Allemagne : le retour eurosceptique des libéraux

Si certains ont été anesthésiés par l’idée du marché commun, force est de constater que les libéraux allemands se sont réveillés et, par la même, ont compris enfin les enjeux d’une construction qui est loin d’être le garant du droit naturel que beaucoup espéraient.

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Allemagne : le retour eurosceptique des libéraux

Publié le 28 septembre 2017
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Par Jonathan Frickert.

Annoncée depuis plusieurs mois, la victoire pour un quatrième mandat de l’actuelle chancelière allemande s’est retrouvée dimanche ternie par la poussée des populistes de l’AfD. Alors que les médias européens s’interrogent sur la normalisation du paysage politique allemand, certains réfléchissent à la future coalition et son impact sur la politique européenne.

Une réflexion qui tient dans un acronyme : le FDP, parti libéral mené par le jeune Christian Lindner, fait son retour au Bundestag après 4 ans d’absence dans la chambre basse, signant par la même occasion le changement de paradigme des libéraux allemands vis-à-vis de la politique européenne.

Christian Lindner : l’anti-Macron

Il suffisait de suivre le compte Twitter du plus européen des journalistes français, Jean Quatremer, pour comprendre dès dimanche soir que le principal danger était autant le soutien des centristes européens à la FDP que la droite populiste aux accents wildersiens de l’AfD.

Dans un florilège, le correspondant de Libération accuse tour à tour le FDP de geler « tout approfondissement de la zone euro » et d’être l’incarnation d’une europhobie « light », avant de s’en prendre à Guy Verhofstadt, patron des libéraux européens et fédéraliste éprouvé, d’avoir « abusé de son cépage italien favori ».

Mais que s’est-il passé pour que le centre, pourtant considéré comme l’aile la plus europhile de nos démocraties, soit accusé de favoriser l’euroscepticisme ?

Il faut remonter à l’histoire récente des nouveaux entrants du Bundestag.

L’AfD, grande gagnante médiatique, a été fondée par des libéraux déçus par la politique d’Angela Merkel. Un de ses membres les plus éminents aura été Hans-Olaf Henkel, ancien dirigeant d’IBM et proche de l’école autrichienne d’économie. Pourtant, en 2015, le parti se tourne donc vers une protection des valeurs chrétiennes et axe sa stratégie sur un étatisme teinté d’islamophobie, suivant le mouvement initié par l’extrême droite occidentale.

De son côté, le FDP, longtemps reconnu pour son europhilie, a connu des récentes mutations dans le sens d’une plus grande fermeté européenne.

S’inscrivant dans les pas de la diplomatie allemande de l’époque de Weimar, le parti libéral se revendiqua rapidement comme pro européen et atlantiste, partisan d’une Europe politique approfondie et de l’entrée de la Turquie dans le giron bruxellois.

Pourtant, mis au placard par les élections de 2013, le FDP ne mettra pas trois mois à se trouver un nouveau leader : un jeune entrepreneur du nom de Christian Lindner.

Celui que certains aimeraient dépeindre en Macron allemand est toutefois loin d’afficher les mêmes thèmes, puisque ce dernier est partisan de la sortie de la Grèce de la zone euro et de la reconnaissance de l’annexion de la Crimée par la Russie. Christian Lindner semble bien destiné à devenir l’anti-Macron européen.

Des prises de position qui ne sont rien à côté du coup de grâce de dimanche soir. Allié incontournable de la prochaine coalition, le FDP a déjà annoncé son opposition à toute tentative de budget de la zone euro et donc toute idée de solidarité budgétaire telle que souhaiterait l’introduire le président de la République française.

Si la coalition ne s’annonce pas de tout repos pour le couple franco-allemand, elle témoigne autant d’un retour aux origines du libéralisme allemand que d’un choix d’opportunité électorale.

