Le libre-échange est source de progrès

La concurrence – même déloyale – est préférable au protectionnisme et aux droits de douane. Car la concurrence fait progresser mais pas les impôts.

Par Simone Wapler. 

Dans Les Échos, Jean-Marc Vittori rejoint le camp des partisans du protectionnisme et des droits de douane et signe un éditorial intitulé : « Les économistes découvrent les dégâts du libre-échange ».

Et si Donald Trump avait raison de fermer les frontières ? Longtemps, la grande majorité des économistes aurait bondi à cette question. Voyons, les avantages du libre-échange sont trop évidents ! Ses bénéfices sont d’ailleurs l’un des sujets sur lequel les chercheurs sont le plus d’accord. Mais ils publient désormais des travaux troublants.

La concurrence chinoise tuerait plus de 100 emplois par jour en France. Elle expliquerait le quart des destructions d’emplois dans l’industrie américaine (chiffres portant sur le début des années 2000).

Les idées fausses sont comme les mauvaises herbes ou les espèces envahissantes. Elles finissent toujours par ressurgir alors qu’on pensait s’en être débarrassé.

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Les Chinois, les Mexicains, les plombiers polonais voleraient/détruiraient les emplois des Américains ou des Français.

Au XIXe siècle le maçon italien volait déjà le pain des Français.

Au milieu du XXe siècle c’était les Japonais qui détruisaient les emplois des Occidentaux.

Tous les économistes admettent désormais l’idée que la mondialisation fait des gagnants et des perdants. Ils exploitent de nouveaux outils pour analyser plus finement les effets des échanges. Les débats restent vifs. Un expert reconnu du commerce international, Gary Hufbauer, a ainsi calculé que les droits de douane imposés par les États-Unis en 2009 sur les pneus chinois ont permis de préserver 1 200 emplois dans l’industrie américaine du pneu… mais qu’ils en ont détruit trois fois plus dans le commerce.

La mondialisation fait peut-être des gagnants et des perdants mais les taxes ne font que des perdants : ceux qui les paient.

Sans la concurrence chinoise – très déloyale – combien coûteraient nos tee-shirts, notre électronique, de la porcelaine bon marché, des ustensiles de cuisine, des bicyclettes, des voitures… ? Quel serait le pouvoir d’achat des victimes françaises de la mondialisation ?

Peut-être que monsieur Vittori et ses économistes devraient faire un voyage d’études dans les pays à protectionnisme fort pour vivre à l’épreuve de la réalité leurs belles idées.

Je ne parle même pas des pays à frontières étanches du genre de la Corée du Nord ou de l’ex-URSS.

Je parle par exemple du Congo où je séjourne actuellement. Tous les produits importés sont soumis à de fortes taxes. Bien entendu, c’est pour aider l’industrie locale à se développer, selon le discours officiel de son dirigeant Denis Sassou-Nguesso, « l’infatigable bâtisseur », comme le proclamaient ses derniers slogans de campagne.

Droits de douane au Congo Brazzaville

Résultat : un simple robinet mitigeur coûte environ 600 euros, la quincaillerie est hors de prix, les gens arrivent avec des pneus de deux-roues dans leurs bagages. Les seules choses qui ne soient pas chères, à Pointe Noire, c’est la langouste et la bière locale.

Quant à l’industrie congolaise, hé bien, si elle s’était développée, tout cela ne coûterait pas si cher, non ?

Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas

Sans le vouloir, Jean-Marc Vittori apporte de l’eau au moulin des libre-échangistes et nous fait toucher du doigt le principe exposé par l’économiste libéral français du XIXe, Frédéric Bastiat.

Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n’engendrent pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit.

Entre un mauvais et un bon économiste, voici toute la différence : l’un s’en tient à l’effet visible ; l’autre tient compte et de l’effet qu’on voit et de ceux qu’il faut prévoir.

Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. — D’où il suit que le mauvais économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d’un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d’une petit mal actuel. Frédéric Bastiat, Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, 1850

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Il y a toujours dans le commerce ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, et peu d’interventionnistes modernes sont capables d’appréhender ce qui ne se voit pas. Jean-Marc Vittori nous en donne un magnifique exemple :

David Autor, un économiste du travail qui oeuvre au MIT de Boston, a lancé un pavé dans la mare il y a cinq ans. En examinant avec David Dorn et Gordon Hanson l’impact des importations chinoises au niveau des comtés américains exposés à cette concurrence, il a montré qu’elles ont détruit un million et demi d’emplois industriels entre 1990 et 2017.

« Tu es contre le libre-échange ? » lui demanda un collègue lorsqu’il présenta ses travaux. Robert C. Feenstra, de l’université de Californie, avec Hong Ma et Yuan Xu, de l’université Tsinghua, ont pris les mêmes outils pour montrer (6) que la croissance des exportations américaines avait permis de créer presque autant d’emplois.

La destruction d’emplois se voit, mais la hausse des exportations (et des emplois qui y sont liés) ne se voit pas…

On peut toujours mener beaucoup d’études statistiques et les faire payer aux contribuables mais il est des évidences qui ne devraient jamais être perdues de vue :

  • La concurrence est la seule façon de progresser, même la concurrence déloyale !
  • Les déséquilibres commerciaux actuels ne seraient pas possibles avec un système monétaire honnête et sain, adossé à de la monnaie marchandise et non pas à de vagues promesses de payer un jour ce qu’on ne pourra pas payer.

Pour plus d’informations, c’est ici