Voici pourquoi les big boss de la Silicon Valley interdisent Facebook à leurs enfants

Par Yannick Chatelain.

Un dealer de haut niveau consomme rarement sa came ! Il cherche des mules naïves, des petits revendeurs, et des consommateurs. S’il a des enfants, vous conviendrez qu’on peut raisonnablement émettre l’hypothèse qu’il n’en fournit pas à sa progéniture.

De la même façon, un bon tenancier de bar ne boit pas son fonds de commerce et n’incite vraisemblablement pas ses proches aux joies de l’ivresse sur la voie publique ! Eh bien, croyez-moi, il semblerait que pour les dealers de technologies addictives il en soit de même.

« Des journées sans » : infantilisante, mais pas toujours si sotte !

Alors bien sûr « les journées sans » ne manquent pas, et les « journées sans » c’est à la longue un peu fatiguant ! Leur côté infantilisant peut s’avérer exaspérant. Ne pensons-nous pas parfois : vivement des « journées pour » ?

Alors bien sûr il est très tentant de tourner en dérision « la journée mondiale sans téléphone mobile » initiée par Phil Marso en 2001 (le jour de la Saint Gaston, en référence au refrain de Nino Ferrer « Gaston, y a l’ téléfon qui son, et y a jamais person qui y répond ».)

Alors bien sûr nous pouvons être tentés de nous gausser de la journée sans Facebook créée en 2012, poursuivant sensiblement le même objectif : alerter sur l’usage excessif et le rapport passablement délirant que nous entretenons avec nos smartphones, nos applications, et nos réseaux sociaux.

Alors bien sûr nous pouvons nous marrer, et bien marrons-nous. Mais tandis que nous ricanons plus ou moins finement, les résultats de l’étude #Statusofmind menée par la Société royale de Santé publique RSPH (qui s’est focalisée sur les réseaux sociaux, la santé mentale et le bien-être des jeunes gens) ne prêtent franchement ni à rire ni à sourire. À moins de trouver drôle le fait que les taux d’anxiété et de dépression ont augmenté de 70% durant ces dernières 25 années… chez nos jeunes.

Continuons de ricaner, mais tant qu’à ricaner moins sottement, voire plus du tout,  n’est-il pas intéressant de savoir que les dealers d’addictions technologiques tous azimuts, eux, ont déjà pris leurs distances et mis à l’abri leur progéniture ?

« Facebook « cette merde » » !  Les Refusniks de la Silicon Valley se rebiffent.

Qualifier  Facebook de « merde », je ne l’aurais écrit si ces propos n’avaient été tenus par Chamath Palihapitiya ex-vice-président en charge de la croissance de l’audience de Facebook lors d’un débat organisé en novembre à la Stanford Graduate School of Business en novembre 2017, affirmant qu’il essayait d’utiliser Facebook le moins possible et que ses enfants « aren’t allowed to use that shit » , ce qui se traduit littéralement (pour ceux et celles qui ne seraient pas bilingues) par « ne sont pas autorisé à utiliser cette merde ».

Il pointera toutefois de la non-intentionnalité originelle d’une quelconque forme de nuisance. D’autres anciens responsables ne sont pas moins alarmistes quant aux méfaits potentiels des monstres qu’ils ont sciemment contribué à créer.

Fanfaronner devant un public peut arriver à n’importe qui ! Dans l’enthousiasme d’une conférence-show, traiter Facebook de « merde » est excessif : mordre la main qui nourrissait et que vous avez sans scrupule alimentée (en retour) des années est une approche hasardeuse. Il n’est certes jamais trop tard pour reconnaître son erreur, mais quid de la sincérité ? Toutefois cela a le mérite de rappeler que si tout n’est pas à jeter, ce sont nos usages qui sont à trier.

Comme le rapporte le journaliste Paul Lewis (@paullewis) dans le Guardian, ceux-là mêmes qui ont contribué (à quelque niveau que ce soit) à rendre les technologies addictives – développeurs(euses), créateurs, créatrices, digitaux-marketeurs(euses)…, de Google à Twitter en passant par Facebook et les autres – les Refuseniks de la Silicon Valley commencent à se déconnecter d’Internet ! Ils entrent en dissidence et ils alertent ! Vous êtes sceptiques ? Justin Rosenstein, le créateur du fameux bouton « J’aime » de Facebook se montre critique comme le pointe Paul Lewis :

Une dizaine d’années après avoir codé un prototype de ce qu’on appelait alors un bouton « génial », Rosenstein appartient à un petit groupe croissant d’hérétiques de la Silicon Valley qui se plaignent de la montée de « l’économie de l’attention” et un internet qui se développe autour des exigences de la publicité…

Si l’internet n’a pour souci que des exigences de la publicité, cela ne sous-tend-il pas que les conséquences sur l’être humain ont été depuis trop longtemps déjà purement et simplement ignorées par les pourvoyeurs de « dope techno » ?

