#JesoutienslesCheminots… ou pas ?

Qui soutient les grévistes SNCF et autres ? 46% des Français à en croire un sondage. Mais qui voudrait un retour à un monopole d’Etat dans la téléphonie ou les vols intérieurs ?

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Manif 1er mai 2018 by Jeanne Menjoulet(CC BY 2.0)

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#JesoutienslesCheminots… ou pas ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 mai 2018
- A +

Par Nicolas Perrin.

Ça y est, les hostilités ont commencé : la SNCF, Air France, certains services de collecte des déchets, de gaz et d’électricité sont en grève depuis le 3 avril.

Certains veulent « simplement » conserver leurs privilèges, d’autres veulent une augmentation de salaire, d’autres encore veulent que la « pénibilité » de leur travail trouve une traduction ailleurs que dans leur rémunération (réduction de temps de travail et départ en retraite 10 ans plus tôt que le régime commun…)

Grèves : qu’en pensent les politiques ?

Avant même que ne débute la fronde, le gouvernement a déjà fait un pas en arrière. L’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire – si elle a lieu – se fera par amendement à la loi.

Du côté des Républicains, on n’a pas encore dépassé la castration consécutive au plan Juppé de 1995, comme le relève Daniel Tourre.

Au Front National, la ligne politique est encore assez floue, comme le note la journaliste de Contexte Diane de Fortanier…

Les cheminots ne sont d’ailleurs pas isolés puisque les Français sont 46% à soutenir leur mouvement de grève selon un sondage de BFM TV, ainsi que « 160 intellectuels » dont je découvre les noms peut-être en même temps que vous.

Certains n’ont pas manqué de faire remarquer à ces grosses têtes restées trop longtemps dans leur cuisine en formica que quitte à faire dans le passéisme, autant être exhaustif !

L’inertie administrative est un mal français qui ne date pas d’hier

Déjà sous la IIIe République, le philosophe et homme politique Jules Simon (président du Conseil de décembre 1876 à mai 1877) s’insurgeait contre l’incapacité de l’exécutif à faire évoluer l’administration, plus résistante qu’une république ou une monarchie.

Près d’un siècle plus tard, Georges Pompidou mettait à son tour en garde contre cette « rage du contrôle » et contre « la défiance à l’égard de l’entreprise privée » qui caractérise si bien notre administration.

Cheminots : leurs privilèges vous coûtent 480€ par an, que vous preniez le train ou non

Comme vous le montre cette infographie, du point de vue d’un futur employé de la SNCF, mieux vaut être engagé sous ce statut « spécial » plutôt qu’être embauché dans les conditions classiques du Code du travail.

Si les caisses finançant le régime social des cheminots étaient à l’équilibre, encore pourrait-on discuter de certaines différences de traitement. Mais entre les 15,7 Md€ qu’il lui faut débourser chaque année pour financer les coûts d’exploitation de la SNCF et les 4,2 Md€ qui manquent au régime social des cheminots, le contribuable, qu’il utilise le train ou non, est le dindon de la farce. Au bas mot, un ménage français moyen abonde à raison de 480 € par an pour que la SNCF et les cheminots poursuivent la fiesta.

Quand on ne met pas sa peau en jeu, on peut tout se permettre

La situation de monopole public présente un énorme avantage : même si votre clientèle est très insatisfaite de vos services, elle reste entièrement captive.

Ainsi, il n’est pas rare que la presse rapporte ce genre de guignoleries :

Si cela c’était produit dans le secteur privé, on ose espérer que les responsables se seraient fait remonter les bretelles et que l’entreprise en question aurait dédommagé ses clients. Dans le cas de la SNCF, les usagers (ou plutôt les passagers) du TGV Paris-Colmar pour se rendre à Sélestat se sont vu proposer un aller simple Colmar-Sélestat en TER. La presse n’a pas évoqué de sandwich SNCF, et encore moins de dédommagement financier pour réparer le dommage subi.

Évidemment, dans de telles conditions, cela va être compliqué de rattraper le Japon…

Et si on libéralisait le rail ?

Et si, plutôt que de pinailler sur le statut des nouveaux employés de la SNCF, on privatisait complètement le rail, comme au Royaume-Uni ?

La libéralisation des chemins de fer britanniques date de la période 1993-1997. Comme le rappelait à l’époque Jean-François Revel, les accidents qui survinrent dans les années qui ont suivi ne doivent pas être mis sur le dos du libéralisme.

