Idée reçue : « Il faudrait vendre nos données aux GAFA »

Revenons sur cette idée curieuse qui circule dans les médias actuellement : les GAFA utilisent nos données sans contrepartie, donc il faudrait les leur vendre.

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Idée reçue : « Il faudrait vendre nos données aux GAFA »

Publié le 5 février 2018
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Par Eddie Willers.

La dernière étude et proposition du Thinktank « Génération Libre » a fait pas mal de bruit et s’affichait notamment en une du magazine « Le Point ». Elle avait pour titre « Mes data sont à moi ». En synthétisant les propos, GL affirme que nous partageons nos données personnelles, parfois les plus intimes, avec des géants du numérique et cela sans notre véritable accord.

Il conviendrait donc de pouvoir vendre et partager ce que nous souhaitons réellement partager avec ces acteurs et ainsi reprendre le contrôle de notre vie privée et gagner un petit pécule.

Bien que je partage globalement le combat de Gaspard Koenig en faveur de la liberté, je me trouve régulièrement en désaccord avec lui sur certaines de ses propositions. La précédente en date était le revenu universel, je ne m’y attarderai pas ici et me concentrerai sur les éléments qui me dérangent dans sa proposition sur le contrôle des données personnelles.

Google utilise nos données sans contrepartie : faux

Tout d’abord, il faut être pleinement conscient de ce qui se passe lorsque vous utilisez les services de Google par exemple. Comme le rappelait Milton Friedman, « there ain’t no such thing as a free lunch ». Donc si vous pensiez qu’utiliser Gmail était gratuit vous vous trompez.

Bien que vous n’ayez pas de contrepartie financière dans le cadre de l’opération, vous donnez bien quelque chose en échange du service rendu par Google et cette contrepartie ce sont vos données. Cela est renseigné dans les conditions d’utilisation de la plate-forme.

On est obligé d’utiliser Google : faux

Premier élément mis en avant par GL, nous n’avons pas d’autre choix pour utiliser les services de Google par exemple que de vendre nos données. C’est faux. Vous pouvez souscrire à un abonnement annuel GSuite pour le prix de 40€ par an et dans ce cas, les conditions d’utilisation précisent très clairement que Google ne peut pas utiliser les données que vous stockez.

Vous me direz que ce n’est pas le cas par exemple de Facebook, peut-être, mais il convient tout de même de mettre en avant les solutions qui existent.

Deuxièmement, rien ne vous oblige à utiliser les services de Google, Faceook ou Amazon. Vous pouvez très bien ne pas avoir de compte Facebook, utiliser le service mail de votre fournisseur d’accès à internet et commander vos livres sur le site de la Fnac.

Cependant, force est de reconnaître que de nombreuses personnes préfèrent utiliser les services des GAFA. Les raisons sont multiples : sites plus ergonomiques, plus de choix, services de meilleure qualité … Si vous voulez vraiment accéder à ces services il faut proposer en échange quelque chose qui satisfasse celui qui les produit.

Vous aimez beaucoup les chocolats de la chocolaterie Michu. Monsieur Michu n’a que faire de vos euros dans lesquels il ne croit pas, il veut des bitcoins. Vous pouvez continuer à lui tendre des pièces en euros, il ne vous donnera pas les chocolats que vous aimez tant. Il en va de même pour les GAFA, elles n’ont que faire de votre argent, elles veulent pouvoir collecter et analyser vos données.

Encore une fois rien ne vous oblige à utiliser leurs services mais si vous le voulez vraiment, il faudra payer en leur donnant accès à vos données. Certaines personnes diront qu’il est totalement inique de demander à quelqu’un de donner ses données en échange d’un service car les données d’une personne sont une part d’elle-même.

J’ai toujours du mal à entendre les arguments de certains libéraux qui s’imaginent que l’on peut mettre des droits de propriété sur tout et n’importe quoi (des idées par exemple dans le cadre de brevets). Imaginons qu’une personne me voie consulter une page Marmiton sur mon téléphone dans la queue de Monoprix. Elle me voit ensuite partir en courant vers le rayon fruits et légumes. Elle se doute alors que j’ai certainement oublié un ingrédient pour ma recette. Est-ce que cette personne vient de me voler mes données ? Non absolument pas.

Il en va de même pour Google d’autant plus que j’ai donné mon accord pour qu’il suive mes faits et gestes.

Les gains des GAFA ne sont pas légitimes : faux

Enfin, j’ai également été très perturbé par les nombreuses références au « meilleur partage de la richesse » faites dans le rapport de GL. Les gains de Google ou Facebook sont légitimes : ils ont trouvé un business-model qui répond aux besoins d’annonceurs soucieux de mieux cibler leur clientèle et d’utilisateurs qui veulent accéder à une plate-forme pratique d’échange de messages et de contenus.

Les utilisateurs ne sont donc pas motivés à demander leur « juste part » du travail réalisé par quelqu’un d’autre, en l’occurrence Google ou Facebook.

