7 raisons pour lesquelles la menace GAFA est exagérée

Google Logo in Building43 By: Robert Scoble - CC BY 2.0

On est loin du concept d’une élite égoïste monopolisant la technologie et ses bienfaits.

Par Thomas Jestin.

On entend actuellement beaucoup parler de Laurent Alexandre, et notamment de la dystopie qu’il brosse pour le futur de notre espèce.

Il craint en particulier que les Européens ne se fassent, au choix, écraser, dévorer, exploiter par, au choix, les Américains via les GAFA ou les Chinois via les BAT (Baidu, Alibaba, Tencent).

L’auteur non seulement nous dresse là un tableau bien sombre et pessimiste de l’avenir, mais surtout le présente au travers de ses interventions et écrits comme un scénario probable.

Si ce qu’il envisage est possible, je vais essayer de démontrer ici en 7 points pourquoi c’est improbable :

  1. Les GAFA sont plus concurrents qu’alliés, et ce sont nous les consommateurs à travers le monde qui en profitons le plus
  2. Les GAFA partagent très largement, souvent gratuitement, le fruit de leurs recherches, qui profitent à tous
  3. Les entreprises de l’ancien monde n’ont pas dit leur dernier mot face aux GAFA
  4. Et comme par le passé, des nouveaux venus pourraient très bien damer le pion au GAFA
  5. Les plateformes publicitaires de Google et Facebook rendent un grand service au reste de l’économie
  6. Avec OpenAI, l’écosystème de la Silicon Valley sécrète son propre antidote
  7. Derrière les grands groupes techs américains : bien souvent des philanthropes et des génies avec l’ambition de sauver l’humanité

Les GAFAs sont plus concurrents qu’alliés, et ce sont nous les consommateurs qui en profitons le plus

Désigner les grands groupes technologiques sous le sigle de GAFA est à la mode. Mais l’orthographe de cet acronyme fourre-tout ne cesse d’évoluer au gré des envies et des annonces. Tantôt GAFA, parfois GAFAM, aussi GAFAMI.

Je propose GAFAMINHBATX pour englober toux ceux qui ont de vraies ambitions en intelligence artificielle : Google (enfin Alphabet), Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, IBM, Nvidia, Huawei, Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi. Voire GAFAMINHBATXNATU, avec N pour Netflix, A pour Airbnb, T pour Tesla et U pour Uber, compte tenu des trésors d’informations que collectent et analysent ces entreprises : ce qu’on regarde, où on veut dormir, où on va.

Ces entreprises sont si nombreuses, pourquoi alors se croire à la merci d’un monopole ou duopole ?

Beaucoup d’entre elles se livrent une concurrence féroce dans certains domaines.

Et en tant que consommateurs et utilisateurs, nous profitons de meilleurs services, moins chers, voire gratuits ! Certes, quand c’est gratuit, nous sommes le produit, mais il n’empêche que nous n’avons pas à sortir notre porte-monnaie, nous gagnons du temps pour de meilleurs services. Ce n’est pas un échange à sens unique : oui, j’abandonne des infos à Google, mais en échange je profite d’un service qui me simplifie la vie grandement, j’ai un meilleur accès à l’information que mes arrière-grands-parents.

Ensuite, il faut comprendre que c’est une situation de dépendance réciproque : les GAFA ont autant besoin de nous qu’inversement, si nous passions tous de Google à Bing qui est aussi bien (dixit Bill Gates), et sachant que Google tire plus de 90 % de ses revenus du search, il ne durerait pas longtemps, aucun de ses moonshots n’est rentable.

Beaucoup d’entreprises ont une peur panique de la tempête Amazon, si bien que dès que le groupe américain annonce se lancer dans un secteur, le cours de bourse des entreprises du secteur en question accuse le coup ! Mais c’est oublier que si Amazon triomphe, c’est parce que les consommateurs le choisissent, car la plateforme propose des produits moins chers, et permet de les acquérir plus simplement, en économisant de son temps ! Je me réjouis qu’Amazon existe, et ce n’est pas la fin du monde s’il n’est pas français. Si Amazon n’existait pas, il faudrait l’inventer sur le champ !