Les responsables administratifs qui entretenaient les chemins de fer alors qu’il s’agissait d’un « service public » sont à blâmer ; le philosophe et journaliste libéral écrivait alors :

en réalité, British Railways a légué aux compagnies privées un réseau et des machines profondément dégradés, qui mettaient en péril la sécurité depuis plusieurs décennies. La mise en accusation du libéralisme dans cette tragédie relève plus de l’idée fixe que du raisonnement.

La pitoyable gestion publique du réseau britannique des années 1950 aux années 1990 avait en effet conduit à nombre d’accidents dramatiques, à des fermetures de voies et, consécutivement, à une diminution du trafic de voyageurs et de marchandises.

Avec la privatisation, les investissements dans le réseau ont fortement augmenté, faisant de ce dernier le plus sûr d’Europe et aboutissant à un doublement du trafic.

(Source : Eurostat via Guillaume Nicoulaud ; Financial Times)

Qui veut abolir la concurrence ?

Certainement pas la SNCF ! En tout cas pas sur son terrain de jeu. En revanche, la SNCF n’a pas l’air de se plaindre d’avoir accès aux marchés étrangers où elle réalise… un tiers de son chiffre d’affaires !

Guillaume Pépy lui-même explique que la concurrence, ça peut avoir du bon :

Nous sommes présents dans plus de 120 pays, même si peu le savent. Les trains de banlieue à Washington, le tramway de Melbourne, c’est nous. Cela nous apporte en termes de chiffre d’affaires mais aussi en termes d’emploi. Beaucoup d’ingénieurs français travaillent ainsi pour des projets à l’étranger.

Il s’agit d’ « une vieille manie française », déplore Éric Verhaeghe.

On trouve très bien que la SNCF gagne des marchés à l’étranger, mais on tremble d’indignation à l’idée que des étrangers gagnent des marchés en France.

Ce n’est donc pas demain la veille que les cheminots français vont défiler pour la renationalisation des chemins de fer à l’étranger : l’Internationale n’est plus de mise pour ces communistes nouvelle génération !

Et VOUS, voudriez-vous revenir à France Télécom ou à Air Inter ?

#JesoutienslesCheminots… ou pas ; choisis ton camp, camarade !

Pour plus d’informations, c’est ici.

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  • Celà s’ apparente au syndrome de Stockholm………..

  • Tout en étant parfaitement en accord avec le fait que l’état est incompétent pour gérer les transports (entre autres), il est un fait qui me trouble : en tant qu’usager régulier des transports en Suisse, je constate que les CFF entièrement sous contrôle de la confédération sont d’une qualité et d’une régularité exemplaire et les liaisons avec les autres domaines privés (Trams, bateaux, bus ) sont parfaitement maîtrisés jusqu’à des heures très tardives en soirée.
    Même si les billets sont chers, et cela vaut le coup, une grande partie est payée par l’impôt fédéral.
    Il ne s’agit pas pour moi de défendre la mainmise de l’état sur la gestion du transport, mais de définir clairement la frontière entre les tâches régaliennes et le domaine privé, libre ou sous contrat.
    Par exemple, telles les routes et les cours d’eau, on peut définir le maillage, l’entretien et la construction des voies comme domaine d’état et louer le réseau au privé, tâche à ces derniers d’équilibrer leurs comptes.
    Mais je ne veux pas entendre parler de dette en ce qui concerne le réseau, à charge de l’état de financer ce dernier avec une toute petite partie des 1200 milliards ponctionnés aux citoyens prétendument dans ce but…
    Ou alors chaque privatisation entraîne une diminution proportionnelle du montant des prélèvements, dès que le service que l’état est supposé nous fournir en échange disparaît du catalogue…

  • S’agissant du déficit du régime de retraite, il me semble qu’il faut faire la part des choses.
    L’effectif cheminot a décru constamment de la création de la SNCF à nos jours:
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_nationale_des_chemins_de_fer_fran%C3%A7ais#La_SNCF_aujourd'hui
    Toutes choses égales par ailleurs, il y a donc plus de retraités par actif qu’il n’y en aurait avec un effectif stable ou en croissance.
    Les pensions des retraités des entreprises (hors SNCF) qui ont réduit leurs effectifs ou n’existent plus sont financées par les cotisations de l’ensemble des actifs.
    S’il est normal que les Cheminots financent le surcoût des retraites dû à l’âge précoce de départ, il le serait moins qu’ils le fassent pour celui qui est dû aux évolutions démographiques.
    Je n’ai pas trouvé quelle est la part de déficit qui revient à chacune des deux causes évoquées ici.