D’accord on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, nous pouvons le regretter ! Mais que d’avoir cassé non pas des œufs, mais des jeunes est abjecte et nous ne reviendrons pas en arrière : ni sur des vies sacrifiées, voire massacrées sur l’autel du Dieu technologie ! Alors, autant regarder devant, pleurer nos martyrs, et tenter de nous réjouir de la trajectoire qui se dessine.

Que le cercle de ces hérétiques ne cesse de grandir, voilà une façon de leur rendre hommage. Je ne sais sincèrement, à ce jour, que penser de l’initiative de Facebook qui a mis en place des IA pour prévenir le suicide ! Un aveu de responsabilité ? Une prise de conscience ? Est-ce une façon de continuer à fournir de la dope et de surveiller l’overdose en se donnant bonne conscience ? Comment être contre ? Naika Venant me regarde, vous regarde, nous regarde, les regarde !

Alors, content ?

La solution passe d’abord par un désengagement du temps passé sur le réseau, sur la prévention quant à la mise en danger de soi, et la prévention. Cela passe aussi par le traçage de tous les crétins, toutes les crétines, tous les décérébrés qui encouragent une pauvre gamine comme Naika à mettre fin à ses jours ! Qu’ils payent en année de vies en cage, ce qui ne sera jamais à la hauteur de la vie qu’ils ont contribué à prendre avec le courage de leur pseudo-anonymat, avec le courage de leur lâcheté et de leur désertion de toute forme d’humanité.

Qui poursuit à ce jour les assassins pseudo-anonymes de Naika ? Qui ? La réponse est simple et triste : personne.

Messieurs les « dealers », si vous m’entendez…

Ce qui me semble positif au milieu du désastre c’est que cette prise de conscience grandissante de « dealers de technologie addictive » se fait concomitamment avec l’entrée en parentalité d’une population qui a essuyé les plâtres de tous leurs abus, de toutes leurs dérives (intentionnelle ou non). Les victimes d’hier sont en passe de devenir des parents éclairés avec des exigences très strictes.

Ce n’est pas être un grand visionnaire que de postuler qu’une victime de cyber-intimidation hier sera bientôt un adulte, un père, une mère… Des parents beaucoup plus exigeants, plus vigilants, plus protecteurs, et enfin en mesure de transférer leur savoir-faire et leur expérience.

Que les entreprises « dealers » en soient prévenues : elles vont devoir faire face à de nouvelles attentes de ces consommateurs qui seront à moyen terme bientôt majoritaires ! Et ils vont demander des comptes. Ce n’est pas une soudaine lubie de leur part, si deux actionnaires d’Apple font pression actuellement pour que la structure mène au plus tôt des études d’impact sur la santé mentale d’une surexposition aux smartphones. Ce n’est pas un caprice anodin s’ils exigent qu’elle œuvre à l’élaboration de logiciel permettant aux usagers de reprendre le contrôle !

Ces actionnaires sont lucides. Je ne peux juger de leur altruisme, mais j’affirme que ces actionnaires craignent que si le géant n’anticipe pas la demande qui est en train de prendre forme, si ce dernier ne fait pas évoluer ses lignes, s’il n’écoute pas le vent qui se lève, alors oui, il en souffrira gravement en termes d’image avec les conséquences financières qui en découleront… Avoir « le lead » c’est penser avant, ensuite si on préfère ramer comme un suiveur, aux dealers d’addictions de choisir. Personnellement je n’en tirerai aucun bénéfice !

Alors messieurs les « dealers » si vous m’entendez, si vous n’êtes pas trop déshumanisés, tenez-vous prêts et anticipez. Parce que la génération montante, pour être prête, elle l’est ! Et elle va se faire déferlante ! Je mise personnellement tout sur elle. Elle ne laissera pas ses enfants se faire gafamiser.