Laurent Alexandre s’entête à associer citoyens américains et entreprises américaines d’un côté, et citoyens européens et entreprises européennes de l’autre, comme si une nationalité partagée devait faire coïncider parfaitement leurs intérêts. Mais un consommateur n’est pas le plus souvent actionnaire d’une entreprise, même s’il en partage la nationalité. En tant que consommateur ou utilisateur, à choisir, je préfère le meilleur service d’une entreprise américaine au moins bon service d’une entreprise européenne. Laurent Alexandre pense peut-être que choisir d’utiliser un service européen, même de qualité moyenne, est un geste citoyen qui permet de retenir et créer des emplois dans nos contrées. Mais d’une part les géants du numérique et de l’IA d’aujourd’hui et de demain n’ont de toute façon plus vocation à créer des centaines de milliers d’emplois directs comme le Kodak de jadis, et d’autre part les GAFAs ne se privent en fait pas de créer des emplois en Europe, à l’image de Facebook qui a annoncé vouloir développer son équipe parisienne dédiée à l’IA !

Les GAFA partagent très largement, souvent gratuitement, le fruit de leurs recherches, qui profitent à tous

Parce que les GAFAMINHBATXNATU, pour survivre et préparer l’avenir, doivent recruter les meilleurs chercheurs en IA notamment. Or, ceux-ci sont avant tout des universitaires davantage motivés par le souci de faire avancer la science que s’enrichir. Il leur faut donc garantir à ces chercheurs, pour les convaincre de les rejoindre, que leurs travaux seront partagés avec le reste de la communauté scientifique. Ainsi Facebook a pu recruter l’expert Français de l’IA Yann LeCun en lui permettant de continuer à enseigner en parallèle à la New York University.

Pour citer France Inter :

Pas question pour les chercheurs de FAIR, le laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook, de parler du nouveau fil d’actualité du réseau social, ils n’y sont pour rien. Le laboratoire de Paris fait, en effet, de la recherche fondamentale et ouverte. Certes les travaux et découvertes qui y sont effectués profitent à terme au réseau social mais le but de ses chercheurs est de publier leurs avancées pour qu’elles bénéficient à toute la communauté scientifique. Une Condition indiscutable pour attirer les meilleurs. C’est comme cela que Facebook a réussi à recruter Yann Lecun, l’un des plus grands spécialistes mondiaux de l’IA.

 

Si les masses de data à la disposition des GAFAMI, au premier rang desquels Google, leur confère, c’est vrai, un avantage dans la mise au point d’algorithmes d’IA de pointe, ils en font très largement profiter le grand public tiers avec entre autres des librairies open source, comme TensorFlow, qui permettent aux développeurs tiers de réutiliser et déployer sans effort des briques d’IA dans leurs applications.

C’est si simple que récemment par exemple quelqu’un a pu utiliser ces librairies pour produire en quelques heures des vidéos pornographiques où le visage d’actrices connues avait remplacé de façon réaliste celui des actrices pornos ! Avec l’accès libre à la technologie du face swap (échange de visage), maintenant n’importe quel ado un peu dégourdi peut produire des vidéos de synthèse qui auraient nécessité des millions de dollars ne serait-ce que l’année dernière, pour le meilleur ou pour le pire, c’est un autre débat ! (source).

Un autre service, Cortex, va se lancer et permettra aux non-développeurs de déployer des briques de base de l’IA et du Machine Learning via une interface visuelle simple d’accès.

Et encore une autre information qui vient tordre le cou à l’idée obsessionnelle de Laurent Alexandre selon laquelle les GAFAMINBATXH vont régner en maître au détriment de toutes les autres entreprises et des consommateurs : Google rend public « AutoML » qui permet de se doter d’algos de Machine Learning sur mesure sans avoir à coder quoi que ce soit. Le service permet d’appliquer à ses besoins des algos en reconnaissance d’image, et cela devrait bientôt être étendu à la génération de parole (synthèse vocale), la traduction, la vidéo, la reconnaissance du langage. Google explique : « L’idée est de permettre à n’importe qui d’uploader ses photos et de récupérer un algo entraîné à déployer sans ses applications ». Un des premiers utilisateurs est Disney qui s’en sert pour permettre aux visiteurs de ses sites internet de retrouver plus facilement des images. « Tout se fait avec du drag and drop » (glisser et déposer).

