L’intelligence artificielle ne détruira pas l’emploi

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L’intelligence artificielle ne détruira pas l’emploi

Publié le 12 décembre 2017
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Par Vladimir Vodarevski.

L’intelligence artificielle est la nouvelle menace sur l’emploi. Elle va remplacer l’homme et voler tous les emplois. Elle va éventuellement laisser quelques emplois à « ceux qui ont une intelligence conceptuelle », pour reprendre l’expression de Laurent Alexandre dans Contrepoints. L’avenir est sombre.

Le machinisme s’évertue depuis longtemps à remplacer l’homme, en étant plus efficace. Ce qui a entraîné des rejets de la part de la population. Par exemple, en 1811 – 1812, en Angleterre, les Luddites brisaient les machines, notamment les métiers à tisser.

Pourtant, le progrès technologique n’a jamais provoqué le chômage. Au contraire, depuis la révolution industrielle, l’emploi s’est multiplié. Mais, toujours, à chaque progrès, les craintes resurgissent. Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui fait peur, ou qui est utilisée pour faire peur.

Progrès et chômage de masse

Une démarche scientifique rigoureuse implique donc d’abord de comprendre pourquoi jusqu’à présent le progrès, qui n’a de cesse d’inventer des machines capables de surpasser l’homme, n’a pas engendré un chômage de masse, mais au contraire l’emploi de masse. Comprendre le phénomène permettra d’aborder le cas de l’intelligence artificielle.

Nous touchons là au mouvement de l’économie. À l’appréhension du progrès, de l’évolution. Pour comprendre ce mouvement, il faut simplement revenir aux fondamentaux.

Qu’est-ce que l’économie ? L’économie, c’est l’échange à somme positive. Imaginons deux personnes. L’une produit de la bière, mais aime le vin. L’autre produit du vin, mais aime la bière. Ces deux personnes vont échanger leur production. Et ces deux personnes seront gagnantes dans l’échange, car chacune obtient ce qu’elle préfère en échange de quelque chose qu’elle apprécie moins. C’est ce qu’on appelle un jeu à somme positive dans le jargon économique.

Le rôle de la monnaie

Plus il y a de choses à échanger, plus il y a d’activité économique. Si vous voulez une des magnifiques nappes brodées par votre voisine, vous devez trouver quelque chose qu’elle acceptera en échange. Il y a une émulation.

Introduisons la monnaie maintenant ; puisqu’on reproche généralement à cette théorie de l’échange de ne pas en tenir compte. La monnaie est d’abord un intermédiaire. C’est un produit universellement accepté. C’est le plus souvent l’or qui s’impose comme ce produit universel.

Ainsi naît l’échange indirect. On n’échange pas de la bière contre du vin. On échange de la bière contre de l’or. Puis de l’or contre du vin. Introduisons aussi la monnaie fiduciaire : la monnaie sans valeur intrinsèque.

On n’échange pas de la bière contre du vin ni contre de l’or. On échange la bière contre une reconnaissance de dette. On va au comptoir d’escompte, échanger la reconnaissance de dette contre de la monnaie. Puis on achète du vin. C’est ainsi que les banques ont longtemps été appelées comptoir d’escompte.

La science des échanges

Nous avons là le fonctionnement de base de l’économie. Ce qui a été nommé loi des marchés, loi des débouchés, ou loi de Say du nom du grand économiste français. L’économie, c’est l’échange. À tel point que la figure de proue de l’École autrichienne d’économie, Ludwig von Mises, considère la loi de Say comme un simple préalable. Et qu’il désigne la science économie sous le terme de catallactique, science des échanges.

À cette définition de l’économie s’intègre la théorie de l’entrepreneur. Selon Huerta de Soto, de l’École autrichienne d’économie, l’entrepreneur est celui qui agit aujourd’hui pour un résultat futur. Plus précisément, Israël Kirzner définit l’entrepreneur comme celui qui saisit une opportunité. Cette opportunité peut être un nouveau produit, un progrès technologique.

