Le petit livre jaune du pouvoir d’achat est une tromperie

Capture d'écran JT de 20h de TF1 : Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Lors de la présentation du projet de loi de finance 2018, le gouvernement a fait la promotion du pouvoir d’achat avec un effort notable de communication simplifiée par le biais d’un petit livret jaune.

Par Francis Pérani.

Lorsqu’un gouvernement promet davantage de pouvoir d’achat c’est souvent une vue de l’esprit électoraliste. Le gouvernement a assorti son budget 2018 d’un petit livre jaune illustrant les gagnants de cette nouvelle ère.

Cet argument électoral permet de fidéliser une clientèle au détriment d’une autre dans la pure tradition du marketing politique qui permet de cibler ceux qui pourraient voter pour vous au détriment des autres.

Au final, seuls les gains de productivité permettent d’augmenter réellement le pouvoir d’achat. Tout le reste n’est que redistribution avec risque d’augmentation de l’inefficacité économique.

La nationalisation de l’assurance chômage et maladie

Il est vrai que la gestion paritaire par les syndicats et le patronat de l’assurance chômage (UNEDIC) et de l’assurance maladie (CNAM) aura généré en 2018 une dette cumulée de 37 milliards d’euros pour l’assurance chômage et de 200 milliards d’euros pour l’assurance maladie. Les impôts ont été mobilisés via la CSG et la CRDS pour éponger des années de gestion déficitaire avec la promesse que tout sera réglé à l’horizon 2024.

L’État qui est pris par son engagement européen de déficit contenu à 3% du PIB ne peut donc pas se permettre de dérapage sur les comptes sociaux. C’est très probablement de cette bonne intention que vient la réforme des assurances chômage et maladie, réforme qui aboutit ni plus ni moins à une nationalisation.

On passe d’un modèle assurantiel à un modèle de droits sociaux garantis par l’État. Cette révolution interventionniste est présentée comme un progrès avec comme argument marketing du pouvoir d’achat en plus (pour certains seulement). Qu’en est-il exactement ?

Le petit livre jaune du pouvoir d’achat

Lors de la présentation du projet de loi de finance 2018, le gouvernement a fait la promotion du pouvoir d’achat avec un effort notable de communication simplifiée par le biais d’un petit livret jaune qui explique avec dessins à l’appui combien telle ou telle catégorie sociale va gagner avec les réformes en cours.

Le calcul est relativement simple. D’un côté on gagne 2.4% + 0.75% du salaire brut par la suppression des cotisations salariales pour l’assurance chômage et maladie. De l’autre, on perd 1.67% du salaire brut par la hausse de la CSG.

Le gain net est donc de 1.48% et c’est sans compter l’exonération de la taxe d’habitation. Dans l’ensemble, certains vont gagner l’équivalent d’un treizième mois.

Jusque-là tout va bien. Il semble que l’État ait réussi à créer ex nihilo du pouvoir d’achat pour les plus modestes et même une partie des classes moyennes. Et « en même temps », l’État parvient à reprendre la gestion des assurances maladies et chômage au moyen d’un financement centralisée. Dans un pays socialisé, centralisateur et étatiste comme la France, les fondamentaux sont ainsi préservés et même améliorés.

Un jeu à somme nulle

Toutefois, les perdants de cette révolution étatiste ont commencé à faire aussi leurs calculs. Du coup, le schéma d’ensemble a commencé à apparaître comme un jeu à somme nulle.

On ne crée pas du pouvoir d’achat au niveau du pays, sinon ça se serait vu dans la croissance du PIB par tête.

On ne fait que prendre dans la poche des uns pour redistribuer dans la poche des autres. L’originalité de ce qui est communément appelé « justice sociale » consiste ici à ne pas se limiter à prendre dans la poche des « riches » mais aussi dans celle des retraités (considérés comme des rentiers sans doute) pour mieux favoriser la France qui travaille.

En effet, mécaniquement le riche qui dépasse le plafond mensuel de la sécurité sociale (13 000 euros environ en 2017) économisera 3.15% de ce plafond d’un côté mais sera ponctionné de 1.67% sur la totalité de sa rémunération, incluant la part qui dépasse ce plafond mais aussi les autres revenus du capital.

Des retraités qui subventionnent les gros revenus ?

Jusque-là on reste dans le cadre d’une ponction classique des riches qui auront d’autant moins de raison de se plaindre qu’on leur fait par ailleurs cadeau de l’ISF sur les biens mobiliers et d’une moindre taxation des revenus mobiliers grâce au prélèvement forfaitaire unique de 30%.

Pour les retraités, c’est un peu plus compliqué. Au-delà du plafond assez bas (environ 11 000 euros par an) de l’exonération de CSG, tous ceux qui sont au-dessus de ce plafond vont devoir payer l’augmentation de CSG de 1.7% sans pour autant bénéficier d’aucune baisse de cotisations chômage ou maladie.

C’est malheureux, et selon certains calculs il est tout à fait possible que des retraités très modestes subventionnent des salariés à gros revenus.

Pour ne rien oublier, il faut mentionner l’exonération de taxe d’habitation pour 80% des foyers. Elle peut compenser partiellement les ponctions supplémentaires de CSG sur les retraités, salariés riches et rentiers immobiliers.