Google et Microsoft ont déjà rendu publics des APIs (interface) permettant à n’importe quel développeur de détecter des émotions sur une photo de visage, dont mon entreprise KRDS s’est par exemple servi dans une campagne récompensée par des prix en Asie.

Le président de Microsoft Brad Smith explique

Nous sommes l’une des trois ou quatre ou cinq entreprises que les gens considèrent je crois comme les plus avancées sur l’IA. […]. Nous ne sommes pas en train de construire l’IA telle une boîte noire que les gens achèteraient ensuite. [… ] Comme je l’ai déjà dit, nous essayons de démocratiser l’IA, c’est-à-dire que nous prenons les briques de base de l’IA et les rendons disponibles à tous. Il n’y a probablement pas d’entreprise qui partage plus sa recherche que Microsoft. Car chez Microsoft Research, on publie !

 

Et à l’Executive Vice President de Microsoft  Harry Shum de surenchérir :

Notre philosophie est de publier tous nos travaux de recherche. Nous les partageons avec la communauté, le monde académique et industriel. L’IA ne fait pas figure d’exception.

Dans la continuité de ce mouvement de démocratisation, Google va aussi donner accès via le cloud à ses puces Tensor Processing Units (TPU) conçues pour des algorithmes de deep learning et utilisées dans la reconnaissance vocale sur Android et par Google Translate et Google Assistant entre autres. Cette annonce a été saluée par exemple par Lyft qui y voit un moyen de mieux concurrencer son concurrent Uber. Cela rappelle ce qu’Amazon a fait avec l’hébergement massif dans le cloud à la demande, qui a révolutionné, pour le meilleur, la vie des startups et donc l’innovation et la concurrence.

Certes, les sceptiques diront qu’en chemin on donne toujours plus d’infos à Google, l’aidant gratuitement à devenir meilleur, et nous rendant encore plus dépendants que jamais de lui… peut-être, mais cela permet aussi à davantage de monde d’appliquer l’IA à tous les domaines de l’économie. Le bilan est très probablement positif pour l’humanité.

L’IA est en train de devenir une commodité, et d’ailleurs à ce titre Laurent Alexandre se contredit puisqu’il dit lui-même dans son livre « L’IA s’achètera demain comme l’électricité aujourd’hui ».

La théorie de la mainmise irréversible des GAFA(MINHBATXNATU) sur le potentiel de l’IA ne résiste pas à l’analyse.

Les entreprises de l’ancien monde n’ont pas dit leur dernier mot

Il est bien présomptueux de considérer que les GAFAMINHBATX ont déjà gagné la bataille !

Certes ils ont accès à beaucoup de données, mais ce ne sont pas les seuls !

Les entreprises autres que GAFAMINHBATX, comme les banques, compagnies d’assurance, les groupes pharmaceutiques, les groupes de l’agroalimentaire, etc., ont aussi accumulé des tonnes de data. La « commoditisation » de l’IA (c’est-à-dire sa démocratisation et sa banalisation) est une chance pour elles de revenir dans le jeu, il leur appartient de structurer leurs données pour les rendre mieux exploitables.

Avec ce partage très large des outils de base de l’IA décrit précédemment, et avec les débauchages en court, le savoir finit par se répandre, et les géants d’hier commencent enfin à sortir de leur torpeur.

The Economist titrait par exemple « 2018 will be the year that big, incumbent companies take on big tech » (2018 est l’année où les géants de l’ancien monde contre-attaque).