Aux sources du libéralisme allemand

Le libéralisme allemand est né au XIXe siècle du besoin d’unité nationale et de soutien aux classes populaires, trouvant son point d’orgue dans le Printemps des peuples de mars 1848. Le mouvement libéral se cristallisera dans plusieurs formations, dont le parti progressiste, le parti national-libéral et le parti populaire allemand.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale est fondé le LDP, parti libéral-démocrate d’Allemagne, mais il faudra attendre 1948 et la réunification d’une quinzaine de partis libéraux pour voir advenir la création du FDP.

Ce parti sera alors un des principaux artisans de la loi fondamentale allemande de 1949, encore aujourd’hui reconnue comme modèle de sauvegarde des libertés publiques, posant les bases de l’économie sociale de marché et conciliant sociaux-démocrates et démocrates chrétiens. Le FDP devient ainsi l’étendard de l’ordolibéralisme : « Autant d’État que nécessaire, aussi peu d’État que possible. »

Le mouvement connaîtra une première crise dans les années 1950, où sa tentative de pacification historique suscite l’entrisme d’anciens nazis.

Les décennies qui suivront montreront une oscillation du FDP en force d’appoint, tantôt derrière les démocrates chrétiens, tantôt allié des sociaux-démocrates. Le FDP sera ainsi présent au gouvernement de 1969 à 1998, avant de revenir brièvement au cabinet Merkel II de 2009. Son rôle d’appoint permettra de mettre en exergue la lutte interne entre deux visions du libéralisme allemand :

  • La première, centriste, regroupe les partisans d’un État-providence. Cette vision sera celle qui aboutira à la coalition sociale-libérale du chancelier Willy Brandt.
  • La seconde, droitière, s’inscrit dans un libéralisme économique strict et aboutira à la coalition noire-jaune d’Helmut Kohl.

Or, en 2010, c’est bien l’aile droite du parti qui semble être revenue, durablement, au premier plan. La faute à un contexte européen bouillant. Les défaillances de la zone euro amènent le FDP à refuser de soutenir la participation allemande au plan de sauvetage grec.

L’idée même du Grexit est lancée, depuis largement reprise par le jeune chef du parti. Un ton d’autant plus ferme que le FDP souhaite voir un des siens prendre la succession de Wolfgang Schauble, qui briguerait la présidence du Bundestag.

La rigueur budgétaire n’a que faire des largesses des pays du Club Med et que les bons sentiments fédéralistes sont en l’état incapables de museler.

Le fédéralisme européen contre les libertés

Friedrich Hayek, dans La Route de la Servitude, décrivait parfaitement ce qu’attendent les libéraux du fédéralisme.

Le prix Nobel d’économie 1974 voyait dans ce mode de gouvernance international un moyen de limiter le pouvoir en le morcelant. Il s’agissait alors d’éviter toute centralisation et donc de planification contraire à la liberté. Force est de constater que ce mode de gouvernance n’est pas celui choisi en Europe depuis la fin du second conflit mondial.

En effet, les centristes et libéraux européens ont souvent été de farouches fédéralistes pour des raisons de fond, comme la libre-circulation. Ces politiques, sujettes aux changements de majorité, ne sauraient être pérennisées que si l’organisation qui les édicte dispose d’un pouvoir limité.

L’Union européenne n’est, en cela, qu’un État par-dessus les États, et le fédéralisme budgétaire relève d’un projet étatiste d’ampleur continental, à la manière de son objectif premier : l’union « sans cesse plus étroite » entre ses membres.

S’il a été noté moult fois que la construction européenne reste une construction, artificielle par nature, il n’est pas inutile de rappeler que de nombreux partis libéraux européens sont eurosceptiques, à la manière du parti libéral tchèque Svobodni dont est membre le fondateur du Liberland.

Vingt ans avant Hayek, Mises mettait déjà en garde contre une mauvaise interprétation du fédéralisme international. Pour lui, le fédéralisme destiné à un projet paneuropéen serait tout aussi néfaste que les nationalismes chauvins.