La famille libérale est une famille plurielle et il est normal et sain que le débat existe et il m’était apparu important de pouvoir présenter une autre vision sur ce thème des données personnelles.

Sur le web

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  • Personne ne lit jamais les conditions d’utilisation des services de Google ou d’Amazon mais comme disaient les anciens : Nemo auditur propriam suam turpitudinem allegans.

  • Quelqu’un imaginerait de vendre ses infos personnelles à ses amis ?
    Non , il n’aurait plus d’amis ..on donne pour recevoir ou on paie le prix fort ,la solitude.
    J’ai du mal à imaginer internet sans moteur de recherche efficace car me connaissant bien . Un exemple avec la localisation ,indispensable lorsque l’on recherche un service de proximité sans avoir à taper son adresse.recevoir des pubs qui vous interessent est plus sympa que des trucs sans intérêt , etc.

  • Quelqu’un qui affirme connaître les gens de Contrepoints – et qui semble avoir une dent contre eux : https://www.youtube.com/watch?v=IMLdJD2PvP0

    Je ne fais que transmettre ; à chacun de se faire sa propre opinion.

    • Il y a des liens qui ne méritent pas d’être donnes ,quelle horreur , je n’ai pas tenu la minute , tout est à jeter…et je parie qu’il a gagné quelques centimes dans l’affaire.

    • Bravo si vous avez réussi à regarder jusqu’au bout, en ce qui me concerne j’ai décroché avant la 5e minute…

      • Anagrys, je n’ai pas regardé la vidéo donc je ne mérite pas vos applaudissements.

        En revanche, je l’ai écoutée en guise de fond sonore pendant que je développais mon application web afin de savoir si les idioties que j’entendais avaient une incidence sur mon code source.

        J’ai reproduit la même expérience avec les bruits de fond suivants :
        – les scooters
        – les meuleuses des chantiers environnants
        – les vidéos de Jean Robin
        – les trois en même temps

        Je n’ai constaté aucune différence.

        Il faut savoir se challenger de temps en temps, sinon ce n’est pas drôle !

  • Tres bon article. Seul point : ces « libéraux » de GL n’en sont pas, et ils ne peuvent l’etre, s’il sont pour une « meilleure répartition de la richesse ». Ne mélangeons pas les choux et les carottes.

  • Collecter, analyser, répartir, mettre à jour des données est un véritable travail. C’est ce qui permet à ces informations d’avoir de la valeur.

    La différence entre l’État et une entreprise privé, comme Google, c’est que cette dernière n’use pas de coercition pour vous obliger à utiliser ses services. Si Google ne vous plait pas, utilisez Bing, Yahoo, Duckduck, Qwant …

  • Les Gafa ont besoins de nos données pour pouvoir stocker les stocker au plus près de nous. Oui, c’est surprenant mais contrairement à une croyance très répandue, les réseaux sont « très lents » par rapport à nos ordinateurs (ce n’est pas un problème de débit mais de latence), il faut donc en simplifint à outrance savoir quoi stocker au plus près des utilisateurs pour avoir une « navigation fluide ».
    Un client dans le marketing m’a expliqué un jour que l’un des pièges de son boulot, c’est que l’on projette toujours nos travers sur les autres et quand je vois ce que débitent les politiciens et pseudo-experts sur ce sujet je ne peux m’empêcher de penser à lui.
    Faire payer les Gafa, il faut être un pauvre type, ignorant pour ne pas voir le coût phénoménale de l’infrastructure, matière grise nécessaires pour fair Google ou Amazon et exploiter les effets d’echelle pour arriver à ne vivre que de la pub (Google) ou avoir des prix extrêmement compétitif (Amazon).
    Maintenant les Gafa sont des grosses entreprises qui sont en trains de se structuré et qui commence à prendre les travers de ces grosses entreprise sclérosées que l’on connais trop bien en France. Je ne serai pas surpris de les voir chercher à se faire des rentes en s’arrangeant avec les politiciens, pour notre sécurité et notre bien.
    La bonne nouvelle c’est que ça ouvrent de nouvelles opportunités, le turn-over des jeunes employés des Gafa est tombé en dessous des trois ans, on y rentre pour avoir le nom sur son CV. Les Gafa peuvent se faire déboulonner et ils en sont conscients…

  • On est avec nos données face aux GAFA, un peu comme l’ouvrier du 19ème était avec sa force de travail. Dans un rapport que le capitaliste estimait « équilibré », puisqu’en échange de ce labeur, il était payé… chichement !
    Les différentes luttes sociales ont permis de déplacer cet « équilibre » vers un peu plus de « profit » pour le salarié.
    Koenig n’a fait que transposer les lois du marxisme au 21ème siècle.
    Les GAFA aujourd’hui se payent grassement avec nos données ; preuve en est leur surface financière ou leur valeur en bourse. Est-on bien sûr que l' »équilibre » actuel, où nos données ne nous servent qu’à utiliser gratuitement un service, correspond à une juste rémunération de celles-ci ?

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