Un exemple probant est celui de General Motors : alors qu’on pouvait penser que Google/Alphabet dominait le créneau des voitures autonomes avec leur nouvelle entité dédiée Waymo, qui comptabilise plus de kilomètres parcourus sans pilote que toute autre entreprise, à la rigueur talonnée par Tesla d’Elon Musk, la réalité serait tout autre : GM serait repassé en tête, avec Waymo en second, tandis que Tesla est empêtré dans des retards de production. Fabriquer des voiture en masse ne se fait pas en quelques années, au contraire de rattraper son retard en IA, semble-t-il.

La banque J.P.Morgan est du même avis, elle annonce dans son guide An Investor’s Guide to Artificial Intelligencepage 2que l’IA n’est pas un « winner-takes-all market », et que

beaucoup d’entreprises traditionnelles possèdent aussi et créent régulièrement de l’information précieuse dans leur domaine (sur leurs clients, produits, procédés, chaîne d’approvisionnement, etc.). Ces entreprises doivent a minima s’assurer de digitaliser leurs informations puis utiliser l’IA ainsi que d’autres outils analytiques et d’efficacité opérationnelle pour en maximiser la valeur.

Pensez ne serait-ce qu’aux banques qui savent combien on a dépensé, comment et où, depuis des années ! Je sais ce que tu achètes, l’IA me dirait qui tu es.

Autre exemple intéressant, je lisais que

la conférence organisée par Léonard, l’entité innovation du groupe Vinci, a désigné un nouveau héros, capable de damer le pion à Google ou Facebook : le tunnelier. Équipé d’un data center embarqué, il peut analyser et comparer le terrain qu’il creuse en temps réel, plusieurs centaines de mètres sous terre et sans l’aide d’internet. Une vraie mine de données inaccessible aux GAFA. « La nouvelle force des industriels est là, leur rôle est maintenant de trouver l’aiguille de valeur dans la botte de données » a expliqué Vincent Champain, General Manager de la GE Digital Foundry. »

On dit aussi couramment que la data est le nouveau pétrole. Mais comparaison n’est pas raison, elle est ici limitée : on ne peut pas copier-coller un baril de pétrole, à la différence de la data. Le pétrole existe en quantité finie, alors qu’on peut créer une infinité de données. Il suffit donc que les gouvernements imposent aux GAFA de permettre aux utilisateurs le portage de toujours plus de leurs informations d’un concurrent à l’autre pour affaiblir encore plus la position des GAFA. Cette portabilité des informations des utilisateurs est d’ailleurs prévue dans la nouvelle loi GDPR que Laurent Alexandre dénonce pourtant !

Et comme par le passé, des nouveaux venus pourraient très bien damer le pion au GAFAs

Prenons le créneau du système d’exploitation de la maison. Sur ce marché naissant, c’est a priori Amazon et Google qui sont les mieux placés, mais on peut imaginer qu’ils se fassent coiffer au poteau par un nouveau venu, car faire coopérer les applications de la maison, ce n’est pas ce qu’il y a de plus sorcier non plus techniquement. Comme Facebook a su s’imposer sur les réseaux sociaux là au Google a échoué, comme Google a su percer sur le search là au Microsoft a trébuché, comme Microsoft a explosé en roulant dans la farine IBM.

Pourquoi l’histoire devrait-elle soudain s’arrêter ?

L’IA serait différente ?

Oui et non, on l’a vu, elle impressionne mais devient aussi rapidement une commodité de plus en plus accessible de tous. Ce qui semble faire la différence au final relève plus de l’ergonomie, de la facilité d’usage. Les gens veulent une expérience sans friction avant tout, en plus des meilleurs prix.

Laurent Alexandre en fait des tonnes sur l’importance de la data, et notamment sur le fait que l’immense quantité de données dont jouissent les GAFA lui confère un avantage injuste, mais en IA, parfois il ne faut que de peu de data pour offrir des produits révolutionnaires.

Quand on dit données, on n’évoque pas forcément des données privées d’internautes. Une donnée, pour faire simple, c’est une information de ce monde qu’on a digitalisée. On peut en créer sans fin, par exemple en filmant le sol depuis le ciel avec des drones.