  • Guignolerie qui n’est jamais sortie dans la presse : j’étais dans un train qui venait de Caen et était terminus à Paris Saint Lazare. Ce train s’est arrêté « pour une durée indéterminée » en gare d’Achères-Ville. Au bout d’une durée effectivement indéterminée, le contrôleur annonce aux passager que ce train ne continue pas (pourquoi ? Personne ne l’a jamais su chez les passagers) et qu’ils devaient descendre pour emprunter le train qui allait partir de la voie d’en face.
    Pas d’accompagnement, pas d’autre explication.
    Le train de la voie d’en face était… un RER A. Donc certainement pas la même destination. Charge bien sûr aux passager parisiens d’expliquer à ceux qui avaient mémorisé leur trajet depuis la Gare Saint Lazare comment ils allaient pouvoir retomber sur leurs pieds depuis Auber. Et bien sûr, une belle rigolade pour passer les portiques du RER avec leur joli billet TER / Grandes lignes pourtant parfaitement valide.
    Ce jour là, j’aurai rêvé d’être contrôlé dans le RER…

    • Je prends très souvent le TGV Strasbourg / Paris. Sur cette ligne nous avons droit aussi à une liaison avec un ICE opérée par la Deutsche Bahn. Je peux donc comparer très facilement la différence des prestations de ces deux sociétés sur cette ligne. Comme disent mes petits enfants : Il n’y pas photo ! Je crains que la mise en concurrence de la SNCF fasse tomber de leur piédestal les employés de cette société. Les allemands que je côtoie dans les TGV me demandent : Mais comment peut-on en arriver à un tel mépris des clients (et non usagers) de la part de la SNCF ? Réponse donnée par l’un des commentateurs : C’est une partie de la France, cette France qui est restée à l’heure du communisme. En fait, c’est cette France qui perd, constituée de gens qui préfèrent crever que de se remettre en question.

  • Les français sont des demeurés, c’est le problème de ce pays!

  • Il est assez surprenant d’apprendre que notre pays compte 46% de demeurés indécrottables, qui veulent conserver une SNCF coûteuse et ses prestations minables (ou plutôt son « m’en-foutisme ») , ainsi que des gares archaïques et écoeurantes de saletés .
    Il est à admettre qu’ils aiment payer des impôts inutiles pour entretenir une quelconque médiocrité.
    Il est clair qu’aucun de ses 46% ne renoncerait au choix (sans être offusqué) qu’offre la concurrence des téléphones. Mais pour la SNCF… ? Où est la logique ? Est-ce l’intitulé « service public » qui dicte à ces esprits obtus, l’automatisme d’une gestion d’Etat ?
    Rien de contradictoire qu’un service public, ferroviaire ou autre soit gérer par des entreprises privées. Je ne vois pas où est le problème… bien au contraire, c’est assainissement des finances publiques.

    • 46%, c’est pas mal compte-tenu du fait qu’il y a 53% de gens exonérés de l’IR, et pour lesquels ça ne semble rien coûter. Ca fait 7% au moins qui sans payer trouvent quand même que les cheminots exagèrent…

  • je suis stupéfait de certaines déclaration.a qui la faute de la mauvaise gestion de la SNCF,d’après ce que je lis ce sont les cheminots !!! les politiques,les élites de l’ENA ,les 1er ministres,les ministres de transports ,eux n’ont aucune responsabilité. .
    ET vous gober ça, sans broncher…nous avons à faire à des escrocs de la pensée des aristo du 21 ème siècles.. …il n’y aucuns transports public sans sudventions …et puisque vous êtes aussi sur de vous ,privatisons là SNCF maïs aucune sudventions ni d’État,Régions et départements. ..demander des comptes à ce petit Mr Pepy la girouette de service 2 mandats à l’a tête de la SNCF. ..quel est sont bilan à ce pantin …catastrophique ..comme d’autres avant ….

  • Vous citez des guignoleries qu n’en sont pas. Le premier exemple est faux. il suffit de réfléchir, la signalisation sert a quoi? La vérité est que le conducteur a eu ordre de ne pas s’arreter pour fluidifier le trafic. c’est encore un article pour décrédibiliser la SNCF.

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