Tout dépend où l’on habite cependant puisque la taxe d’habitation n’est pas uniforme pour tous. À noter que ce cadeau de 3 milliards d’euros n’étant pas financé, il sera par conséquent payé par les générations futures puisqu’il contribue directement à l’augmentation du déficit 2018.

On sait par ailleurs que le gouvernement actuel pense que les retraités ont trop de richesses et qu’il est temps qu’ils redistribuent aux jeunes actifs. En logique socialiste, il est normal de décréter qui doit distribuer en direction de qui. Cela s’appelle la justice sociale.

Le point qui est fait ici est de rappeler que la redistribution, quelle que soit sa légitimité, ne constitue pas une création de pouvoir d’achat en soi. On serait tenté de dire que le jeu est à somme nulle et neutre du point de vue économique. Mais même cette neutralité n’est malheureusement pas garantie.

La nationalisation créée-t-elle de la richesse ?

La dette de l’État est bien supérieure à celle de la sécurité sociale. La gestion paritaire est loin d’être idéale puisqu’elle a accumulé des déficits. Dans un marché libre, il y aurait eu faillite depuis longtemps. Mais la gestion de l’État est pire. La raison est assez simple.

L’État suit une logique de clientèle électorale. Son objectif est de permettre l’élection et la réélection de ceux qui l’incarnent et qui en vivent. De là, la tentation permanente de distribuer à ses cibles électorales en faisant les poches de ceux qui sont stigmatisés comme ayant trop et dont on ne recherche pas les votes.

Pour ce gouvernement, ceux que l’on ponctionne seront donc les riches, les retraités et même plus jeunes ou ceux qui ne sont pas encore nés et qui devront payer demain les déficits d’aujourd’hui et les dettes d’hier.

L’extension de l’assurance chômage

On le voit bien au niveau de l’assurance chômage par exemple. Bien que le régime soit déficitaire et que le nombre de chômeurs reste important, le gouvernement a déjà commencé à étendre la couverture d’assurance aux entrepreneurs qui vont alors bénéficier du régime général sans pour autant y cotiser puisqu’en phase de démarrage ils n’ont pas suffisamment de revenus pour payer beaucoup de CSG.

Cela tombe bien c’est une clientèle qu’il faut séduire pour se donner l’image d’un pays start-up. La générosité du système va même s’étendre à tous les salariés qui veulent démissionner même si couvrir autre chose que le risque de perdre son emploi n’est plus dans l’esprit d’une assurance chômage. Cette extension des droits créances va coûter plus cher et l’augmentation de la CSG n’y suffira pas.

De même pour les collectivités locales, la nationalisation de leur financement est une forme de recentralisation. L’État va devoir gérer la répartition entre territoires en distribuant plus que ce qui est disponible et ne pouvant résister aux pressions des collectivités territoriales, il le fera sur un mode clientéliste qui creusera les déficits.

À la fin du cycle de nationalisation, on se rendra compte que le poids de l’État aura encore gonflé, qu’il pèsera toujours plus lourd sur la société civile, notamment sous la forme d’une dette effrénée et qu’il détruira in fine de la richesse économique surtout si on le compare à l’opportunité d’une gestion privée.

Ces réformes libérales qui n’ont pas lieu

Pour créer du pouvoir d’achat supplémentaire, il est indispensable de faire des gains de productivité. C’est ainsi que le monde réel fonctionne.

À partir de là, la question n’est plus de savoir par quel impôt il faut financer les assurances chômage et maladie mais plutôt par quelles initiatives d’amélioration de productivité le coût de ces assurances peut être réduit.

Il est certain que ce problème ne se règle pas par une loi de finance. Pour réduire des coûts assurantiels mal gérés depuis des années par des organismes paritaires relativement irresponsables, la faillite n’étant pas possible, il faut soit faire confiance à nouveau à ces organismes pour qu’elles apportent les changements nécessaire au retour à l’équilibre soit changer le gestionnaire en osant l’option de la privatisation.

L’avantage de la privatisation des assurances est multiple. Tout d’abord, le risque de déficit qu’on appellera alors perte d’exploitation est porté par les actionnaires privés plutôt que l’ensemble des citoyens.

Le tabou de la privatisation

Le risque de faillite apparaît aussi dans un tel dispositif. Les mauvais gestionnaires disparaissent naturellement, les bons survivent et consolident le marché. C’est ce mécanisme vertueux qui fonctionne déjà avec les assurances privés automobile ou habitation par exemple.

Évidemment, la privatisation est extraordinairement tabou en France comme s’il s’agissait d’une provocation ultralibérale interdite dans le débat public. Rappelons-nous la tempête médiatique dans un verre d’eau qu’avait constituée la timide idée de Fillon de privatiser le traitement des médicaments pour les maladies bénignes. Cette fausse polémique lui avait coûté plusieurs points d’intention de vote lors des dernières présidentielles.

Malgré tout et sauf preuve du contraire, on n’a jamais fait mieux que le marché libre pour fournir un service efficacement au meilleur coût. C’est pourquoi les réformes libérales qu’il aurait fallu faire auraient dû consister à rendre le pouvoir d’achat aux salariés en supprimant les cotisations chômage et maladie tout en les laissant libre de choisir le prestataire privé pour se couvrir ou non contre ces risques.

Au lieu de cela, le gouvernement a préféré faire l’inverse de la privatisation, à savoir la nationalisation d’assurances de cotisants en droits créances pour tous et sans réduction des coûts du service ou de couverture du risque.

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