Brexit : le discours de Theresa May ne nous apprend rien

À ceux qui faisaient entendre que son gouvernement n’avait pas de plan pour la sortie de l’Union européenne, Theresa May a rétorqué que dans son esprit les choses étaient claires, qu’elle voulait une Global Britain plutôt qu’une Great Britain.

Par Thierry Godefridi.

Brexit : le discours de Theresa May ne nous apprend rien
By: Policy ExchangeCC BY 2.0

Madame May, Premier ministre du Royaume Uni, s’est adressée mardi aux diplomates étrangers à la Lancaster House, un manoir à l’architecture néoclassique situé dans le quartier de St. James, dans le West end de Londres. C’était censé être son discours le plus important depuis son entrée en fonction. L’on s’attendait à ce qu’elle explique ce que « Brexit means Brexit » (« le Brexit signifie le Brexit ») signifiait. Mais, si elle a finalement expliqué ce que le Brexit ne signifiait pas, ironisait Jon Henley, le correspondant aux Affaires européennes du Guardian, l’on ne sait toujours pas ce qu’il signifiera.

En effet, le discours de Madame May ne nous a pas appris grand-chose de neuf. Elle a beaucoup parlé mais peu dit. « Il y a un peu plus de six mois, le peuple britannique a voté pour le changement. Il a voté pour un avenir plus radieux pour notre pays. Il a décidé par son vote de quitter l’Union européenne et d’embrasser le monde. Et, il appartient à ce gouvernement d’accomplir cette tâche. »

Global Britain

À ceux qui faisaient entendre que son gouvernement n’avait pas de plan pour la sortie de l’Union européenne, Madame May a rétorqué que dans son esprit les choses étaient claires, qu’elle voulait une Global Britain  (une expression qu’elle a répétée dans son discours ; « Globale » ferait-il plus XXIe siècle que simplement « Grande » ?), « un pays sûr, prospère et tolérant, un aimant pour les talents internationaux et un foyer pour les pionniers et innovateurs qui façonneront le monde de demain ; un pays qui soit « le meilleur ami et voisin de nos partenaires européens », mais qui vise aussi « par-delà les frontières de l’Europe à restaurer ses relations avec d’anciens amis et à en créer de nouvelles avec d’autres ».

« This Government has a Plan for Britain. » Pour assurer la prospérité et la tolérance en Globale-Bretagne, le « Plan » prévoit-il post-Brexit de fermer ses frontières et d’y reconduire les talents et pionniers européens qui y résident ? Même les allochtones de la haute finance dans la City et de la Premier League de football ? Les anciens amis du Royaume Uni, les colonies de son ancien Empire, se réjouiront de la main tendue : ils n’attendaient qu’elle pour se « globaliser » (pensez à l’Inde !). Quant à ses nouveaux amis, Madame May pense-t-elle à la Chine qui lui financera et lui construira ses nouvelles centrales nucléaires ?

Détricotage de l’UE ?

« Nous ne souhaitons pas un détricotage de l’Union européenne, dit Madame May, il est de l’intérêt national de la Grande-Bretagne que l’Union européenne réussisse. » (Bon sang mais c’est bien sûr ! Voilà pourquoi l’ineffable actuel ministre des Affaires étrangères du Royaume Uni, Boris Johnson, « Brexiter » dans l’âme, a récemment confié au président de la Turquie qu’il aiderait cette dernière à entrer dans l’Union européenne…) Mais, a expliqué Theresa May (de Gaulle en avait fait autant il y a plus d’un demi-siècle), « nos traditions politiques sont différentes ; contrairement aux autres pays européens, nous n’avons pas de constitution écrite ; c’est le principe de la souveraineté du Parlement qui fait office de règlement constitutionnel ».

Ce ne serait donc que par fâcheuse étourderie que le Gouvernement britannique avait, en un premier temps, décidé de se passer de l’avis dudit Parlement souverain avant d’enclencher la procédure de l’article 50 permettant à la Grande-Bretagne de sortir de l’Union européenne. La Cour Suprême du Royaume Uni avait finalement été saisie sur la question de savoir si le Parlement britannique devait être consulté. L’arrêt est attendu. Madame May a toutefois retenu la leçon : elle a annoncé dans son discours qu’elle soumettra l’accord à intervenir entre la Globale-Bretagne et l’Union européenne aux deux chambres du Parlement. Ce qu’elle n’a, par contre, pas révélé, c’est ce qui se passerait si le Parlement britannique rejetait l’accord…

Un point est clair : la Globale-Bretagne de demain cessera de faire partie du « marché unique ». Elle cherchera, en lieu et place, « un accès aussi large que possible à ce marché au travers d’un accord de libre-échange nouveau, global, audacieux et ambitieux », c’est-à-dire aussi en dehors de tout accord douanier existant comme celui qui régit l’Espace économique européen (dont fait partie la Norvège) puisque cet accord prévoit la libre circulation des personnes. Jusqu’où ses partenaires européens ont l’intérêt politique et économique à laisser la Globale-Bretagne pratiquer la politique du « pick and choose » (le choix à la carte, « opt in, opt out ») déterminera in fine ce que « Brexit means Brexit » signifiera réellement.