Sébastien Thrun, chercheur en IA assisté de 2 ingénieurs, et d’une multitude d’étudiants via le MOOC Udacity (dont seulement les meilleures contributions étaient rémunérées via des prix) a pu recréer un algorithme capable de conduire en autonomie sur une route juste après avoir digéré 20 films du trajet, avec des images parfois trop sombres pour les humains, sans données radar, juste des images du spectre visible des humains. Ceci a pris 48 heures à sa petite équipe aidée d’étudiants ; il dit que cela aurait pris 6 mois à une entreprise comme Facebook. N’importe qui de son niveau d’étude en Europe aurait pu le faire, pas besoin d’être un GAFA et d’avoir beaucoup de données utilisateurs pour cela. Grâce au deep learning, la petite équipe de Sébastien Thrun a pu produire en 3 mois une IA de conduite autonome presque aussi douée que celle de Google qui a demandé 7 ans de travaux car reposant sur d’autres techniques moins abouties.

Le même S. Thrun a développé un logiciel, toujours grâce au deep learning, qui reconnaît mieux que les meilleurs dermatologues les mélanomes, juste après avoir digéré 129 000 photos. On ne parle pas de millions ou de milliards de photos ici.

La forteresse supposée des GAFAM semble moins imprenable tout d’un coup.

Ce qui freine l’éclosion de géants européens, c’est surtout la fragmentation du continent sur le plan réglementaire (et linguistique). Il n’y a pas de marché européen homogène dans lequel un acteur peut naître et gagner une taille critique assez rapidement de façon à pouvoir ensuite faire face à la concurrence des acteurs extra-européens.

Les plateformes publicitaires de Google et Facebook rendent un grand service au reste de l’économie

Google et Facebook offrent par ailleurs aussi aux annonceurs des moyens de mieux cibler leurs messages, de pouvoir toucher les bonnes personne au bon moment pour moins cher qu’avant. Toutes les entreprises peuvent en profiter. Google et Facebook de ce point de vue là rendent grandement service à l’économie au sens large, permettant justement à toujours plus d’entreprises européennes de naître et se développer plus vite, créant emplois et simplifiant encore davantage la vie des consommateurs. Avant Facebook et Google, il aurait été très difficile de lancer une entreprise à travers le monde ou l’Europe aussi vite. Laurent Alexandre a une vision bien trop réductrice du rôle des GAFA dans l’économie et dans nos vies.

Pourquoi s’obstine-t-il donc tant à opposer Américains et Européens et à parler de guerre ? C’est bien moins manichéen et centralisé qu’il veut le croire. N’importe quelle entreprise européenne peut justement brûler les étapes et utiliser par exemple TensorFlow de Google, les trouvailles d’open AI (voir ci-dessous) et les plateformes publicitaires de Google et Facebook pour lancer un service bien plus rapidement qu’avant, et aller se développer en Europe, et pourquoi pas aussi aux US.

C’est vrai enfin que la démocratie a souffert provisoirement avec les détournements de ces plateformes, mais gageons qu’elles en tireront les leçons et compliqueront leur accès aux agendas politiques.

Avec OpenAI, l’écosystème de la Silicon Valley sécrète son propre antidote

Les GAFA génèrent diverses réactions, avec par exemple l’initiative OpenAI lancée entre autres par Elon Musk qui a pu embaucher parmi les meilleurs chercheurs en IA. « OpenAI is a non-profit artificial intelligence research company that aims to promote and develop friendly AI in such a way as to benefit humanity as a whole. » (OpenAI est une organisation à but non lucratif dont l’objet est de faire de la recherche en intelligence artificielle dans le but de promouvoir et développer une IA amicale telle qu’elle puisse profiter à l’humanité toute entière)

OpenAI partage tous ses travaux gratuitement et se concentre notamment sur les enjeux cruciaux de l’AI Safety, à savoir la recherche de moyens de s’assurer qu’une IA qui deviendrait trop capable ne pourrait pas nuire à l’Homme.

