Brexit : le bluff de Theresa May

Avec le Brexit, le Royaume-Uni retrouvera le contrôle de ses frontières, mais à quel prix ?

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Brexit, Theresa May, prochain Premier ministre ? By: UK Home Office - CC BY 2.0

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Brexit : le bluff de Theresa May

Publié le 9 juin 2017
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Par Vincent Delhomme.
Un article de Trop Libre

Brexit : le bluff de Theresa May
Brexit, Theresa May, prochain Premier ministre ? By: UK Home OfficeCC BY 2.0

Theresa May en a décidé ainsi, c’est donc un hard Brexit que le Royaume-Uni s’apprête à affronter en quittant le marché unique européen, cet espace de plus de 500 millions de consommateurs où marchandises, services, capitaux et personnes circulent librement. Il s’agit a priori d’un saut dans l’inconnu pour l’économie britannique, fortement intégrée au continent, mais la sérénité affichée par Mme May lors de cette annonce semblait à toute épreuve. Depuis le vote de juin dernier, son gouvernement veut donner l’idée d’un Royaume-Uni fort et autonome, bientôt libéré des contraintes de l’Union Européenne. Ce n’est pourtant que de la poudre aux yeux.

Premier coup de bluff : l’idée que la sortie du Royaume-Uni du marché unique puisse être indolore. L’économie britannique est fortement dépendante du marché européen et, pour certains secteurs comme les services financiers, l’accès à celui-ci est même vital.

Couper les ponts avec l’UE ne pourra pas se faire sans conséquences néfastes. Du point de vue de la libre-circulation des personnes, le constat est le même. Certes, le Royaume-Uni retrouvera le contrôle de ses frontières, mais à quel prix ? Celui des permis de travail désormais nécessaires pour tenter l’aventure outre-Manche ou des frais de scolarité doublés ou triplés pour les étudiants européens. Ce sera un terrible coup porté à l’attractivité du pays.

Le deuxième coup de bluff de Theresa May

Pour couper court à tout inquiétude, Theresa May a exprimé le souhait d’un accord de libre-échange le plus complet possible avec l’Union Européenne, qui permettrait au Royaume-Uni de limiter les conséquences économiques d’un hard Brexit tout en maximisant les bénéfices politiques. C’est là le deuxième coup de bluff, l’idée que le Royaume-Uni pourrait cumuler autonomie réglementaire et libre-échange avec le continent.

La seule voie pour ce faire serait de s’engager dans une ouverture unilatérale de son marché, ce que le pays ne semble pas disposé à faire pour le moment. Tout traité bilatéral donnant accès au marché unique, comme ceux passés par la Suisse, implique de se soumettre plus ou moins largement au droit européen et de contribuer au budget de l’UE. Le « meilleur des deux mondes » promis par Theresa May sera en réalité un compromis entre ce qui reste indispensable à l’économie britannique et ce que les Brexiters seront prêts à accepter comme persistance des liens juridiques et politiques avec l’Union. Il n’existe pas de solution miracle.

Le troisième coup de bluff de Theresa May a consisté à menacer l’Union Européenne de transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal si celle-ci était tentée de le « punir ». Soyons clair, ce n’est pas dans l’intérêt de l’UE d’adopter une attitude hostile. Elle a besoin du Royaume-Uni pour commercer, et, surtout, ne devrait pas succomber au ressentiment. Elle doit rester un projet d’ouverture, y compris envers ceux qui ont fait le choix de ne pas la rejoindre où de la quitter.

Theresa May contre Thatcher

Mais la menace de T. May sonne creux, tant, depuis son élection, elle s’évertue à se démarquer du thatchérisme des Tories pour se tourner vers les classes populaires. Étouffer le Labour en se tournant vers ses électeurs ou mener une politique pro-business en s’attaquant aux taxes et aux régulations, les deux semblent difficilement compatibles.

Dernier coup de bluff : la proximité affichée de Theresa May avec Donald Trump, qu’elle voudrait témoin de la place retrouvée du Royaume-Uni sur la scène internationale. Passons sur le cynisme consistant à s’afficher avec un homme qui se réjouit publiquement d’une possible disparition de l’Union Européenne, comme si les destinées du continent n’intéressaient déjà plus les Britanniques. Passons sur le style des deux leaders qu’on pourrait difficilement imaginer plus opposé.

Ce qui prête à sourire est l’idée que M. Trump le protectionniste pourrait offrir à Mme May un traité de libre-échange rapide. Et même si c’était vrai, sous quels termes ? Compte tenu de l’inégalité des forces en présence et de la personnalité du Président américain, on peine à croire qu’un hypothétique accord entre les deux pays puisse se faire à l’avantage du Royaume-Uni. Ce ne seraient que les régulations d’un autre qu’il serait forcé d’accepter.

Les courbettes de Theresa May à Donald Trump sont un puissant révélateur. Pour un pays si fortement ancré dans la mondialisation que le Royaume-Uni, il n’existe aucune voie alternative qui combinerait prospérité et souveraineté « réelle ».

Cet article a été publié une première fois le 14 février 2017.

