Mark Zuckerberg : généreux ou démago ?

Mark Zuckerberg - Crédit photo : JD Lasica (CC BY-NC 2.0)

Mark Zuckerberg donne 99% de ses actions Facebook : faut-il l’en féliciter ?

Par Bill Bonner

Mark Zuckerberg - JD Lasica (CC BY-NC 2.0)
Mark Zuckerberg – Crédit photo : JD Lasica (CC BY-NC 2.0)

 

« Wow ». C’est en ces termes que le deuxième plus grand philanthrope au monde, Bill Gates, a décrit la décision du premier plus grand philanthrope au monde, Mark Zuckerberg, de faire don de la majeure partie de sa fortune. Zuckerberg, héros du film The Social Network, dans lequel notre fille a joué un petit rôle, mais important, naturellement, a décidé de rendre à la société ce qu’elle lui avait donné.

Partout dans le monde, la presse est gaga. « Vous voyez, les riches ne sont pas tous des sal…s », disent les articles. Apparemment, certains de ceux qui ont réussi sont prêts à « faire le bien » avec leur argent. Voici ce qu’en dit Reuters, par exemple :

« Le président-directeur général de Facebook Inc (FB.O) Mark Zuckerberg et son épouse ont annoncé mardi dans une lettre adressée à leur fille Max, née la semaine dernière, qu’ils donneraient 99% de leurs actions Facebook, valant actuellement environ 45 milliards de dollars, à une nouvelle œuvre caritative.

Ce plan reflète le choix de plusieurs autres célèbres milliardaires tels que Warren Buffett ou Bill et Melinda Gates qui se sont engagés et ont mis en place des fondations pour distribuer leur fortune à des œuvres caritatives. Sur sa page Facebook, Zuckerberg a posté une photo de lui, de son épouse Priscilla Chan et de leur fille nouvelle-née, Max, avec un post intitulé ‘Lettre à notre fille’. »

N’est-ce pas merveilleux ! Une telle somme ne peut qu’engendrer des résultats spectaculaires. Le mouvement perpétuel ? Un remède contre le cancer ? La quadrature du cercle ? Changer le plomb en or ? La fusion nucléaire ? Jon Snow est-il vraiment mort ? Le secret du boson de Higgs ? Chan et Zuckerberg se concentreront dans un premier temps sur « l’apprentissage personnalisé, la connectivité internet, la lutte contre les maladies et la construction de communautés ». À long terme, ils essaieront de « faire avancer le potentiel humain et promouvoir l’égalité ».

Tous nos problèmes sont résolus. « Le Zuck » est sur le coup… avec 45 milliards de dollars d’argent pour faire le bien… Nous pouvons déjà sentir le potentiel humain avancer, comme Hannibal traversant les Alpes ou la Wehrmacht traversant l’Oder.

Mais attendez… Comment peut-on avancer le potentiel humain ? Comment sait-on ce qu’est une « avancée » ? Comment sait-on ce qu’est le « potentiel » ? Comment sait-on qu’on va dans la bonne direction ?

Eh, on ne nous la fait pas. Nous avons vu le film : Zuckerberg n’est pas un saint. Mais si c’était le cas, pourquoi ferait-il un geste aussi magnanime, désintéressé et généreux ? À coup sûr, c’est quelqu’un de bien, en fait ? Comment mesurer le succès ?

Attendez encore… Nous sommes fermement engagés à présenter une opinion alternative, c’est-à-dire impopulaire. Nous allons donc le faire ici aussi : le cadeau de Zuckerberg est l’œuvre du diable.

Tout ce que nous savons de Zuckerberg, c’est qu’il est en apparence l’un des plus grands producteurs de richesse que le monde ait jamais vu. À présent, il distribue cette richesse à des œuvres caritatives.

En quoi le monde est-il meilleur lorsque le capital passe de ceux qui savent créer de la richesse à ceux qui n’ont aucun historique en la matière ? Nous n’en savons rien. Bien entendu, ce don a une valeur gigantesque, en termes de relations publiques, pour Zuckerberg et Facebook. En fin de compte, l’argent sert à rendre une personne plus aimable. Zuckerberg vient de payer un prix énorme pour l’affection et l’admiration du public.

Il faut également se souvenir de la règle du déclin de l’utilité marginale. Plus on possède quelque chose, moins chaque unité incrémentielle a de valeur ; pour vous. Zuckerberg a tant d’argent qu’il peut donner 99% de sa fortune… sans pour autant avoir à jeter un coup d’œil au côté droit du menu lorsqu’il va au restaurant. Son don ne le forcera pas, lui ou sa femme, à prendre les transports en commun. Il n’aura pas besoin d’envoyer sa fille dans une école publique ou de faire ses courses chez un hard-discounteur. En d’autres termes, l’argent qu’il a donné a, pour lui, une valeur proche de zéro. Il contrôle encore Facebook. Son style de vie n’en sera pas affecté.

Mais quand bien même l’argent n’est pas particulièrement important pour Zuckerberg et qu’il le donne pour des raisons égoïstes… ça permettra malgré tout d’améliorer le sort de la planète, non ?

Hélas, non. La seule manière de mesurer les améliorations, c’est en termes d’argent. Si un projet rapporte, il doit avoir produit plus qu’il n’a consommé. Retirez la motivation du profit et vous ne saurez pas si l’on avance ou si l’on recule. On ne sait pas si on ajoute à la richesse du monde ou si l’on y soustrait. On ne sait pas si on fait le bien… ou le mal.

Les Africains se portent-ils mieux après avoir absorbé une bonne partie des bonnes intentions du monde ces 100 dernières années ? Apparemment pas. Les gens qui demandent de l’argent sur le trottoir, avec des panneaux affirmant qu’ils ont faim et froid vont-ils mieux parce que vous leur donnez une pièce ou deux ? Peut-être que non. Les communautés sont-elles plus fortes, meilleures, plus prospères et plus vertueuses lorsque de bonnes âmes se donnent pour mission de les rendre telles ? Qui sait ? Vos enfants seront-ils de meilleures personnes si vous leur donnez de l’argent ? Probablement pas.

Si l’on en juge par les preuves, les œuvres caritatives font au moins autant de mal que de bien, peut-être plus. Et si c’est vraiment le cas, Zuckerberg aurait dû garder son argent pour lui.


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