ISF : l’escroquerie du « cadeau aux riches »

Il faudrait, pour compenser « le cadeau d’ISF aux riches », taxer davantage les biens et services de luxe. Le message devient limpide : on ne vous aime pas, mais venez quand même, on vous attend au tournant !

Par Patrick Aulnas.

« L’État fait des cadeaux aux riches » (réforme de l’ISF). « L’État distribue de l’argent aux patrons » (CICE transformé en baisse de charges). Ce vocabulaire est devenu banal et ne choque plus personne. Pourtant, il est le fruit de la démagogie politicienne. Susciter l’envie, la jalousie, la convoitise, les sentiments les plus bas, est devenu un argument politique omniprésent.

Un piège rhétorique

Les médias et la plupart des journalistes sont tombés dans un piège rhétorique. Lorsque l’État réduit un prélèvement, il ne fait de cadeau à personne. Il laisse simplement un peu plus d’argent entre les mains de ceux qui le gagnent. Laisser entendre qu’en diminuant un impôt, on risque de commettre une injustice revient à considérer qu’il appartient à l’État de répartir les revenus et les patrimoines. Beaucoup de ceux qui s’expriment ainsi n’ont pas conscience d’être manipulés par une idéologie.

Impossible de baisser l’IR puisqu’il est payé par les « riches »

L’idée que l’État, donc les politiciens, doit assumer la responsabilité de la répartition est désormais entrée dans les esprits. À tel point qu’on a assisté par le passé à des querelles d’une indicible médiocrité. Par exemple, lorsqu’il fut question au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy de diminuer l’impôt sur le revenu (IR), la mesure fut jugée injuste par la gauche. Pourquoi ? Parce que ceux qui ne paient pas cet impôt (57% des foyers fiscaux aujourd’hui) ne bénéficieraient pas de la mesure. On s’en doutait un peu. La baisse de l’IR est analysée comme « un cadeau aux riches ». Les 43% qui paient l’IR étant des riches, il est impossible de baisser l’IR.

Une baisse d’IR suppose une subvention aux exonérés !

Nos petits politiciens ne s’encombrant pas de subtilités lorsqu’il est question de démagogie, certains socialistes proposèrent alors la chose suivante : si vous diminuez l’IR de ceux qui le paient (évidemment !), vous devez consentir un avantage positif (donc une dépense publique) en faveur de ceux qui ne le paient pas. Autrement dit, pour baisser une recette fiscale, il faut nécessairement créer une dépense publique nouvelle. Question de justice. Comment résorber les déficits publics avec une telle logique ?

Attirer les riches : un pari économique sans aucun risque

Le niveau du débat fiscal est devenu si désespérant à force de politisation bas de gamme que le bon sens le plus élémentaire a disparu. Macron veut attirer les riches que Hollande a fait fuir. Il supprime l’ISF et le remplace par un IFI (impôt sur la fortune immobilière). Que risque-t-on en attirant les riches ? Rien. Ils vont investir, dépenser, épargner… et être imposés sur tout cela. Évidemment, ils dépenseront assez peu dans les hard discounts. Ils auront une malicieuse tendance à choisir des yachts, des voitures de luxe, de l’hôtellerie-restauration cinq étoiles et tutti quanti. Scandale des scandales ! Pourtant, lorsque les riches dépensent, le seul risque encouru est une augmentation du chiffre d’affaires des entreprises concernées et peut-être des embauches.  Mais un tel faste est considéré par certains comme une honte pour notre austère République. Pure démagogie !

On vous déteste, mais venez…

Il faut donc, pour compenser « le cadeau d’ISF aux riches », taxer davantage les biens et services de luxe. Le message devient limpide : on ne vous aime pas, mais venez quand même, on vous attend au tournant ! N’est-ce pas la meilleure façon de rendre la réforme de l’ISF improductive ? Bien entendu, il s’agit vraisemblablement de l’objectif politique des hérauts de la justice fiscale.

Les économistes sont à côté de la plaque, comme d’habitude

Certains macro-économistes enfourchent également le dada de la justice fiscale. Ils invoquent des études prouvant par A+B que les riches ne dépensent pas ou peu en cas de baisse de la pression fiscale. Chacun sait que la propension à consommer est inversement proportionnelle au niveau du revenu. Il est donc facile de gloser à l’infini et d’accumuler des études sur le sujet. Mais d’autres macro-économistes, tout aussi compétents, considèrent que la théorie du ruissellement est une réalité. Ce que dépensent les riches se propage vers les moins riches. Là encore, on s’en doutait légèrement. Un riche qui achète un yacht fait travailler les ouvriers des chantiers navals. Mais les macro-économistes ont l’art de ne jamais être d’accord sur rien, ce qui jette un doute sur leur rigueur intellectuelle. Le propre des théoriciens de l’économie est visiblement de disposer d’une utilité marginale qui tend vers zéro lorsqu’on se rapproche d’un problème concret.

Un pari économique sans risque – attirer les capitaux, donc ceux qui en possèdent – est totalement noyé sous l’opportunisme politicien. Le goût des Français pour la politicaillerie leur fait perdre de vue leur intérêt le plus élémentaire.