Derrière les grands groupes techs américains : bien souvent des philanthropes et des génies avec l’ambition de sauver l’humanité

En plus d’avoir créé certaines des entreprises derrière les services et produits meilleurs et/ou moins chers que ce qui se faisait et que nous nous arrachons, leurs fondateurs s’illustrent aussi par leur charité et l’ambition de la mission qu’ils se donnent.

La plupart d’entre eux ont l’humilité de reconnaître qu’ils doivent leur puissance soudaine et leur richesse en grande partie à la chance, en plus de leur talent et travail. Ils ont certes fait ce qu’il fallait faire, mais ils ne sont pas les seuls génies à avoir transpiré, ils se sont aussi trouvés ou bon endroit au bon moment. Quand Zuckerberg finit par pondre en deux jours un trombinoscope des élèves d’Harvard suite aux demandes répétées de camarades, il est le premier étonné du succès. Laurent Alexandre salue la vision des GAFA, mais en réalité dans bien des cas leurs débuts ont été hasardeux. Si bien que la réussite de ces dirigeants devenus demi-dieux force sur eux une responsabilité immense, celle de rendre à la société qui leur a permis de prospérer au-delà de toute espérance.

Par exemple, Bill and Melinda Gates (77 Md$ de patrimoine), Larry Ellison (fondateur d’Oracle, 49 Md$), Mark Zuckerberg and Priscilla Chan (35 Md$), Paul Allen (l’autre cofondateur de Microsoft, 17 Md$), Elon Musk (15 Md$),  Dustin Moskovitz (l’autre cofondateur de Facebook, 10 Md$) ou encore Tim Cook (CEO d’Apple, 0,8 Md$), entre autres, participent tous à The Giving Pledge, ils ont ainsi déclaré solennellement vouloir donner la majorité de leur fortune (au moins 50 %) avant leur mort à des oeuvres humanitaires.

365 Md$ de promesses de dons ont ainsi été annoncées par 139 philanthropes (pour un patrimoine cumulé s’élevant à 731 Md$).

Les mauvaises langues diront que cette générosité n’est pas complètement désintéressée, et qu’elle sert aussi voire surtout, au choix, à échapper à l’impôt ou à soigner leur réputation.

Ce procès d’intention fatigue, réjouissons-nous que tant de fonds soient promis à des causes humanitaires. Ces hommes qui ont tout, comprennent que le dernier étage de la pyramide de Maslow est sans doute d’aider à s’émanciper et s’épanouir dans le monde ceux qui n’en ont pas encore la chance. L’ultime façon de briller et de prouver sa respectabilité tout en haut de cette pyramide, de continuer à donner un sens à sa vie, une fois qu’on a tout réussi, semble être de donner toujours plus aux autres, et de s’assurer que ses dons aient le plus grand impact possible !

Face à ce constat, pourquoi Laurent Alexandre et YNH considèrent-ils si probable que l’élite préfère ignorer voire mépriser le reste des humains ? La situation actuelle montre tout le contraire !

Au-delà de la pure charité, ce qui est à noter est l’ambition que certains d’entre eux affichent.

 

Bill Gates et sa femme ont créé leur fondation, Bill Gates y consacre le plus clair de son temps, voici ce qu’en dit wikipedia :

La fondation Bill-et-Melinda-Gates (Bill & Melinda Gates Foundation) est une fondation américaine humaniste philanthropique créée en janvier 2000. Son but est d’apporter à la population mondiale des innovations en matière de santé et d’acquisition de connaissances. La fondation a en 2015 une dotation de 43,5 Md$ et a dépensé 3,9 Md$ en 2014. Sa devise « toutes les vies ont une valeur égale », ainsi que l’accent mis sur le rapport coût-efficacité de chaque intervention en font une des principaux acteurs du mouvement d’altruisme efficace.

Le caractère scientifique de l’approche de Bill Gates avec sa fondation (la plus grande qui soit et qui recevra notamment l’essentiel de la fortune de Warren Buffet) peut ainsi nous rassurer sur l’exigence d’efficacité associée aux montants engagés !