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  • Oui peut-être… en fait on en sait rien.
    Le Royaume-Uni va renouer avec les pays du Commonwealth, avec l’Inde, l’Af. du Sud, Australie, NZ, .. le Canada. D’autant qu’avec certains de ces pays, les négociations de libre-échange avec l’UE traînent quelques fois depuis prés de 10 ans. Pour protéger les intérêts des uns et des autres…
    En passant vous avez oublié l’épisode ou Donald a peine arrivé a la Maison Blanche étrangle la chancelière et étouffe Bruxelles… qui a baissé d’un ton dans ce dossier. Et les déclarations de Ted Malloch aussi 😀 futur ambassadeur des US à l’UE.
    On a fini par entendre la responsable du commerce de l’UE (une Danoise dont le nom m’échappe) parler d’accord rapide avec le RU, style Canada.

    Je ne comprends pas cet attachement à l’UE, qui ne me donne pas l’impression d’être particulièrement libérale. Je vois des lobbies, une accumulation de réglementations , forme pernicieuse de protectionnisme ou collection de barrières à l’entrée… et ds bureaucrates grassement payés… tous les signes du capitalisme de connivence.

  • Bon article, merci. Il y a peut être beaucoup plus de realpolitik que de bluff, mais ce qui est sur, si on reste dans votre idée du bluff, c’est qu’une partie de poker a 28, ca va être un vrai bordel. Vivement qu’Angela soit réélue, on y verra beaucoup plus clair.

  • L’UE ne devrait pas succomber au ressentiment. Celui qu’ont affiché Hollande et Juncker au moment du résultat du vote ? Heureusement, ces deux là se sont convaincus de leur nullité au point de ne pas se représenter à leurs postes respectifs.

  • Bof, pas plus que celui de de l’UE qui veut les « punir », 27 pays d’accord pour suivre la même ligne?. En sachant que les british ont les moyens de doper encore plus leurs îles (Jersey, Guernesey, Man, Iles vierges) en paradis fiscal. Il suffit de voir que Juncker (pour le Luxembourg, paradis fiscal interne à l’UE) envisage de jeter l’éponge en terme de présidence de l’UE, c’est dire qu’il croit à ses propos… Et il va être amusant de voir la négociation pour Calais, Gibraltar, Chypre… tous sujets fort sensibles dans l’UE pour voir que May a quand même quelques cartouches dans sa besace. Trump étant un épiphénomène, intégré ou pas comme variable de pression pour les discussions d’article 50.

    • Theresay May et naïve dans le même sens que Trump , elle croit que tout se négocie par deal , qu’un accord de libre échange avec les USA ou l’Inde va se faire en un claquement de doigt.

  • Je suis un peu étonné que la seule donnée intéressante, celle qui concerne l’économie, ne soit pas citée :

    « Selon les chiffres des douanes françaises, l’excédent commercial de la France avec le Royaume-Uni s’est établi à 12,2 Md€ en 2015, en hausse de 1,1 Md€ par rapport à celui enregistré en 2014 (11,1 Md€). La hausse reflète à la fois la progression des exportations (+2,3 % à 31,5 Md€) et la baisse des importations (-2,2 % à 19,3 Md€). D’un point de vue sectoriel, la progression de l’excédent s’explique surtout par la très nette réduction du déficit énergétique (+0,9 Md€). Le Royaume-Uni est le 5e client et le 8e fournisseur de la France. Il demeure notre premier excédent bilatéral, loin devant Hong Kong (3,7 Md€ en 2015). » (gouv.fr)

    Le RU est en déficit commercial avec toute l’UE. Plus de 70Mds par an.

    Le Royaume Uni est le pays qui a la part de commerce intra UE la plus importante par rapport à l’extra UE.

    http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/images/f/f0/Intra_and_extra_EU-28_trade%2C_2015_%28imports_plus_exports%2C_%25_share_of_total_trade%29_YB16-II-fr.png

    Qui a le plus à perdre ?

    • Pas si simple. Votre graphique indique « la part de commerce » intra-EU versus Extra-EU càd la somme des exportations+importations. Or La Grande-Bretagne est en large déficit commercial avec toute l’EU pas seulement la France. En cas de Brexit « hard », les anglais ne pourront certes plus exporter vers l’EU mais ils n’importeront rien non plus et cela sera beaucoup plus préjudiciable pour l’EU. L’état de l’économie française ne peut se le permettre. Les rodomontades à la Hollande seront remisées au placard et les négociations avanceront (dans la discrétion).

      • « …cela sera beaucoup plus préjudiciable pour l’EU. »

        Oui, c’était le sens de tout mon message 😀

        C’est facile de trouver des vendeurs, mais beaucoup moins de trouver des acheteurs…

  • Les commentaires sont fermés.

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Aurélien Duchêne est consultant géopolitique et défense et chroniqueur pour la chaîne LCI et chargé d'études pour Euro Créative. Auteur de Russie : la prochaine surprise stratégique ? (2021, rééd. Librinova, 2022), il a précocement développé l’hypothèse d’une prochaine invasion de l’Ukraine par la Russie, à une période où ce risque n’était pas encore pris au sérieux dans le débat public. Grand entretien pour Contrepoints par Loup Viallet, rédacteur en chef.

 

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