Si certains ont été anesthésiés par l’idée du marché commun, force est de constater que les libéraux allemands se sont réveillés et, par la même, ont compris enfin les enjeux d’une construction qui est loin d’être le garant du droit naturel que beaucoup espéraient.

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  • La France pays des insoumis Mélanchoniste qui s’inquiète de la montée de l’Afd c’est l’ hôpital qui se moque de la charité……..

  • Il faut une union commerciale et une concurrence politique.
    Une Europe politique serait une catastrophe. Il faut le plus d’états possibles, et donc les plus petits possible, en concurrence. Par contre il faut maximiser les échanges commerciaux entre les états et réduire au maximum leur barrières commerciales..

  • Bel article qui met les choses en perspectives! Merci. Ce qui sauve l’Allemagne malgré des errances intellectuelles certaines c’est la préservation par consensus de son tissus industriel, contrairement à ce qui s’est passé chez nous. La France de Macron est une honte pour l’Europe et l’Union Européenne bruxelloise une honte tout court. Les Allemands devraient mettre un terme à l’Union et se recentrer sur une association d’états à peu près performants comme les Pays Bas, le Danemark et la Suisse. Nous ne sommes plus à la hauteur et ne méritons pas de demeurer leurs partenaires.

    • Parce que c’est un honneur d’etre un partenaire de l’Allemagne ? Etant donne le deficit commercial que nous entretenons avec ce pays, nous aurions tout a gagner a mettre fin a notre partenariat commercial et monetaire

      • Et donc à nous fournir auprès de pays plus chers et moins performants ?

        • Nous fournir aupres de producteurs francais

          • Lesquels ? Qui serait assez fou pour produire en France sous la tutelle étouffante de l’Etat, pour subir ses taxes et ses lois, pour subir les insultes de ses complices politiques, syndicaux, associatifs, médiatiques ? Si les producteurs s’exilent de France dès qu’ils le peuvent, ce n’est pas un hasard.

      • En effet c’est un honneur, malgré les difficultés que cela implique, et comme vous l’écrivez « nous entretenons » le déficit commercial. Il n’est pas la faute des allemands qui sont simplement plus compétitifs que nous et n’ont pas sabordé leur industrie comme nous l’avons fait.

      • @Velon
        Vous semblez animés par une vision mercantiliste des échanges internationaux. Les banques allemandes ont « accumulé » des centaines de milliards d’Euros de créances fictives (qui ne seront jamais remboursées) sur les États européens déficitaires comme la France en échange de bien et services réels qui ont soutenu le niveau de vie de certains français. Dégagé de l’illusion monétaire, ce sont les travailleurs allemands qui travaillent en partie gratuitement pour ceux des français qui jouissent des importations (en gros, tous ceux qui gravitent à l’intérieur et autour de la sphère étatique). Que préférez-vous : avoir un voiture allemande (ou tout autre bien de consommation produit en Allemagne à votre goût), ou une créance sur quelqu’un qui ne vous ne la remboursera jamais inscrite sur votre compte en banque, et qui ne vous servira jamais à rien ? Ce sont les travailleurs allemands qui ont tout intérêt à mettre fin à cette arnaque pas les français ! Par exemple en sortant de l’Euro et en revenant au Mark. Les Libéraux allemands, vrais amis des travailleurs (comme partout), parviendront-ils, avec seulement 10% des voix, à parvenir à ce résultat ? A voir.

  • Merci pour cet article de fond.
    LUE est devenue ce machin trop compliqué pour être compris du peuple ET de ses représentants. Une dictature bureaucratique que les libertariens en principe et par principe ne peuvent que rejeter

  • Attendons de voir quelle coalition Merkel sera capable de bâtir, si elle y parvient, un nouveau passage devant les électeurs étant toujours possible. Mais en cas de crise, ce serait étonnant que le SPD persiste à refuser une nouvelle coalition, au nom de l’intérêt général bien sûr.

