Macron ne pourra pas compter sur l’Allemagne pour l’aider

Angela Merkel en campagne en 2013 (Crédits www.GlynLowe.com, licence Creative Commons)

Un jour, j’en suis sûr, vous remercierez le tiercé gagnant de la faillite ; à savoir : les politiciens, l’administration et les syndicats.

Par Dominique Philos.

Je suis désolé d’avoir à vous le dire et à jouer les Cassandre, mais la bonne époque tire à sa fin !

Avec les dernières élections allemandes, Mme Merkel va devoir recadrer sa politique notamment économique vers davantage d’ordolibéralisme.

En effet, contrairement à la France qui organise un système électoral permettant au gagnant des élections de gouverner sans partage, en Allemagne, Mme Merkel ne dispose que d’une majorité relative et va être obligée de gouverner par coalition.

Elle va donc devoir tenir compte des options politiques des coalisés et notamment du FDP libéral et eurosceptique !

Le retour de l’ordolibéralisme ?

Voici ce que dit la page Wikipédia à propos de l’ordolibéralisme :

Avec l’ordolibéralisme, l’État ne doit pas mener de politiques économiques conjoncturelles, mais se tenir à l’écart de toute stimulation macro-économique et de tout dirigisme. Cela se manifeste par les aspects suivants : décentralisation, équilibre budgétaire (voire excédent) pour les finances publiques, refus du plan et de la politique industrielle (les entreprises devant s’auto-organiser), fixation des salaires par les partenaires sociaux (patronat et syndicats) ce qui revient à abandonner la politique publique des revenus, Banque Centrale indépendante de l’État et centrée sur la stabilité des prix, ce qui est un refus de la politique monétaire, refus de l’inflation, refus de la création monétaire massive et/ou au profit de l’État, monnaie forte et refus des tactiques de dévaluation, libre-échange commercial (ce qui implique une absence de politique commerciale).

On a compris que cette vision est à l’exact opposé de la politique keynésienne et dépensière pratiquée par la France depuis 40 ans !

Pression déflationniste

Seulement, cet ordolibéralisme va entraîner une pression déflationniste qui ne va pas du tout faire les affaires de Bercy et du gouvernement car la déflation est l’inverse de l’inflation : les prix baissent mais aussi il devient impossible de lessiver la dette à coup d’inflation et enfin de masquer derrière celle-ci la progression constante et inexorable de la dépense publique (surtout lorsque le PIB n’augmente plus faute d’inflation) !

De plus les Allemands veulent (voire exigent) que le prochain président de la BCE soit allemand (aujourd’hui c’est Mario Draghi, qui est italien) et ils ont assez de la politique accommodante de la BCE qui est contraire à tous leurs principes de gestion !

Or il faut savoir que le programme de financement pour 2018 vient d’être publié par l’AFT (agence France trésor) et que ce ne sont pas moins de 203,3 milliards d’euros qu’il va falloir trouver pour financer la dette française (dont 82,9 milliards pour couvrir le déficit à financer, et 120,1 milliards pour assurer l’amortissement de la dette de l’État, à moyen et long terme, qui viendra à échéance en 2018) contre 191,7 mds € en 2017 !

Un plan non financé

Et on ne sait pas encore par quel biais ou artifice va être comptabilisé le plan d’investissement de 57 mds € annoncé par Macron… ni comment il sera financé !

Le seul commentaire que l’on puisse en faire est que nous accumulons de la dette au-delà de toute raison et les montants à emprunter augmentent tous les ans ; ce qui fait qu’au moindre accident nous n’aurons aucune marge de manœuvre.

On constate donc qu’il y a des oppositions de fond entre les visions française et allemande de gestion de l’État et de l’Europe ; et les autorités françaises se bercent d’illusions en pensant que les Allemands vont continuer à approuver l’immobilisme et les dérapages budgétaires de la France.

Deux phénomènes imposés

Il est donc probable que notre cher président et son gouvernement vont vite être confrontés à deux phénomènes qu’ils redoutent car ils leur seront imposés :

Et c’est une très mauvaise nouvelle pour l’État français car cela signifie deux choses :

  • il va falloir que l’État français resserre les boulons pour rester dans les clous du déficit admissible de 3% du PIB, ce qui n’est pas gagné du tout,
  • les taux d’intérêts vont remonter, entraînant une augmentation exponentielle de la dette française déjà située à des montants complètement délirants !

