Que cache le pseudo-libéralisme de Macron ?

Emmanuel Macron et Federica Mogherini (Crédits : World Economic Forum, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Un vrai libéralisme serait celui qui libérerait le plus possible les citoyens de l’emprise de l’État et les laisserait s’éduquer à l’usage de leur liberté, sauf bien entendu lorsqu’ils en sont incapables.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Un vrai libéralisme serait celui qui libérerait le plus possible les citoyens de l’emprise de l’État et les laisserait s’éduquer à l’usage de leur liberté, sauf bien entendu lorsqu’ils en sont incapables.

C’est en ce sens qu’une vraie révolution serait de supprimer toutes les niches fiscales et sociales et d’instituer un impôt proportionnel, quitte à concéder quelques aménagements pour le faire accepter, et de permettre à chacun de gérer ses propres assurances sociales.

Un pouvoir intrépide veut transformer la France dans tous les domaines. Et l’esprit qui y préside ne manque pas de courage et d’intelligence, à écouter les propos qui veulent supprimer les régimes spéciaux de retraite et enjoignent aux cheminots de réinventer leur entreprise pour qu’elle soit, plaide Emmanuel Macron, « le champion de la concurrence […] un acteur des mobilités plurielles ». Parallèlement la création d’entreprise doit être encouragée en doublant les seuils du régime de la microentreprise…

Mais les mots seront-ils suivis d’effet ?

Les négociations entre employeurs et salariés devaient se faire de manière privilégiée dans l’entreprise. Finalement, les branches, et donc les syndicats, sortent renforcés du projet d’ordonnance qui leur laisse la part belle.

Les collectivités locales devaient faire des économies de 13 Md€ par an, mais finalement, sénatoriales obligent, elles ne le feront pas car leur effort sera calculé sur la hausse tendancielle de leur dépenses de fonctionnement et non plus sur le montant de leurs dépenses enregistrés en 2017.

Les professionnels indépendants devaient bénéficier de solutions nouvelles pour sortir du piège du RSI, leur régime d’assurance en déshérence. Mais la seule réforme annoncée est de passer d’une administration à une autre, plus tentaculaire, en en confiant la gestion à la Sécurité sociale alors que l’occasion était trop belle de permettre à ces professionnels de faire le choix de leur propre assureur, privé ou public.

Le gouvernement avait annoncé la suppression des contrats aidés dont tous les économistes sérieux reconnaissent l’inutilité, voire la nuisance, mais finalement 30 ou 40 000 contrats aidés de plus seront engagés d’ici la fin de l’année pour satisfaire aux revendications des collectivités.

Pourtant, le constat est unanime. Il ressort d’une enquête publiée en mars dernier par le ministère du Travail que six mois après la fin d’un contrat aidé dans le secteur non marchand, 26% seulement des employés concernés sont encore en emploi contre 57% pour ceux qui sortent d’un contrat aidé du secteur marchand où ces contrats ont été utilisés comme un effet d’aubaine pour des emplois à pourvoir de toutes les façons.

L’État guignol

L’ambiguïté et le vice du discours est que derrière un libéralisme apparent se dissimule la volonté étatique de tout diriger, de tout piloter, de tout décider plutôt que de rendre aux acteurs de la société leur liberté de choix, sauf à intervenir de manière subsidiaire en cas de défaillance.

Cette attitude hégémonique ressort partout et le tour de passe-passe entre la CSG et les cotisations l’illustre. Pourquoi augmenter la CSG de 1,7% pour exonérer les salariés de cotisation chômage et maladie en les rendant ainsi encore un peu moins responsables de la gestion de leurs propres risques de vie et plus prisonniers de la main de l’État ?

Cette hausse sera également compensée pour les professionnels indépendants qui y gagneraient même quelques centaines de millions. Les revenus mobiliers ne devraient pas être touchés puisqu’ils sont appelés à payer un impôt forfaitaire global de 30%. Mais alors ne s’agirait-il que de punir les bailleurs privés, ces rentiers décriés qui eux n’auront aucune compensation ? Ce n’est sans doute pas le meilleur moyen de favoriser le choc d’offre immobilière que le président Macron a appelé de ses vœux.

Égalitarisme médiocre

Les indépendants ne demandent pas d’ailleurs non plus à bénéficier du chômage, hors ceux qui ne sont pas faits pour être indépendants et qui feraient mieux de redevenir salariés. En fait une telle mesure cassera l’esprit et le ressort des professions indépendantes et c’est peut-être ce que cherchent de telles mesures soucieuses de niveler toute le monde dans un égalitarisme médiocre.

De même que les créateurs d’entreprise ne cherchent pas à ne pas payer leurs assurances sociales et c’est un mauvais service à leur rendre de leur faire croire qu’elles peuvent être gratuites pendant une année blanche. Il vaudrait mieux leur laisser, à eux aussi, la liberté de s’assurer auprès de l’organisme de leur choix.

Au guignol de nos enfances, les marionnettes se démènent sur scène selon les directives du marionnettiste qui tire les ficelles. L’État voudrait nous manipuler de la même manière.

Despotisme peu éclairé

L’aveu de despotisme peu éclairé, on le trouve dans les derniers propos d’Emmanuel Macron devant les préfets à l’Élysée le 5 septembre, appelant « tous les propriétaires à baisser les loyers de 5 euros » par mois pour compenser la baisse des APL par l’État. « C’est cela la responsabilité collective » a-t-il dit ! Et pourquoi ne demande-t-il pas aux locataires d’accepter une hausse supplémentaire de loyer de 1,7% pour compenser l’augmentation de la CSG à la charge des bailleurs ?

Un vrai libéralisme serait celui qui libèrerait le plus possible les citoyens de l’emprise de l’État et les laisserait s’éduquer à l’usage de leur liberté, sauf bien entendu lorsqu’ils en sont incapables.

C’est en ce sens qu’une vraie révolution serait de supprimer toutes les niches fiscales et sociales et d’instituer un impôt proportionnel, quitte à concéder quelques aménagements pour le faire accepter, et de permettre à chacun de gérer ses propres assurances sociales. Un vrai libéralisme cesserait de gérer les gens qu’il prend pour des imbéciles qu’ils ne sont pas.

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