    D’ores et déjà, coincée entre le FDP et l’AfD, l’Allemagne risque de ne plus être aussi conciliante avec la BCE, SuperMariole et son QE scandaleux, mené en contradiction flagrante avec les traités.

    Quand le QE prendra fin, peut-être plus rapidement qu’on ne le pense, les taux vont remonter en flèche et la France sera piégée par le service de la dette, impayable, juste au moment où Macron annonce une hausse du déficit pour financer de malheureuses économies de bouts de chandelles, pas du tout en ligne avec ce que l’Etat devrait économiser pour retrouver l’équilibre et dynamiser l’économie.

  • Je n’ai jamais compris que des libéraux soutiennent une Europe ivre de son pouvoir, machine folle débitant des règlements liberticides et idiots frénétiquement et démocratique qu’au 3ème degré.

    • Il y a certes des trucs idiots qui sortent de Bruxelles mais il y a aussi du bon. C’est l’UE qui a obligé la France à libéraliser des pans entiers de son économie qui étaient autrefois en monopole d’Etat. Il y a encore du travail…

      • Ca ne vous choque pas qu’une organisation supranationale oblige votre pays ?

        • Si, c’est une non-sens. Je ne comprends déjà pas pourquoi mon voisin a le droit de m’interdire de bosser plus de 35h ou le dimanche, je comprends encore moins pourquoi un ami a l’autre bout de l’Europe le pourrait….

          Mais si on veut être honnête, on peut admettre que certaines de ces décisions étaient positives, comme par exemple Free, qui a eu sa licence seulement grâce a l’Europe (même si on aimerait qu’il n’y ai pas de licence du tout…)

          En fait la France est tellement marxiste que même les décisions de l’UE paraissent libérale et la font évoluer dans le bon sens

  • « Autant d’État que nécessaire, aussi peu d’État que possible. »
    Voila un principe sage que l’Etat français refuse de s’appliquer et qui est la cause de nombre de nos malheurs, en matière fiscale notamment.
    En oubliant que l’impôt est fait pour financer la mise en commun de services et non pour redistribuer et corriger des situations théoriquement inéquitables, les libertés sont mises à mal.
    Entre un peu de redistribution pour assurer un minimum de cohésion sociale et la chasse aux possédants, à ce qui réussissent ou assurer une rente à une minorité qui l’est de moins en moins sur le dos d’une majorité qui l’est également de moins en moins, il y a une différence de taille.
    Et même s’il n’y avait pas de différence dans les faits, entre prôner que tout est autorisé sauf ce qui est interdit et l’inverse, dans le principe et ses conséquences dans les esprits de chacun, ce n’est pas du tout la même chose.
    Hors en France, de par l’omni présence de l’Etat, la situation se rapproche dangereusement de cet inverse.

  • « HORS », lire « OR »

  • au départ c’était le marché commun ..apres c’était la construction de l’Europe lors de la nouvelle constitution Européenne le peuple a vote NON…nos représentants politiques ont bafouer le vote du peuple….
    Ensuite nos représentant députés européens. .
    sont des gens battus dans leurs élections nationales …Ils sont la pour la Gamelle ….
    Vous pouvez dire ce qui se passe au parlement Européen ????
    êtes vous courant que nos représentants élus français n’acceptent pas les règles Européenne .
    que nous dans le classement N•5 condamné par des astreintes financières pour non respects des lois Européennes …
    et l ‘on vous chante les louanges de l’Europe..
    si l’Angleterre quitte et réussi sa sortie de l’Europe ..ca va être un sacré bordel…
    et vous verrez ils vont tout pour qu’il revienne sur leur décision.. .
    ce sera la Fin De l’Europe…
    en dehors de la paix entre les pays Européens. .
    elle est dévastatrice en moyens financiers ..les pays Européens se sont déclarés dans une guerre économique. ….

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