Le choix du gouvernement

Et ce ne sont pas les déclarations enflammées de Macron sur l’Europe qui y changeront quoi que ce soit.

Que va-t-il se passer alors ?

Le gouvernement va devoir choisir entre deux options :

  • soit une réduction drastique du train de vie de l’État pour pouvoir faire entrer le déficit dans les clous du 3% du PIB,
  • soit augmenter encore les impôts.

Or, le projet de budget pour 2018 révèle la suite probable des événements.

Le gouvernement a annoncé une réduction de 15 mds € des dépenses publiques dont 7 au niveau de l’État, 5 pour la Sécu et 3 pour les collectivités locales ; tout cela n’est que de l’enfumage politique car avec un budget de record 426 mds €, un déficit de 80 mds € et 203 mds € d’emprunts, nous resterons promis juré à 2,7% de déficit. C’est carrément se moquer du monde !

Des efforts minimes

D’ailleurs, cette réduction de 15 mds est calculée par rapport au PIB ; ce qui est à peu près aussi pertinent que d’additionner des choux et des carottes…

Il a aussi prévu de réduire le nombre des fonctionnaires de 1.600 en 2018 sur un effectif de 5,2 millions ; vous jugerez par vous-mêmes de l’importance de l’effort consenti !

En fait, les dépenses devraient augmenter de 0,5% en € constants (enfin, officiellement, et surtout en ne tenant pas compte des dérapages).

Compte tenu de l’incapacité de l’État de réduire son train de vie quand les conditions étaient favorables (taux, pétrole, € pas cher), il est fort peu probable que la première solution soit celle qui sera retenue.

On augmentera les impôts, bien sûr !

Dès lors, nous aurons encore droit à une augmentation d’impôts ; laquelle reste, comme toujours, la solution de facilité.

Les impôts ciblés seront ceux auxquels on ne peut pas échapper (taxes sur la consommation genre TVA), CSG (elle a du potentiel vous le verrez), taxe écologique (elle a aussi du potentiel tant que les Français continueront à gober les bobards gouvernementaux – on commence déjà par une hausse de 10% des taxes sur le diesel et on va continuer avec la taxe carbone sur les voitures, en forte augmentation), taxation des produits d’épargne, ce qui permettra de faire payer un maximum d’impôts, même à ceux qui ne paient pas d’impôt sur le revenu.

On nous parle par ailleurs de flat tax, comme si on voulait nous faire croire qu’il puisse y avoir des impôts bas… il serait plus juste de nous parler de flat income ou en français « revenu à plat » !

L’instabilité fiscale française

Et puis, dîtes-vous bien qu’en France, la vérité fiscale d’un jour n’est pas celle du lendemain.

En bon français, cela s’appelle l’instabilité fiscale et elle tue le tissu économique… mais c’est le dernier des soucis des fonctionnaires de Bercy dont le seul mot d’ordre est FAIRE PAYER !

Ce ne seront évidemment pas les récentes et misérables vagues tentatives de modification du Code du travail qui y changeront quoi que ce soit. Les blocages rencontrés ont poussé notre président à se tourner vers l’Europe pour obtenir une modification des règles en matière de travailleurs détachés ; pensant sans doute que ce serait plus facile de ce côté-là.

Nécessairement, cette vision des finances publiques aura des effets catastrophiques car il faudrait être bien naïf pour croire que les choses vont s’arranger avec encore plus d’impôts alors que nous avons déjà le record de la pression fiscale en Europe.

Un jour, j’en suis sûr, vous remercierez le tiercé gagnant de la faillite, à savoir les politiciens, l’administration et les syndicats ; en gros le gouvernement profond :

  • les politiciens car ils ont fait la preuve de leur incompétence depuis 50 ans,
  • l’administration car elle est là pour exécuter alors qu’elle dirige de fait le pays et le fait très mal,
  • les syndicats car il apparaît nettement aujourd’hui que leur action vise essentiellement à protéger certains intérêts corporatistes en bloquant toute réforme et à faire plier le gouvernement quitte à s’asseoir sur le vote des électeurs alors qu’ils ne représentent que 7% des salariés.

Macron et son gouvernement espéraient, par des discours européistes non dénués d’arrières pensées, qu’après avoir dépensé l’argent des Français, ils pourraient, par le biais de la solidarité budgétaire, dépenser l’argent des Allemands. Il va falloir qu’ils revoient leur copie… car cela ne se fera pas.


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