La majorité de l’héritage de Bill Gates devrait revenir à sa fondation, par laquelle il est devenu l’un des plus grands donateurs contre la pauvreté dans le monde, avec plusieurs milliards de dollars de sa fortune personnelle. En 2006, il a annoncé qu’il léguerait 95 % de sa fortune à la lutte contre les maladies et l’analphabétisme dans les pays du sud.

Autre contradiction de Laurent Alexandre qui d’un côté se montre bien prompt à dénoncer les GAFA mais salue de façon dithyrambique, et à raison, l’action de Bill Gates dans son livre. Alors que sans Microsoft, pas de fondation Bill et Melinda Gates.

Elon Musk, en plus de sa promesse de don, dit avoir lancé Tesla avant tout pour généraliser l’usage des moteurs électriques non-polluants, allant jusqu’à rendre open-source tous ses brevets ! Non content de seulement aider à dépolluer la planète, Elon Musk a lancé Space X avec objectif de coloniser Mars au plus tôt pour y sauvegarder l’humanité et nous prémunir contre le risque existentiel de cataclysme sur Terre. Même si envoyer l’Homme sur Mars serait un erreur (comme je l’explique en détail sur ce site dédié), en chemin Elon Musk est en train de faire chuter le coût d’accès à l’espace grâce à ses fusées réutilisables ! Cela va permettre de sertir la Terre d’une constellation de satellites offrant internet à tout le monde, et partout, de moins en moins cher. Cela ouvrira aussi la voie, entre autres, à l’exploitation des astéroïdes du système solaire qui regorge de matière ! Elon Musk est aussi derrière OpenAI on l’a dit. Enfin ce génie pense que la seule façon pour l’Homme de ne pas se faire dépasser par les machines est de pouvoir fusionner avec elles ; il a lancé une nouvelle ligne à la mer à cette fin avec l’entreprise Neuralink.

Jeff Bezos quant à lui, fondateur d’Amazon qui casse les prix et nous simplifie la vie, est en train de réinvestir une grande partie de sa fortune à raison d’un milliard de dollars par an dans son autre entreprise Blue Origin en concurrence avec Space X pour démocratiser l’accès à l’espace. Jeff Bezos est passionné par l’espace depuis son plus jeune âge et veut faire advenir un futur avec des millions d’humains vivant et travaillant dans l’espace. Conjointement avec la banque JPMorgan et Berkshire Hathaway, l’entreprise de Warren Buffet, Jeff Bezos s’apprête aussi à lancer une assurance santé à but non lucratif pour ses employés, qui se veut plus avantageuse que tout ce qui existe sur le marché américain (ce n’est pas difficile). Certes ce n’est pas complètement désintéressé, mais c’est la preuve que capitalisme peut aussi rimer et coïncider avec progrès social. Cette offre pourrait pourquoi pas être étendue au reste des Américains !

Paul Allen, l’autre cofondateur de Microsoft, est un philanthrope averti. Il a réinvesti sa fortune dans la recherche scientifique au travers des Allen Institutes for Brain Science, Cell Science and Artificial Intelligence. Il participe au renouveau de l’industrie aérospatiale via Stratolaunch et Scaled Composites (connu pour l’appareil SpaceShipOne que Richard Branson souhaite utiliser avec Virgin Galactic pour lancer le tourisme spatial). Il finance toutes sortes d’opérations à but non lucratif comme en 2016 le plus grand recensement d’éléphants jamais réalisé à ce jour.

Enfin un mot sur Mark Zuckerberg. Même si Facebook est très critiqué récemment pour contribuer à enfermer ses utilisateurs dans des bulles d’informations polarisantes et en partie mensongères, son fondateur en a pris acte et s’est donné pour mission de rectifier le tir. Il nourrit aussi en parallèle un projet de distribuer un internet haut-débit depuis le ciel via des drones. Il multiplie par ailleurs les donations, notamment dans le milieu de l’éducation et la santé, domaines auxquels il a annoncé vouloir consacrer avec sa femme 99 % de sa fortune de son vivant.

On est loin du concept d’une élite égoïste monopolisant la technologie et ses bienfaits, jouissant cyniquement de son luxe et indifférente au malheur du reste des hommes !