que tout est parfait dans notre enseignement. Il est absolument exact que nos mammouths éducatifs ne permettent pas de prendre en compte tous les jeunes, leurs différentes aspirations et leurs capacités différentes. Pour ma part, je plaide pour la fin du monopole de l’Éducation nationale et pour la liberté de création d’établissements d’enseignement scolaire ou supérieur, établissements qui seraient alors aussi divers qu’il y aurait de besoins à satisfaire du côté des étudiants comme du côté des employeurs. Établissements qui seraient libres de recruter leurs élèves et d’élaborer leurs programmes selon leurs propres critères de qualité comme cela se pratique déjà dans de nombreuses écoles spécialisées et dans de nombreux pays largement plus performants que la France en ce domaine.

Mais si l’on peut incontestablement dire que le gouvernement ne va pas assez loin dans la réforme de l’enseignement, ce n’est pas le reproche qui lui est fait par la Commune de Tolbiac & Co. Fidèles à la tradition française de statu quo dans le collectivisme, enivrés par les vapeurs de la « convergence des luttes » avec les Kurdes, les précaires et les zadistes, nos étudiants bloqueurs, casseurs (et même pas concernés par la réforme) se vautrent dans les méthodes éprouvées des syndicalistes CGT au mépris de la liberté des autres étudiants à accéder à leurs cours, au mépris de la propriété privée et au mépris de l’argent des contribuables dont les impôts ont notamment servi à  rénover la fac Jean Jaurès de Toulouse (vidéo ci-dessous, 01′ 52″) :

Ne manquez surtout pas les fines déclarations des deux étudiants de Toulouse qui s’expriment à la fin de la vidéo  :

Les questions que nous, nous soulevons sont éminemment plus politiques et plus importantes que de savoir si un tag est légitime ou non.

Non, bonhomme, tes questions ne sont ni légitimes ni intéressantes. Quand tu as accès à des études supérieures pour des frais de scolarité dérisoires au regard du coût supporté par la société, un seul tag est un scandale, et les vols, les destructions, les occupations et les blocus sont purement et simplement des comportements de petits tyrans prétentieux. En tant qu’étudiant, tu n’as qu’une chose à faire : bosser tes cours et réussir tes examens le mieux possible.

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