Ce que nous dit la théorie économique, c’est donc que l’économie, c’est l’échange. Plus il y a de choses à échanger, plus il y a de prospérité. L’entrepreneur saisit les opportunités qui se présentent à lui. Le progrès technologique est une opportunité. Nous avons là le mouvement de l’économie.

Internet multiplicateur des échanges

Illustrons concrètement ce mouvement. La technologie a permis la démocratisation de l’automobile. Les gens se déplacent plus facilement. Ce qui a favorisé l’industrie des loisirs, du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration. Des opportunités sont apparues, saisies par des entrepreneurs. De nouveaux produits et services sont apparus, multipliant les échanges. Et la croissance.

Aujourd’hui internet tient ce rôle de multiplication des échanges. Par exemple, un artisan du fin fond de la France peut vendre plus facilement sa production au fin fond des États-Unis d’Amérique, et de même acheter la production d’un artisan américain en échange.

Nous avons donc une théorie économique qui a une cohérence interne, et externe dans le sens où elle correspond à la réalité. Les critères explicatifs sont respectés. Il existe d’autres théories concernant le progrès mais moins complètes. On considère les progrès de productivité.

Destruction créatrice et innovation

Ils libèrent des ressources pour des investissements et de la consommation. Mais cela n’explique pas la croissance, que l’on comprend mieux en rappelant que l’économie c’est l’échange, et que l’échange est un jeu à somme positive. Il y a aussi la fameuse destruction créatrice de Schumpeter.

Schumpeter considère l’entrepreneur comme quelqu’un qui apporte une innovation à l’économie. Il considère une économie à l’équilibre. L’entrepreneur va porter l’équilibre à un autre niveau. Le défaut de cette théorie est que le mouvement de l’économie n’est pas intégré à la théorie. Il est la conséquence d’un choc externe.

Revenir aux fondamentaux de l’économie peut paraître archaïque. On aime aujourd’hui les beaux modèles mathématiques, statistiques. Nous en sommes loin. Parce que ces modèles n’intègrent pas l’évolution, le progrès. Tandis que l’École autrichienne d’économie apporte au contraire une vision dynamique de l’économie.

Le progrès technique n’est pas ennemi de l’emploi

Nous avons donc une explication cohérente qui explique pourquoi le progrès technologique, qui pourtant tend à remplacer l’homme, ne répand pas le chômage tant redouté.

Pourquoi en serait-il autrement avec l’intelligence artificielle ? Ne pourrait-on pas au contraire se dire que face à tant d’opportunités, nous allons vivre un âge d’or ? Dans un précédent article, je soulignais que le progrès technologique rendait chacun d’entre nous plus autonome dans son travail. L’intelligence artificielle augmente cette autonomie.

Elle peut aider l’artisan sur un chantier, pour la certification des normes par exemple. Elle peut permettre des progrès énormes dans la mobilité avec des véhicules autonomes : plus de permis de conduire, et même les personnes âgées peuvent circuler sans problème. Que d’opportunités à saisir !

Comme nous l’avons vu avec l’automobile, les opportunités peuvent s’ouvrir dans des domaines totalement différents de l’intelligence artificielle. Tout comme l’internet qui, à travers ses places de marchés, favorise l’emploi d’aide ménager, de bricolage, etc. Ce qui signifie que même ceux qui n’ont pas « une intelligence » conceptuelle, auront des opportunités. La qualité principale restant l’entrepreneuriat.

L’histoire économique, et la science économique nous invite donc à rester serein face au progrès technologique en général, et à l’intelligence artificielle en particulier. En permettant l’invention de nouvelles choses à échanger, en stimulant l’entrepreneuriat, celle-ci n’est pas un danger mais une opportunité.

Bien sûr, les handicaps de la France demeurent : lourde taxation, lourdeur des règlements, inefficacité du système éducatif, notamment dans l’apprentissage de la compréhension. Je suis d’accord avec Laurent Alexandre sur ce point. Mais rien n’indique que les emplois seront réservés à ceux qui ont une intelligence conceptuelle. Tous auront leur chance.

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  • Un article assurément intéressant et qui se plonge comme il faut dans l’Histoire (que diable, les maréchaux ferrants n’ont pas demandé aux pouvoirs public de sauver leurs emplois, ils ont changé de métier d’eux mêmes !). J’aurais juste un petit bémol à apporter : ce n’est pas parce-que historiquement le progrès technique a été suivi par des créations massives d’emploi qu’il en sera toujours de même. Les dindes qui voient arriver le fermier sont aussi contentes le 24 décembre…

    • @ Anagrys
      J’aime beaucoup votre histoire de dindes contententes le 24/12!

      Mais l’article n’est qu’une pub’ pour cette pseudo-science « économique », expliquant parfois bien, le passé mais complètement aléatoires dans ses prévisions d’un avenir indémontrables!

  • La mécanisation à décuplé la force humaine,l’intelligence artificielle permettra d’employer des gens moins intelligents….l’un plus l’autre entraîne une augmentation de la richesse..reste à savoir si cette richesse ne dépassera pas les besoins humains..dans ce cas il faudra réduire le temps de travail..au lieu de 40 ans de boulot sans doute que 20 suffiront pour nourrir toute une vie.
    N’est-ce pas ça le but ultime du progrès ? 20 ans d’études 20 ans de travail ,50 ans d’oisiveté totale,90 ans de bonheur.

    • @ reactitude

      Personne n’en sait rien! Ce qu’on sait, c’est que les « non-qualifiés » n’auront plus leur place: ça c’est déjà sûr!

  • En fait, s’agissant de l’IA, nous n’en savons rien. Et nous ne pourrons pas le démontrer. Des emplois vont disparaître, d’autres se mettre à exister. Pour savoir si le résultat net est positive, il nous faudra conserver un « monde de référence », une terre qui continuerait de tourner sans les apports de l’IA.
    Cependant, à mon avis, le problème principal de l’IA n’est pas économique. Il concerne les retentissements qu’elle aura sur le développement humain. Que peut devenir l’humanité, sur le plan physique, comportemental, éthique ? Serons-nous des assistés impuissants (cas de la voiture autonome qui nous conduira sans aucun effort de notre part), ou pour reprendre la théorie de Harari, des demi-dieux, à l’espérance de vie considérablement allongé, et faits de bric et broc, mi-humain, mi-machine ?…
    Rien n’est encore gravé, mais c’est ce genre de questions qui va se poser… Aurons-nous vraiment le choix d’y répondre, de manière démocratique ?

  • Contrairement à ce que dit l’article, cela fait déjà plus de 30 ans que nous nous trouvons dans une situation de chômage de masse.

    • @ voilà
      En France! Pas ailleurs!

      Votre remarque montre que vous êtes prêts à prendre du retard!

      Un défaitiste n’a aucune chance, dans l’avenir!

      • Ailleurs on remplace le chômage par du travail précaire, tu parles d’un progrès social… Avec un petit effort on pourra certainement pire. L’autre limite de cet article, c’est qu’il ne parle pas du fait qu’à chaque évolution, les nouveaux emplois se réduise comme peau de chagrin. Mais puisqu’on peut créer de l’emploi précaire, tout va bien…

  • Au-delà du raisonnement économique qui permet de forger la certitude qu’une hypothétique IA créera infiniment plus d’emplois qu’elle n’en détruira, on prête à l’IA un potentiel que nous sommes loin, très loin d’acquérir compte tenu des réalités technologiques et théoriques actuelles. Il y a beaucoup de promesses mirifiques dans ce domaine parce qu’il faut attirer les capitaux. Mais il y aura beaucoup de déçus dans les années à venir. Dans l’expression « intelligence artificielle », pour le moment et pour longtemps encore, il n’y a que l’adjectif de vrai.

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